Histoire d’une rencontreAek est né à Songkhla en Thaïlande. Il demeure actuellement à Cognac en France. Si loin, si proche... AEK - Au départ je voulais apprendre les choses du monde, connaître la vraie vie, avoir plus d’expérience, vivre une grande aventure. Mais le jour de mon départ il m’a semblé que partir n’était pas normal du tout. Je quittais tout de même des personnes importantes. Il m’a fallu du courage pour aller jusqu’au bout. Après il y a eu le voyage ; mon vol juqu’à Paris ; et à mon arrivée, Monsieur Dominique, délégué de Bourgogne, qui m’attendait. FAMILLE BLOT - Pourquoi accueillir ? Au départ
c’est simplement une curiosité ; une envie de connaître
et de partager. Le tout, sans sous-estimer les probables passages à
vide. De toute façon, le « on verra bien » dominait
nos conversations. Pourquoi Aek ? Elisabeth, déléguée
PIE, nous a proposé plusieurs dossiers (photos, lettres, mises
en images). Les trois membres de la famille (Isabelle - La mère,
Jean-Pierre - Le père, Jean Baptiste - Le fils) se sont réunis
et on choisi, sans se concerter. Un jeune Thaïlandais etait sur les
trois listes ; il s’appelait Aek. Devinez la suite. Le temps de
terminer les travaux dans ce qui allait devenir la chambre d’Aek
et il arrivait. Nous n’avons pas eu le temps de nous poser de questions
inutiles, ni celui d’idéaliser. AEK - J’étais super heureux de prendre le TGV. Franchement très excité. Mais j’avais peur de ne pas savoir comment leur dire « Bonjour ». A l’arrivée, sur le quai de la gare, la première personne que j’ai vue c’était Jean-Pierre, mon père d’accueil. C’est lui qui me flanquait le plus la trouille. Pourquoi ? Parce qu’il est franchement costaud et grand. Pourtant, il a un coeur très, très énorme. Tous les deux, nous nous sommes dirigés vers Isabelle et Jean-Baptiste. Il m’ont offert leur inoubliable sourire, leurs calins, leurs bisous. FAMILLE BLOT - « Ouf » a-t-on pensé,
« Enfin, nous y sommes ». Sur le quai, Jean-Pierre calme,
placide et pondéré (très agaçant pour moi)
prenait les initiatives : un à droite, un à gauche, le troisième
au milieu. La panique, le coeur battant, je vois apparaître Jean-Pierre,
Jean-Baptiste et, marchant à leur côté, un garçon
intimidé, visiblement mort de fatigue mais qui essayait de ne rien
laisser paraître. Je lui ai fait 2 bisous. Il était effaré.
En Thaïlande, « on ne fait pas pareil ». Sac dans le
coffre et en route pour 10 mois. Dans la voiture Aek a dormi. Arrivée
à la maison. Présentation de « Juliette » dite
« Juju » la chatte et reine des lieux. Petits cadeaux de bienvenue,
collation et re-dodo. Aek était lessivé. Pour un premier
voyage, il avait fait fort : décalage horaire, froid, nouveauté,
angoisse... Il a fallu une bonne semaine à Aek pour qu’il
se mette au diapason. Nous étions en tee-shirt, il portait toujours
deux pulls. AEK - Jean-Pierre est des plus aimables ; Isabelle est une femme réellement tout le temps active ; elle n’a peur de rien (mais ça vous ne lui dites pas). Jean-Baptiste est le mec le moins âgé de la maison, pourtant il est vraiment trois fois plus grand que moi. Et du coup, je deviens le plus petit. Malgré tout, je me plais ici, puisque je me sens ici chez moi. En fait, j’admire leur patience et leur compréhension. A voir leurs têtes, de temps en temps, je les embête, à cause de mes bêtises innocentes. FAMILLE BLOT - Je parlerai mieux d’Aek en parlant
de ses rapports avec Jean-Baptiste. Ils sont aussi différents par
la taille que par le caractère : Autant JB explose et se calme
rapidement, autant Aek ne bronche pas. Quand ça ne va pas il boude
et ne dit plus un mot. Si un orage éclate entre JB et les adultes,
alors Aek devient transparent. Aek ne pique jamais de vraies colères,
de celles qui font du bien et permettent au ciel de redevenir bleu. Parfois
c’est agaçant. A part cela il faut reconnaître qu’ils
ont tous les deux un mode de communication étonnant. Pudiques tous
les deux, ils ont réussi à se comprendre très rapidement.
Ils ont appris à respecter leur liberté et leur intimité
réciproques. Aek écoute, comprend, enregistre tout. JB,
lui, est franc et direct. La gentillesse et la compréhension de
JB ont aider Aek à trouver sa place dans la famille. Aek aurait
une tendance à jouer les poussins perdus, ou à user de son
étiquette de petit nouveau au collège. JB est là
pour le mettre en garde et le guider. AEK - Certaines habitudes ne sont pas faciles à vivre. Ces nouvelles expériences me font changer tout d’un coup. Ma nouvelle famille m’apprend à mieux connaître cette vie différente et bourgeoise. Mais dans l’ensemble c’est quand même une drôle d’histoire dont je suis profondément ravi. FAMILLE BLOT - Jusqu’à aujourd’hui,
nous n’avons pas eu de véritables conflits à régler.
Avec de la bonne humeur, de la patience et du recul on fait face, on s’amuse
et on s’étonne. AEK - En vérité ils m’offrent tout ce qu’il faut : leur culture (à Noël c’était formidable à un tel point que je désirerais y participer de nouveau à la fin de l’année), leur nourriture (Isabelle cuisine pour me faire goûter les nourritures variées des Français, et je les trouve vraiment supers et très différentes des miennes - surtout les crêpes au Cognac et les patates), leurs loisirs divers (patinoire, ciné, volley, lecture, musique, game gear, anniversaires, visites). Ils me font aussi partager leur goûts pour la politique (ici on en parle sans arrêt). Ils s’amusent à me faire marcher. Ils ne se lassent jamais de me faire découvrir leur pays et d’aimer me faire plaisir. Moi, j’adore ça. Je leur fais savoir en les remerciant à la façon thaïlandaise. Eux, qu’est-ce qu’ils aiment ça ! FAMILLE BLOT - Aek nous a apporté... des tee-shirts
! (rires). Plus sérieusement je dirais une capacité à
enregistrer et à s’adapter à la différence
et au changement. Ceci est valable pour lui, comme pour nous. En réalité
il nous est impossible, pour l’instant en tout cas, de faire une
distinction entre ce que nous avons apporté et ce que lui nous
a apporté. C’est un quotidien partagé. Nous n’avons
pas encore assez de distance pour faire ce tri... Je dirais quand même
que nous nous sommes, en famille, lancé un défi : parvenir
à faire rire Aek aux éclats et l’aider à montrer
ses sentiments. Nous avions également une énorme envie de
le voir réussir sans prendre la grosse tête. Il a fallu pour
cela relativiser (sans pour autant le nier) le courage nécessaire
pour quitter « papa et maman » pendant neuf mois. AEK - Un jour il y avait une drôle de fille qui m’a demandé si je pouvais sortir avec elle. Je n’en savais rien. Donc je lui ai refusé gentiment et lui ai proposé de devenir de bons amis ! Elle avait un petit air timide, mais bon d’accord ! Au bout d’un moment, je m’étonne de la façon de saluer en France. Les gens se donnent tous les jours des bisous. Moi ça me fait rougir. Mais à présent, j’ai tellement l’habitude que je n’hésite pas de saluer joue par joue avec les filles. En gros, ça ne me dérange pas du tout. Plus tard, je ne les toucherai peut-être plus. FAMILLE BLOT - Nous allons bientôt changer de
maison. On s’aperçoit que l’avis de Aek compte autant
que celui de Jean-Baptisite, alors qu’Aek n’y mettra peut-être
jamais les pieds. Mais c’est comme ça. Pour nous c’est
égalité, tout le temps, tout le temps, tout le temps ! AEK - je voudrais remercier la France, ma famille d’accueil, Alexandre, qui me fait trouver l’amitié, Amandine, chez qui j’ai été invité à déjeuner, la neige de décembre, François, Brigitte et Marie, ma famille accueillante de Paris, Papi et Mami, qui devienent de vrais grands-parents, et tout le monde. Sans eux je serai comme le monde perdu ! FAMILLE BLOT - Aek ne se rend pas compte comme il a
changé. Et pourtant je crois que ça se fait en profondeur.
Je crois même qu’il finira en Charente. Oui, ça, ça
me paraît joué d’avance (rire) ! |