CINQ PARCOURS CROISÉS
À partir de la Bretagne, les programmes PIE et Calvin-Thomas
Trois Quatorze a organisé un petit voyage polyphonique
au cœur de la Bretagne, dans le but de nous faire connaître
les programmes proposés et orchestrés, sur place, par Dominique
Glémot, délégué de PIE et représentant
Calvin-Thomas .
Cinq participants (une année à l’étranger,
une année au pair, un mois aux USA, accueil de courte et de longue
durée) ont accepté de répondre aux cinq mêmes
questions (voir ci-dessous). Au fur et à mesure que leur partition
commune se déroule, on découvre - à travers
des réponses souvent convergentes, mais parfois divergentes - les
points forts et faibles de chacune des formules, et la richesse de toutes
ces expériences.
LES QUESTIONS
Qui êtes-vous ? À quel programme avez-vous participé
? En quelle année ?
Comment en êtes-vous venu(e) à participer à ce programme
? Y a-t-il un fait précis qui ait motivé votre décision
? À l’époque, pourquoi aviez-vous choisi PIE ou Calvin-Thomas
?
Aujourd’hui que reste-t-il de votre expérience ? Quel(s)
enseignement(s) et quels bienfaits (ou méfaits) en avez-vous tirés
?
S’il n’y avait qu’une chose (un événement,
une personne, une anecdote) à retenir et à conter, laquelle
choisiriez-vous ?
Parlez-nous de votre délégué ? De vos relations avec
lui ?
Pour vous PIE ou Calvin-Thomas, c’est qui, c’est quoi ?
NATHALIE BARANGER : « AMERICAN SUMMER – L’été
américain »
J’ai 19 ans. Je suis originaire d’Angers (ma mère est
vendéenne, mon père est des Mauges (la région de
Cholet). Je suis actuellement à l’ESEO (école supérieure
d’électronique de l’Ouest), c’est une prépa
intégrée (maths-sup). J’ai participé deux fois
au programme d’été aux USA. La première fois,
c’était en 97, j’avais 16 ans (j’avais alors
choisi un programme « Cours et immersion », en Californie,
à Los Angeles) ; la seconde fois, l’été dernier
(formule « 100 % immersion – 5 semaines », dans l’Oregon).
C’est une formule qui consiste à vivre entièrement
en famille. Entre ces deux séjours j’ai passé un mois
en Allemagne.
Pourquoi l’été aux USA ? Au départ, je crois
que je n’avais pas vraiment confiance dans mon anglais. Je voulais
voir ce que je connaissais, si j’étais capable de me débrouiller.
C’était surtout pour l’oral. J’étais curieuse
de savoir si j’étais capable de comprendre et de discuter
avec un anglophone. À l’école on parle si peu qu’il
est difficile d’avoir des repères, de savoir. Pour être
honnête, il y avait aussi un côté pratique : l’idée
que je me débrouillerai mieux scolairement. Mais pas que ça,
car vraiment j’aime bien les langues.
En 97, c’était mon premier voyage sans les parents. J’étais
un peu anxieuse. La Californie, c’était loin. Mais l’envie
de parler a pris le dessus.
Je connaissais l’Angleterre, j’avais voyagé là-bas,
et a
ne m’attirait pas trop ; nettement moins en tout cas que les USA.
Maintenant, quand j’y repense, je réalise que j’étais
très curieuse des Etats-Unis.
C’est d’ailleurs le fait que Calvin-Thomas soit spécialisé
sur les USA qui a fait pencher la balance pour cet organisme. Ma mère
avait pris la liste de toutes les boîtes auprès de l’Office
national de garantie, et l’on a choisi Calvin-Thomas pour
cette raison-là.
J’ai pris de l’assurance, j’ai acquis de la rapidité,
de la confiance aussi. Je n’ai plus peur de parler, et je sais qu’en
gros, je peux comprendre et être comprise. La formule « 100%
immersion » m’a d’ailleurs paru plus profitable que
la formule avec cours, car je n’ai pas croisé un français
et pas parlé ma langue maternelle pendant un mois (mais j’ai
vu que, depuis, la formule cours a changé et qu’il n’y
a plus aujourd’hui d’échanges entre Fran ais).
En tout cas, concrètement, mes notes en anglais ont bien progressé
; c’est un peu pragmatique comme raisonnement, mais c’est
vrai !
J’ai aussi appris à me prendre un peu en main. La première
fois, quand on se retrouve à Los Angeles, ça fait
drôle croyez-moi ! Il faut se débrouiller. Je crois
que j’ai acquis de la confiance à tous les niveaux. Mes parents
vous diraient que je suis sortie de ces deux expériences un peu
grandie, un peu changée. S’ils le disent…
Il me faudrait aussi parler des liens avec la famille de l’Oregon
et des deux filles : Lisi et Talina.
Un très bon souvenir.
è Lors de mon dernier séjour, j’ai eu le malheur (ou
plutôt le bonheur) de dire que j’aimais les glaces américaines.
Ma famille m’a alors dégotté un glacier réputé
qui proposait au moins 40 parfums. Et ils se sont mis en tête de
me les faire tous goûter. On y allait tous les deux trois jours,
et l’on en prenait deux trois différents à chaque
fois. C’était marrant. Un jeu au départ, qu’on
a vraiment mené au bout. J’aurais d’ailleurs beaucoup
de souvenirs culinaires à raconter.
Plus sérieusement, il me faudrait parler de ma mère d’accueil.
Elle était compréhensive, sympa. On s’est très
bien entendu toutes les deux.
Dès que j’ai demandé une documentation, Dominique
m’a écrit pour me donner plus de renseignements et pour me
dire qu’il était disponible pour répondre aux questions.
Et c’est vrai qu’il est disponible : il est très présent,
il répond très gentiment… Il est sûrement très
sérieux également, parce que l’an passé il
m’a retourné mon dossier en m’expliquant que le collage
photo n’était pas très bien fait. C’est marrant
parce que j’en parle comme si je le connaissais bien, or, je réalise
qu’en trois ans je ne l’ai vu qu’une fois : c’était
à Rennes, la première année, lors d’une réunion
de préparation au séjour !
Au niveau de la préparation, de l’organisation ou du voyage
en lui-même, je n’ai rien eu à dire. Sur place, on
m’a téléphoné plusieurs fois pour savoir si
tout allait bien. Les représentants discutaient avec la famille.
Entre ce que j’ai lu, ce dont on m’a parlé et ce que
j’ai vécu (je parle surtout de l’organisation et du
suivi), il n’y a pas eu de réel décalage. Pas de mauvaises
surprises. J’ai vu des jeunes qui avaient des problèmes,
on s’est vraiment occupé d’eux. Pour moi, c’est
du sérieux, c’est un organisme qui offre des garanties. D’ailleurs
je repars cet été pour un stage en entreprise !
FAMILLE RIVAL : « ACCUEILLIR UNE ANNÉE »
Nous sommes une famille de cinq. Pat, 45 ans, qui travaille à la
poste ; Brigitte 44 ans, infirmière. Et puis Grégor, Jennifer
et Thibault . Nous avons accueilli Mirrku, une jeune finlandaise, pour
une année ; c’était en 98/99. Mirrku était
inscrite en 1er L, elle a d’ailleurs passé son bac fran ais
à la fin de l’année (où elle a obtenu, soit
dit au passage, un 15 à l’oral).
Jennifer était partie un an au Canada. C’est comme cela que
nous avons connu PIE. Mais pas question d’accueil à ce moment-là.
Nous en avions entendu parler à la réunion régionale,
mais nous avions à peine consulté les fiches. Et puis nous
avons re u
« Trois Quatorze » ; un numéro avec des témoignages
de familles d’accueil (bien joué PIE !). Certains d’entre
eux étaient si riches, emprunts d’une telle générosité
! Certaines familles, on s’en souvient, avaient même accueilli
plusieurs fois ! On s’est vraiment dit : « a
doit être quelque chose ! ». Au même moment, on a commencé
à gamberger sur cette famille canadienne, inconnue, qui allait
héberger, recevoir, et sans doute aimer notre fille. N’était-ce
pas une démarche désintéressée, généreuse,
enrichissante ? Une famille à l’autre bout du monde donnait
cette chance à notre fille. On s’est dit qu’il n’y
avait aucune raison de ne pas en faire autant. On était mûrs
!
On nous dit souvent : « Ce n’était pas trop dur d’accueillir
un an ? » ; invariablement on répond : « Sûrement
plus facile que d’accueillir 8 ou 15 jours pour les vacances. »
Un hôte de 15 jours, c’est quelqu’un d’assisté,
de dépendant. Dans le cas d’un accueil sur une année,
l’intégration est obligatoire. Chacun doit trouver son rythme,
son espace ; on partage de longs moments ; et dans le même temps
on se doit de rechercher son indépendance. C’est une expérience
très stimulante pour une famille. Inconsciemment ou non, on essaie
de se montrer sous son meilleur jour, on essaie de montrer le meilleur
de soi-même, le meilleur de son pays, de son environnement. Nous
avons, je crois, tout fait pour montrer à Mirrku la chance qu’elle
avait d’être « tombée » en Bretagne. Si
un dimanche nous n’avions rien prévu (du genre visite…),
Mirrku nous disait : « Alors on fait quoi, là ? ».
Alors on faisait toujours quelque chose. Nous avons été
stupéfaits par sa facilité d’adaptation, ses progrès.
Tout cela nous rassurait, car nous faisions un parallèle avec l’intégration
de Jennifer en Nouvelle-Écosse.
Le plus gros acquis c’est Mirrku elle-même. Nous l’avons
eue samedi dernier au téléphone, elle revient l’été
prochain. Aujourd’hui nous agissons avec elle comme avec nos propres
enfants. Elle fait partie de la famille pour toujours.
Difficile de parler de méfaits ; mais j’évoquerais
quand même la difficulté pour Mirrku de vivre dans
un coin isolé. Nous sommes à la campagne, loin de tout,
et cela n’était pas toujours pratique pour Mirrku. En fait,
cela nous a poussés à beaucoup nous investir pour elle.
Nous retiendrons d’abord la façon dont Mirrku, une fille,
étrangère qui plus est, s’est mêlée,
intégrée, imposée dans une équipe de hockey
masculine. Du jamais vu, en fait ! Intégrée au point de
se voir confier l’entraînement et l’encadrement des
petits. Et puis, comment ne pas évoquer cette anecdote : juste
avant son départ de France, Mirrku avait invité tous ses
amis pour une grande fête. Tard dans la nuit, pendant que tous chantaient,
dansaient, elle a eu une grosse bouffée de nostalgie ; alors elle
est partie s’isoler ; et elle s’est retrouvée seule,
avec son chagrin, à pleurer dans les bras – nous devrions
plutôt dire les pattes – du chien. Dixie était le compagnon
privilégié de Mirrku (lors de ses sorties et de ses joggings
dans la campagne castoise). Il l’accompagnait jusqu’au bout,
lui ! Mais l’histoire ne dit pas si, ce jour-là, Dixie a
pleuré aussi !
Le
délégué, c’est l’interlocuteur privilégié,
la référence, le lien. C’est lui qui rassure qui renseigne,
qui épaule. C’est lui qui a les réponses à
toutes les questions. Et ce qui est particulièrement bien avec
Dominique, c’est qu’il répond aux questions avant qu’on
les lui pose. C’est ça l’expérience !
Je sais que Mirrku avait particulièrement apprécié
le week-end qu’il avait organisé à Rennes.
Pour nous, la réunion régionale de mai était très
importante aussi, l’occasion de voir une partie de l’équipe.
ë PIE c’est une famille. Des gens que l’on connaît,
avec qui l’on échange.
VÉRONIQUE PRECHOUX : « UNE ANNÉE SCOLAIRE »
Je
suis Véronique. J’ai 25 ans. J’ai participé
au programme « PIE - Une année scolaire à l’étranger
» en 94-95. C’était dans l’état de Washington.
J’allais à « Hanford High School », en classe
de « senior ». À mon retour, j’ai passé
une maîtrise de « Science de gestion - option finance ».
Actuellement, je suis en stage aux Etats-Unis. Je suis assistante du département
« comptabilité et finance » de Numatec (une entreprise
française), et je travaille pour « l’ Office of River
Protection » du département de l’énergie américain.
J’envisage de passer un DESS de finance internationale. Après
? Est-ce que je travaillerai en Bretagne ou aux USA ? Je ne sais pas.
C’est mon problème : je n’ai pas encore choisi quel
côté de l’Atlantique serait le mien.
C’est ma meilleure amie qui m’a parlé de cette possibilité
de partir un an. L’idée est vraiment venue d’elle.
Je me suis appropriée son rêve. Et mes parents m’ont
permis de le réaliser. Je me souviens très bien qu’à
l’époque ils m’ont demandé d’écrire
noir sur blanc les raisons qui me poussaient à vouloir partir.
Le bilan a dû être positif ! J’ai ensuite étudié
les différentes solutions qui se présentaient. J’ai
contacté le Centre d’information jeunesse Bretagne, où
l’on m’a communiqué les coordonnées de plusieurs
associations. Pourquoi j’ai choisi PIE ? Parce qu’elle s’est
imposée avec évidence comme la meilleure association. Et
il y avait la voix de Dominique, au téléphone ; il était
encourageant, rassurant. L’encadrement proposé par PIE correspondait
aux attentes de mes parents, les solutions financières aussi. Alors
!
La meilleure année de ma vie, je l’ai passée, à
Richland, en plein désert. Cela ne s’oublie pas. Là-bas,
j’ai trouvé Mark et Bev, mes parents américains, ma
deuxième famille. Je suis devenue leur fille française.
Là-bas j’ai rencontré un tas d’amis, que je
n’oublierai jamais. Et j’ai aujourd’hui des connaissances
un peu partout dans le monde (tous ces autres « exchange students
» que j’ai croisés, et avec qui j’ai échangé
pendant un an). De cette année, il ne me reste pas un, mais des
tonnes de souvenirs, des centaines de photos. Et je n’oublie pas
non plus que ce séjour m’a indirectement menée à
ce stage que je fais actuellement, un stage qui constitue une expérience
personnelle et professionnelle hors normes. En un an, j’ai pris
confiance.
Vous savez, je suis née à Rennes, j’ai grandi à
Rennes ; parfois, c’est un peu ennuyeux. J’avais besoin de
faire quelque chose de différent et de grandiose pour m’épanouir
et cette année est venue à point pour pimenter mon existence.
Une seule chose !? Sans hésiter je retiens la fierté
de mon Papa quand il raconte, aujourd’hui encore, que sa fille a
vécu un an aux USA. C’était son rêve à
lui. Son rêve de jeunesse !
Mais difficile aussi de passer sous silence le jour de la remise des diplômes
: la joie, la musique, la foule… Et les larmes. Nous avions tous
conscience – nous les élèves - d’arriver à
ce moment-là à la fin d’une étape. Durant toute
l’année, on avait entendu ce slogan : « Can’t
wait to get out of here » ; mais là on devait vraiment s’en
aller. Et, devant nous, l’horizon était immense ; si grand
que chacun s’y projetait différemment. On savait que tout
allait changer, qu’on allait tous s’éloigner les uns
des autres. C’était le big bang : un moment très fort.
ê C’est un être formidable. Je le considère comme
un ami. C’est quelqu’un que j’admire. Il fait tant pour
nous aider. Il est dévoué, rassurant, intéressant,
réaliste. Pendant mon année aux USA, je n’ai pas eu
beaucoup de contacts avec lui, car pour moi tout a roulé sans réel
problème ! Mais j’ai eu l’occasion de le voir en pleine
action, en train de gérer des situations difficiles. Je l’ai
vu faire preuve de compréhension, je l’ai vu faire la part
des choses. De plus, il a accueilli, et un de ses enfants est parti !
En un mot, il est crédible, il a de l’expérience.
PIE c’est une clé. La clé de ma vie. Au-delà,
c’est une bande de gens géniaux, très disponibles,
bourrés d’idées. Ce sont surtout des gens dans lesquels
je me projette et me reconnais, parce qu’ils ont tous un bout d’eux-mêmes
à l’autre bout du monde ; quelque part, où que ce
soit !
FAMILLE ADELAÏDE – LE PAJOLEC : « ACCUEILLIR L’ÉTÉ
»
Nous sommes cinq : trois filles (Aude -19 ans, Gaëlle -16 ans, et
Cassie – 13 ans) ; Alex, le père, et Catherine. Catherine
est originaire de Bretagne, Alex est originaire de la Guadeloupe. Les
trois filles sont toutes nées en Bretagne, dans la région,
à Lorient. Alex est infirmier en psychiatrie, Catherine est cadre
infirmier. Nous habitons Plouay, capitale du vélo en l’an
2000, puisque la ville accueillera cette année le championnat du
monde. Notre famille a accueilli deux fois, en 98 et en 99, sur des périodes
courtes (1 mois).
Nous avons entendu parler du programme, pour la première fois,
dans la presse locale. On a pris contact avec Monsieur Glémot qui
est venu nous voir et qui a été très convaincant.
ça tombait à un moment où nous étions disponibles
pour a.
L’idée était déjà dans l’air.
L’intervention de Monsieur Glémot a été décisive.
De même que les conditions dans lesquelles nous pouvions accueillir
: une maison avec jardin, une chambre libre pour ami…Et puis le
mélange familial, Bretagne/Antilles nous paraissait propice à
un bon accueil, très approprié.
Au départ on se dit qu’on ouvre sa maison pour les autres
(et c’est une réalité) mais on découvre vite
qu’on s’ouvre soi-même et qu’on élargit
sa propre maison. Cela apporte de la vie, du dynamisme, de l’ambiance.
Marco et Mary étaient tous les deux Américains (de Portland-Oregon).
Marco est arrivé en pleine Coupe du Monde. Il a bien mordu au jeu.
L’intégration s’est faite en une minute. Il est devenu
aussitôt le gar on
de la maison. Il était d’origine mexicaine. On a parlé
anglais et espagnol, la maison est devenue très cosmopolite.
Mary était d’une famille plus éclatée. C’est
peut-être a,
peut-être autre chose, mais elle a mis un peu plus de temps à
s’adapter. Peut-être une semaine. Mais il n’y a eu aucun
problème après. Ici elle a découvert le groupe «
Armens », et elle est repartie très fan du rock breton.
L’accueil, vous savez, tout compte fait, c’est assez simple
: des pique-niques, des balades, des visites, des jeux de cartes.
Du point de vue personnel, notre fille Cassie a tiré beaucoup de
bénéfices du séjour de Marco. Elle n’avait
pas encore commencé l’anglais à l’école,
et Marco lui a donné des bases et lui a donné la musique
de la langue et l’accent. Elle a ensuite beaucoup accroché
à l’anglais en arrivant en sixième.
L’étonnement de Mary devant le rayon crémerie. Elle
n’avait jamais vu a
; c’était l’enchantement.
Et le fait que, durant ces deux accueils, notre famille ait autant été
baignée dans l’Amérique que Mary et Marco ont été
baignés dans la Bretagne.
C’est un interlocuteur, dynamique, très intéressant,
très chaleureux. Il nous a guidés dans le choix de Marco.
Il ne s’est pas trompé. On reste en contact.
ANNE-CÉCILE OLIVIER : « UNE ANNÉE AU PAIR »
J’ai 24 ans. Je m’appelle Anne-Cécile. Je suis originaire
de Brest, où je vis toujours. Je suis partie au Canada avec PIE
en 94-95. À mon retour, j’ai fait deux ans d’études
d’anglais, puis je suis partie une année comme fille au pair
avec Calvin-Thomas (en 97-98). Je vivais chez la famille Bankier, dans
les environs de Washington ; je m’occupais de deux petits garçons
de 3 ans et de 1 an : Alexander et Philip. Aujourd’hui je suis aide
éducatrice.
Au départ, il y a donc un lien direct entre mon année au
pair et mon projet professionnel. Je voulais vraiment m’occuper
d’enfants. Cette année au pair je l’avais plus ou moins
en ligne de mire depuis mon retour du Canada. Je voulais avoir mon DEUG,
et, ensuite, repartir. Calvin-Thomas s’imposait puisque j’étais
déjà partie par PIE ; mais je dois dire que j’ai regardé
ailleurs et que je me suis renseignée auprès d’autres
organismes. Calvin–Thomas l’a emporté ; de toute façon,
il y avait Dominique, mon délégué.
C’est une expérience assez difficile ; plus dure selon moi
que l’expérience scolaire entre 15 et 18 ans. L’intégration
est plus complexe en tant que jeune fille au pair, car on n’est
pas vraiment un membre à part entière de la famille. Souvent,
avant vous, il y avait une autre fille au pair, et, souvent, une autre
vous succède. Il y a comme une routine. Et puis, on est très
occupé par les enfants ; et les liens avec l’extérieur
sont plus durs à créer. De ce point de vue, j’ai particulièrement
apprécié les cours que je suivais (plusieurs heures par
semaine). Il faut bien comprendre qu’au pair, c’est un vrai
job. Moi, par exemple, je travaillais de 8 heures à 18 heures.
Je m’occupais de Marc le matin (il allait à l’école
l’après-midi) et de Philip toute la journée ; je m’occupais
d’eux au quotidien, avec tout ce que cela sous-entend (repas, bains,
balade, jeux…). Émotionnellement c’est un gros investissement
aussi. Et quitter les enfants après un an n’est pas forcément
facile. Avec la mère, c’était parfois difficile également,
car Philip, le petit, me réclamait plus souvent qu’elle.
Il y avait un peu de jalousie ! À côté de cela, c’est
un programme merveilleux, car particulièrement formateur. On a
de réelles responsabilités, on hérite de la confiance
des parents ; c’est une véritable expérience professionnelle.
C’est surtout un travail très enrichissant, qui m’a
beaucoup appris au niveau autonomie et indépendance. De ce point
de vue, il me semble même plus profitable que le séjour scolaire.
À l’école, en famille, tu as des facilités,
on s’occupe de toi, on va vers toi, alors que lorsque tu pars au
pair, c’est toi qui t’occupes des autres (des enfants) ; tu
dois créer ton monde et ton environnement. Sur le long terme, je
considère mon année au pair comme très formatrice.
C’est une année un peu dure à vivre au quotidien,
mais qui permet de franchir un pas important dans la vie.
Pendant mon séjour, j’ai suivi des cours de langue des signes
au « Community College ». Je garde, très présent,
le souvenir de mon professeur de ASL (American Sign Language »)
; il était sourd-muet lui-même ; il m’a appris qu’on
pouvait exprimer ses idées, ses émotions et ses sentiments
autrement que par la parole ; il avait une façon d’être
et d’appréhender les choses très particulières.
Ce fut une vraie découverte, une révélation.
Ma relation à Dominique a beaucoup évolué depuis
le premier entretien (pour partir au Canada) ; mais lui, il reste le même
: très à l’écoute, très serviable. Il
vous responsabilise beaucoup, il n’idéalise pas.
PIE et Calvin-Thomas, ça a été mon passeport, mon
billet d’avion, mon ouverture.
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