Voyage intérieur
Point de vue de parents
En septembre dernier, trois mères ont accepté
de se livrer à un petit jeu : au moment où leur enfant s’envolait
pour une année vers l’étranger, elles nous confiaient
leurs états d’âme. Les courtes missives reçues,
via le Net, dessinent une carte, plus ou moins floue, de l’inquiétude
et de l’agitation, de la sérénité et des certitudes
des parents.
Marie est partie au Canada le 8 septembre
6 septembre – 1er jour de stage
Nous venons de quitter Marie. De tout le groupe départ, elle est
la dernière à avoir été placée.
Nous ne connaissons la famille d’accueil que depuis samedi matin
et avons pu converser avec eux par E-Mail. Il reste un petit problème
de visa à régler, mais à priori elle pourra partir.
Comme il y a une incertitude, Marie nous a fait deux petits bisous en
nous disant : « Peut-être à demain, si je n’ai
pas le visa. » En fait, elle et nous savons bien que c’est
le vrai départ. Contentons-nous alors de deux bisous ! C’est
déjà bien ! Cela nous a évité trop d’émotions.
Maintenant il ne faut pas trop penser qu’elle est partie pour un
an.
7 septembre – 2ème jour de stage
Ce soir il y a comme un peu d’énervement dans la maison.
On décide de prévenir les parents d’accueil de l’heure
d’arrivée de Marie (mais on s’aperçoit qu’ASSE
les a déjà mis au courant). Le voyage sera long, mais tout
devrait bien se passer. Marie a déjà voyagé et sait
se débrouiller. Mais la suite ! Les questions remontent à
la surface. La famille, l’école, la nourriture… Nous
verrons bien. De toute façon, nous serons trop loin pour intervenir
! Mais c’est long un an. Même si ça ne dure que dix
mois.
8 septembre – Le jour du voyage.
Toute la journée nous avons pensé au voyage de Marie. 29
heures de trajet en tout ! Enfin, elle pourra dormir. Nous savons qu’elle
a fait une nuit blanche la veille (dernier jour du stage).
Ce soir j’ai l’esprit vide. Sa grande aventure commence. Et
la nôtre aussi. Vivement demain soir ; je veux savoir si elle est
bien arrivée.
9 septembre – Jour de l’arrivée au Canada
Ce matin, dès le réveil, branchement sur Internet.
Eh bien, oui ! Marie est bien arrivée. Message laconique. Marie
prend juste le temps de nous écrire que la famille est très
gentille. Repos pour la journée à venir ; nous serons plus
sereins. Nous aurons peut-être d’autres nouvelles demain.
Même si on s’est jurés de ne pas communiquer au jour
le jour, on aimerait bien avoir quelques détails pour pouvoir imaginer
la vie là-bas.
10 septembre
Deux jours. C’est déjà une éternité.
J’aimerais avoir des détails ; savoir où elle
est, ce qu’elle fait.
11 septembre
Comment tout se passe-t-il ? Va t-elle s’habituer facilement ? Tant
que je n’ai pas de détails, je gamberge.
Isabelle est partie en Chine le 8 septembre
6 septembre – 1er jour de stage
Nous avons dit au revoir à Isabelle à 19 heures ; je riais
et j’avais les larmes aux yeux. Comme elle, nous avons passé
cette nuit à Paris, juste séparés par quelques rues
; une distance pourtant immense.
8 septembre – Le jour du voyage.
Retour à la maison. Je trouve toujours une bonne raison pour aller
dans sa chambre ranger quelque chose. J’y ai trouvé 2 lettres
; une pour nous et une pour son jeune frère. Isabelle me téléphone
vers 16 heures. Elle va bientôt embarquer. L’aventure commence.
On la sent si heureuse de pouvoir vivre cette expérience. Je pense
à un arc-en-ciel sous la pluie. Elle est l’arc–en-ciel,
mes larmes sont les gouttes de pluie.
10 septembre
Je n’ai jamais été aussi contente d’entendre
la sonnerie du téléphone à 6 heures du matin ! On
m’annonçait, en direct de Chine, qu’Isabelle était
bien arrivée. J’étais sereine, mais heureuse tout
de même d’entendre de bonnes nouvelles. Et heureuse aussi
d’entendre me dire : « She is a very nice girl ». Moi,
je le sais… Mais c’était super de voir qu’ils
s’en étaient rendu compte si vite.
Maintenant on s’interroge sur sa nouvelle vie, son environnement,
ses activités, etc.
18 septembre
J’ai besoin d’entendre la voix d’Isabelle. Je suis parfaitement
sereine, mais j’aimerais connaître son emploi du temps, savoir
comment elle s’adapte, si elle a des amis, comment est sa ville,
le temps, la famille, l’université. J’ai prévu
d’enregistrer la conversation pour en faire profiter sa meilleure
amie. Je l’appellerai demain. Pourvu qu’elle soit là.
On m’a dit de ne pas trop appeler. Je ne crois pas exagérer
si je l’appelle demain !
21 septembre
J’ai donc téléphoné. Quel plaisir de l’entendre.
Elle est vraiment heureuse. J’ai enregistré l’appel
pour en faire profiter son père, son frère et sa meilleure
amie… Et pour moi aussi, car j’avais peur que l’émotion
me fasse oublier l’essentiel.
Le lendemain, le facteur nous amenait sa première lettre. Là
encore, que d’émotions en la lisant ! Elle s’adapte
de façon assez surprenante ! Curieuse et ouverte aux changements.
Sans a priori. Elle profite de tout à 100 %, ne veut rien
perdre de cette expérience. Je n’étais pas spécialement
inquiète, mais je dois dire que je suis assez surprise qu’elle
n’ait pas eu de coup de blues. Je la connais bien, et là,
je suis encore plus fière d’elle. Elle assure !
11 octobre
Un mois qu’Isabelle a quitté la France. Un mois seulement.
Une éternité en même temps. Nous avons accueilli durant
dix jours 2 correspondantes hongroises chez qui Isabelle avait séjourné
en mai. Cela nous a fait plaisir… De leur faire plaisir, et
de penser que nous avions un lien commun avec Isabelle. Pour l’instant,
de mon côté, pas de nouvelle lettre. Côté E-Mail
: toujours rien. Par contre son frère a reçu un courrier.
Je suis un peu jalouse, mais ils sont complices et c’est bien. Je
ne sais pas ce que dit sa lettre sinon qu’elle demande à
son frère de lui répondre tout de suite. Est-elle soucieuse
? En tout cas il a tout de suite répondu, alors qu’en général
il faut le supplier.
Il ne parle pas beaucoup d’elle, mais je suis sûre que sa
sœur lui manque beaucoup.
Adeline est partie aux USA le 8 septembre
6 septembre – 1er jour de stage
Ce séjour a été souhaité par Adeline elle-même.
Mon rôle de mère s’est limité à la mettre
dans des dispositions favorables. Je lui ai offert l’écoute,
je ne voulais l’influencer ni dans un sens ni dans l’autre.
L’après-midi a été émouvante. C’était
l’aboutissement d’une longue préparation, aussi bien
matérielle que psychologique. L’après-midi était
bien organisée ; conviviale et efficace. Et puis le moment est
venu de quitter Adeline. Elle, était confiante et détendue,
prête. Nous avons écourté les « au revoir »
pour ne pas la déstabiliser. C’était ma priorité.
Le voyage de retour fut long. Chaque minute m’éloignait de
ma fille. Heureusement sa grande sœur était venue.
J’ai beaucoup d’admiration pour Adeline ; elle a été
capable de se lancer dans cette aventure (même si elle est bien
cadrée) et j’ai conscience qu’on a eu une grande confiance
en elle et en PIE. Mais pour être honnête, pour moi ce fut
tout de même difficile. Maintenant, il va falloir vivre autrement.
Elle se lance un peu plus loin dans sa vie.
7 septembre – 2ème jour de stage
La journée s’est bien passée. Le travail prend le
dessus et empêche l’esprit de vagabonder. Je savais Adeline
en de bonnes mains. Je connaissais le programme du stage, j’ai donc
pu la suivre mentalement toute la journée.
Adeline nous a téléphoné. J’attendais vraiment,
sans toutefois lui avoir demandé. Nos encouragements auront, je
pense, raffermi sa confiance. Le départ en groupe doit pouvoir
l’aider à quitter le pays pour un an.
8 septembre – Le jour du voyage.
Le vrai départ. J’avais demandé tous les détails
sur le voyage, ce qui m’a permis de la « suivre » tout
au long de la matinée, jusqu’à 11H55, heure du décollage.
Je l’ai imaginée descendre ses bagages, partir à l’aéroport…
Être proche en pensées rend plus supportable l’éloignement.
Il est 14 heures, elle est dans l’avion pour Chicago. Je guetterai
les heures jusqu’à son arrivée au Kansas, jusqu’à
ce que j’apprenne qu’elle est bien arrivée. Ce sera
dur de s’entendre confirmer qu’elle est loin. Et pourtant,
à ce moment-là et à ce moment-là seulement,
l’expérience tant attendue commencera vraiment. Ce sera à
elle de jouer.
Je crois que le rôle de parent est de passer, autant que faire se
peut, au-delà de ses propres sentiments.
15 septembre
Juste un petit mot. Tout va bien. La vie active a repris le dessus.
L’année d’Adeline aux Etats-Unis est simplement une
année scolaire. Certains parmi ses amis sont partis étudier
en Université ou dans une grande école, quelquefois à
l’autre bout du pays. Finalement la séparation, sans être
aussi longue, doit être similaire. Il faut permettre à nos
enfants de construire leur vie, avoir confiance en eux. Notre rôle
est de les épauler.
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