RAPPORTS DE STAGE
Un voyage en image
Avant de s’envoler pour leur périple d’une année
à l’étranger, les participants au programme suivent
un stage d’orientation. Durant deux jours, ils échangent,
réfléchissent, se détendent ; en un mot, ils se préparent.
Pour rendre compte de cette première étape de leur longue
pérégrination, « Trois Quatorze » a choisi de
photographier certains des participants et de les interroger sur leur
état d’esprit du moment. Les images présentées
ici sont accompagnées des commentaires des jeunes participants
et parfois même de bribes de dialogues (tels qu’ils nous ont
été rapportés par ces derniers). À travers
textes et images, on pénètre dans l’intimité
des participants : relation de chacun à son projet, à sa
famille ou à lui-même.
Le voyage illustré se révèle avant tout intérieur.
1ER JOUR
ANNE JOURNOT
17 ans - Terminale
Origine : Alsace
Passions : équitation, lecture, cinéma
Destination : Kansas
Objectif : la découverte
Un moment-clé. Après la lettre d’acceptation, le placement,
voilà le stage. Je remplis la fiche que j’ai pas remplie
chez moi. Je me dis chouette. J’arrive au début du rêve.
En plus j’suis contente d’être là. Je sais que
ça en angoisse certains, mais moi ça me plaît d’être
avec tout le monde. On est super bien accueilli. Je suis prête.
OLIVIER PIERY
17 ans - Seconde
Bondy
Passions : les activités avec les copains.
Destination : Ohio
Objectif : changer d’air.
C’est le grand soulagement. Les derniers jours c’était
lourd. Plus de copains à Paris. Et ma copine qui m’avait
quitté. Je la comprends un peu, je pars un an ! Je suis resté
avec ma mère une semaine. Elle était très stress
à l’idée de plus me voir. Elle a même demandé
à mon père de prendre une semaine de vacances pour profiter
des derniers moments avec moi. Insupportable. Et puis, elle m’expliquait
tout, comme si elle y était déjà allée avant
moi. « Tu verras, elle me disait, tu verras. » C’est
sûr que je verrai. Mais quoi ? Qu’est-ce que je verrai ? Elle
en aaucune idée de ce que je verrai !
En arrivant ici, au stage, j’aurais pu être soulagé…
Mais non. Je sentais comme un stress. Super peur d’avoir oublié
mes papiers. J’ai fait la bêtise d’en parler à
ma mère. Elle a sauté sur l’occasion pour me dire
que si je les avais oubliés à la maison, elle me les ramènerait
sur le lieu du stage. Toutes les excuses sont bonnes. Mon père,
de son côté, vient de me demander : « À quoi
on pense quand on part pour une année ? » Je réfléchis,
j’ai pas le temps de répondre, on m’appelle pour présenter
mes papiers. Je me présente. Bonjour, me voilà.
NOLWEN MAURIER
16 ans - Première
Origine : Metz
Passions : la musique, et avoir du monde autour de moi
Destination : Nouvelle-Zélande
Objectif : être trilingue.
C’est le moment où je récupère mon visa. Dur
d’avoir ce visa. Je le regarde. Je ne pense qu’à ça.
Vraiment à rien d’autre. Maintenant c’est du concret.
Je peux y aller. On m’appelle. Je lève la tête. Moi
et mon visa.
Adieux à la famille
MAUD CAGNIN
16 ans. Première
Lyon.
Un frère.
Passions : piano, USA
Destination : Texas.
Objectif : Découverte, langue…
Quand j’suis arrivée là, j’ai plongé
dans une ambiance bizarre. J’étais un peu perdue, mais j’étais
surtout contente. Très contente. J’étais même
super super contente. Pas du tout anxieuse. J’attendais ça
depuis si longtemps. J’arrivais enfin, ca y était. J’avais
franchement mûri ça… Depuis des mois qu’on en
parlait.
Et puis là, c’est juste après la réunion des
parents. On va se dire adieu. Toute ma famille, elle va partir. Mon p’tit
frère, il s’approche. On parle de l’école et
de tout, et de rien. Je lui dis : « T’écouteras bien
tes professeurs. » Il me regarde dans les yeux et il me répond
: « Je t’aime. » Là j’suis sciée.
Et puis d’un coup – c’est juste après la photo
– il éclate en sanglot.
Après il m’dit plus rien ; après y pleure seulement.
J’suis émue ; et puis surprise, ouais, j’suis surprise…
Surprise qu’il soit autant attaché à moi mon p’tit
frère. J’pensais pas. J’suis triste aussi, un peu malheureuse
pour lui. Mais moi, je reste contente malgré tout. Rien ne pourra
me faire changer d’avis. Partir. C’est ça que je veux.
Je veux rester dans cet état d’esprit. Alors, malgré
le chagrin de mon p’tit frère, j’suis contente. En
fait à ce moment-là, je crois que pour lui j’suis
encore là, alors que moi, j’suis partie déjà.
Depuis longtemps.
T’es contente de partir ?
Ben ouais j’suis contente.
T’écoutera bien tes professeurs.
… Je t’aime
PIA DECARSIN
17 ans. Première
Chartres.
Destination : Kentucky.
Objectif : l’anglais, la maturité. Quitter le système
scolaire français « trop compétitif ». Laisser
tomber la pression. Relâcher.
Toute la journée j’étais sereine. Et puis là,
au moment des « au revoir », ça devient surréaliste
cette histoire là. Ça va vite, et surtout ça ne ressemble
plus du tout à ce que j’avais imaginé. Pourtant j’y
avais pensé pendant longtemps aux adieux. Moi qui suis du genre
à tout planifier, je ne comprends plus rien à tout ce qui
se passe. Mais rien. Je sais que mon père retient ses larmes, qu’il
veut pas craquer… Et que ma mère est stoïque. Alors
que moi, je l’imaginais en pleurs ma mère. C’est peut-être
pour ça que je craque… Je pleure tout ce que je peux. Je
contrôle plus. Mon p’tit frère est là. Il se
jette dans mes bras. Il me fait du bien. Voilà, ça va mieux.
Après je vais voir ma mère. Elle me dit de craquer, de tout
relâcher, d’évacuer la pression et puis, elle me parle
d’après. Elle me dit d’en profiter. Elle me répète
que des paroles rassurantes.
Moi j’reste bête, je pleure à nouveau.
Mon p’tit frère il revient. Il a faim, il en amarre. Il veut
partir, mais on l’entend pas. Le pauvre.
En fait, moi je plane. Je plane depuis tout à l’heure. C’est
comme dans un rêve, je vis un truc dont je suis en même temps
le témoin, et dont je vais sortir. J’ai l’impression
que ça existe pas, et qu’en même temps c’est
là. C’est irréel. J’suis entre deux mondes.
C’est un moment-clé, et sans consistance. Ça fait
peur et ça fait du bien.
Pleure, et une fois là-bas, profite bien de tout. Ca va être
génial.
ANDREA FRIELING
17 ans. Seconde.
Saint-Malo.
Passions : la natation, les animaux, le cinéma, les sorties avec
les copains.
Destination : Alaska.
Objectif : repartir.
Là, je pense au chemin parcouru. Je pense à y’a cinq
ans, quand j’ai commencé à collectionner toutes les
brochures de tous les organismes. Et puis aussi à la première
réunion à Dôle et à mon père qui m’a
dit en sortant : « Je vais convaincre ta mère ». Voilà,
à cet instant, je pense à tout ça.
Mes parents me disent que depuis deux mois je suis déjà
partie. Ils sentent que je suis déjà ailleurs. Je suis pas
inquiète. J’ai pas peur. Même si je vais peut-être
tomber de haut, mais ça m’fait pas du tout peur. Ma mère
est plus angoissée. Elle est cachée à droite. Ce
jour-là, elle me dit rien, mais on a beaucoup parlé ensemble.
Mon frère, côté angoisse, c’est pire. Il est
grand, costaud, mais il est tellement fragile lui ! Sur la photo, on le
voit pas.
ANNE -LUCIE WERQUIN
16 ans - Première
Origine : Bergerac
Passions : la danse africaine, les percussions
Destination : Utah
Objectif : l’anglais.
Là on est mal. Ma mère et moi on est mal. Ce voyage, ça
m’est tombé dessus comme ça. On m’a proposé,
j’ai dit oui. J’étais contente. Nouvelle expérience,
nouvel horizon. Tout s’est fait en un mois. Alors, tout un coup,
me retrouver la-dedans, et me dire que c’est parti, c’est
légèrement la panique. J’ai l’impression de
ne pas être prête, je vois un peu la grosse montagne qui se
présente devant moi.
Il n’y a pas longtemps j’étais en colère, et
j’ai dit à ma mère : « Je veux plus partir.
» Elle m’a répondu : « Ça va pas, non…
Bien sûr que tu vas y aller. » Au fond d’elle je crois
qu’elle me garderait bien : je suis la petite dernière ;
la petite protégée. Mais là, faut y aller.
ISIS DUBOIS
16 ans 1/2 - Seconde
Origine : Lille
Un frère.
Passions : écriture, dessin, Afrique
Destination : Arkansas (puis Mexique)
Objectif : me renforcer moralement
Je me rends compte de rien. De rien. J’ai jamais vu mes parents
comme ça. Jamais. Ils sont au bord des larmes. Là ça
me dépasse. Ils me disent au revoir et moi je réponds :
« À tout à l’heure. » Je m’rends
pas compte que tout à l’heure, c’est dans un an. Je
vous le dis… J’crois que je suis un peu paumée.
ELISE GUERIN
18 ans - Terminale
Origine : Manche
Passion : la musique, et avoir du monde autour de moi
Destination : Alaska
Objectif : faire un break, m’éloigner des miens, découvrir.
Ben oui, c’est les adieux. Et je suis contente. Contente de leur
dire au revoir, qu’ils s’en aillent. C’est pas du tout
méchant ce que je pense. Mais ça fait si longtemps que j’attends
ce moment-là. Et je suis contente que ce soit terminé. Et
puis j’ai chaud, j’en ai marre, je veux me détendre
dans ma chambre… ou aller manger. Je fais vite un petit bilan :
j’ai eu mon bac (même pas imaginable y’a un mois, je
pars pour les USA, le rêve se réalise. On est dans le concret.
Je regarde un peu autour de moi). J’adore ici. Y’a plein de
monde. Je suis entourée. Non, ça me pèse pas d’être
là. La seule petite angoisse que j’ai c’est, à
mon retour, de ne pas retrouver les gens que j’aime comme je les
ai laissés. Est-ce qu’ils m’aimeront toujours ? Est-ce
qu’ils me resteront fidèles ? C’est bizarre comme idée,
non ? Presque un concept pour la une. Avec ça, je crois que je
pourrais presque créer une émission toute pourrie. C’est
drôle, mais c’est ça que j’ai en tête :
vont-ils m’abandonner ?
En fait ce moment-là, c’est que des « Je t’aime
» sous entendus. C’est plein d’amour, de cadeaux qu’on
se fait. J’adore ça. J’arrête d’y penser,
sinon, je vais me mettre à pleurer.
Mère : « Regarde, notre dernière photo ensemble »
Elle : Je suis heureuse ou triste. Je sais pas. Peut être les deux
Père : « À bientôt. »
JULIETTE MONTEFIORE
15 ans - Troisième
Origine : Essonne
Passions : le sport, le dessin, la danse, la lecture, voir les amies
Destination : Minnesota
Objectif : la langue, voir autre chose que la France, trouver des idées
pour l’avenir.
J’ai envie qu’il parte vite, mon père. Quant à
ma mère, qui est au bout du fil, je voudrais qu’elle écourte
la conversation. On s’est déjà parlé cinq fois
dans la journée. Ce n’est pas que je les aime pas, oh non
! C’est simplement que je veux passer à la suite, me lancer,
y aller. Je veux en finir avec les adieux.
Là, mon père raconte à ma mère ce qui s’est
dit à la dernière réunion. Il lui dit que c’est
pas bien d’aller me voir là-bas, que c’est un conseil
que donne PIE aux parents. Moi, juste avant, j’ai dit la même
chose à ma mère. Je lui ai dit : « C’est pas
la peine tu sais. » Je crois qu’elle va se résoudre
à ne pas venir.
Il faut qu’on y aille. Je dois partir.
Juste après le départ des parents
MAXIME LEURENT
15 ans - Seconde
Origine : Boulogne-sur-mer
1 frère et 1 sœur
Passion : la voile, les sports de raquette, la liberté
Destination : Indiana
Objectif : connaître les USA
Mes parents viennent de partir. Y’a plein de choses qui me passent
par la tête. Je me dis que je vais plus les voir, mais je me dis
que c’est pas grave. Je me demande surtout quelles têtes y
vont avoir là-bas, ceux qui vont me recevoir. J’ai vu des
photos, mais je me demande quand même comment ils seront. Et puis
je me dis que je suis un peu fou d’avoir fait ça. Après
tout, on n’est pas nombreux à se lancer dans un tel truc.
Et en plus j’suis le plus petit, le plus jeune et ça me fait
dire que c’est encore plus fou. Et pourtant je suis content. Vachement,
je vous jure. C’est bizarre, c’est un mélange. Je peux
pas décrire. Je sais pas pourquoi je suis là, mais je suis
là. Et le fait d’être avec tous les autres c’est
rassurant.
Le soir - première réunion
NILS LOUIS
18 ans - Première
Origine : Chambery
Passions : sports (rugby, foot, randonnée), sorties avec les copains
Destination : Australie
Objectif : l’anglais, le voyage
C’est la première réunion. J’écoute
et en même temps je suis en train de me dire que je me suis embarqué
dans un truc qui va m’apporter énormément. J’en
prends lentement conscience. Je sais que je vais grandir dans cette histoire.
En fait, je fais un petit bilan de mon premier jour de voyage : j’ai
dit adieu à ma copine et à tous mes amis dimanche soir.
C’était dur, voir pleurer la copine et les potes. Et puis
je me suis retrouvé là. Au début, j’aurais
préféré filer direct vers l’Australie. Mais
finalement, je réalise que j’suis dans un sas. C’est
un temps de décompression et d’attente avant le départ,
un lieu et un moment propices à la cogitation.
Je ne suis pas trop du genre à m’en faire, mais à
cogiter, oui. Alors comme l’ambiance est sympa, que les choses se
présentent bien, j’en profite.
Au moment où l’appareil est devant nous Clément me
dit : « J’ai pas envie d’être pris en photo. »
Je le regarde en haussant les épaules. J’ai rien à
lui dire sur ce coup-là, et en plus je crois que c’est trop
tard. Après, il sourit.
CLEMENT MENUET
18 ans - Terminale
Origine : Toulon
3 sœurs
Passions : sports (surf, escalade)
Destination : Australie
Objectif : connaître l’Australie
Je suis dans le souci du moment. Je ne pose aucune question sur l’avenir,
mais simplement sur le contenu de ces deux jours. Comment on va s’y
prendre ? Qu’est-ce qui va se passer ? Je prends ce stage comme
une petite introduction. Tout le monde est à peu près sur
la même longueur d’onde. Rien ne me surprend vraiment. Et
puis un copain est déjà parti ; il m’a tout raconté.
Là, avec Nils, on parle de l’Australie. Où on va aller
? Dans quelle ville ? On échangeait des petites impressions. Et
puis c’est la photo !
J’ai pas envie d’être pris en photo.
Trop tard
2ème JOUR
Petit déjeuner
CHARLOTTE ESCOFFIER
16 ans (le jour du départ) - Seconde
Un frère.
Passions : piano et maths
Destination : Nebraska
Objectif : l’anglais et la maturité
Hier soir ça allait bien, mieux que ce matin en tout cas. Ce matin,
je suis un peu différente. Je crois que j’ai un peu réalisé
ce qui se passait. C’est venu tout à coup… Comme ça….Ça
a fait tilt. Alors, c’est normal, je suis un peu bousculée.
Mais ça va… Vous inquiétez pas ! c’est
juste un peu bizarre.
À l’instant je parle avec les filles de ma chambre. Y’en
a une qui disait qu’elle avait un sac en trop, mais que c’était
pas grave. Elle dit qu’à l’enregistrement, ils vont
pas faire attention. Je lui ai répondu que le Américains
c’est pas les Français, qu’avec eux, la règle
c’est la règle. Et qu’ils peuvent très bien
nous laisser en plan avec nos valises et pas nous faire prendre l’avion.
Après, on a parlé des fringues. Je leur ai dit que là-bas,
elles s’habillent pas comme nous, les filles. Je leur dis que je
connais un peu car ma sœur est déjà partie. Elle m’a
dit qu’aux US on avait une réputation d’aguicheuse
et que si on s’habillait là-bas comme on s’habillait
ici on risquait d’être repérées. De toute façon
on devra renouveler les fringues, puisqu’on va grossir. Non ?
Réunion transport & règlement
LOUIS-HENRY LELIEVRE
15 ans - Seconde
Origine : Bretagne
Sans passions, « sinon toutes »
Destination : Maryland
Objectif : apprendre l’anglais et bien rigoler
Depuis hier, j’suis stressé. Il faut dire que ça
se concrétise. Je me dis que je suis un peu barge d’avoir
fait ça. J’ai pris une sacrée décision, et
maintenant il faut assumer. Et puis, je pense à demain, à
l’avion, à l’arrivée… et se retrouver
seul, je sais pas où ? Demain ! J’ai du mal à y croire.
Au moment de la photo, je pense à tout ça. C’est plus
le moment de rigoler.
MAXIME SOLLIER
15 ans - Seconde
Origine : Grenoble
1 frère et 2 sœurs
Destination : Michigan
Objectif : apprendre l’anglais, voir si je suis capable de faire
ça
Là on nous parle du règlement. J’écoute et
même si je suis concentré, de temps en temps je m’échappe.
Je repense au départ, hier, juste avant de venir ici ? J’étais
bien stressé. Pas envie de monter dans la voiture. Ouais, le plus
dur, ce fut ça. Monter dans la voiture, c’était ça
mon premier pas. Là je me dis que ça va mieux. Que demain,
à l’aéroport, ça ira mieux encore. Je me concentre
à nouveau sur le règlement. C’est pas mal d’être
là. On est tous dans la même galère.
Entre deux réunions
FABIENNE SENAILLAT
17 ans - Terminale
Origine : Compiègne
Passion : la musique, l’aïkido, la lecture et la natation
Destination : Oregon
Objectif : apprendre en dehors du cadre scolaire
C’est pendant la réunion…. Au moment où je
suis intervenue…. C’est cela ? Je suis très fatiguée.
Je crois me souvenir que l’on prépare le « talent show
». J’envisage bien d’y participer, mais comment ? En
jouant de la musique, simplement… Ou bien en m’incrustant
avec d’autres ? Je ne sais pas ! Alors je suis perplexe.
Il faut dire que c’est un état que je connais bien, la perplexité.
En réalité, je vois ce « talent show » comme
le dernier obstacle. Et dieu sait qu’il y en a eu des obstacles
: l’année scolaire, interminable ; le bac, ennuyeux ; les
vacances, en partie intéressantes, en partie barbantes.
Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en arrivant ici.
Je croyais plonger dans un autre monde. Or je vois beaucoup de jeunes
qui font des groupes et qui s’amusent et je n’ai pas l’impression
que je vais y arriver. Dès qu’il y a du monde comme cela,
des groupes, je ne suis pas à ma place. J’ai peur qu’on
me juge en disant : « elle est toute seule, elle ne s’intègre
pas, elle n’y arrivera pas, c’est un cas à part, elle
est trop sérieuse, etc. »
J’ai tellement été mal jugée par le passé.
On s’arrête souvent à cette impression que je donne
de vouloir me différencier. Depuis toute petite, c’est comme
ça. J’ai fini par considérer cela comme une tare,
bien qu’au fond de moi je ne crois pas que cela en soit une. Je
sens bien que les autres ont l’air plus heureux. Mais n’est-ce
pas qu’une impression ? Et que puis-je y faire ?
Ici, j’ai l’impression de replonger dans des problèmes
que je connais déjà. Voilà pourquoi ce stage est
une étape un peu dure pour moi. Bien sûr, on pourrait me
rétorquer : « Mais une année entière, voilà
qui sera un vrai obstacle ! Et, autrement plus dure à surmonter
qu’un stage ! » À cela, je réponds : «
Certainement, mais le schéma sera différent là-bas,
j’y vais sans idée préconçue, sans schéma
pré-défini, et je prendrai les choses comme elles se présentent.
» Je me dis que j’aimerais bien être perçue comme
quelqu’un d’autre, que j’aimerais me relâcher.
Que pour moi c’est peut-être cela « l’expérience
». Oui, j’aimerais abandonner cette image qui me colle à
la peau. Mes parents me disent : « Tu verras là-bas, tu vivras
autre chose, ce n’est pas la France. » C’est vrai que
je suis déjà partie à l’étranger et
que le dépaysement m’a permis de faire évoluer les
relations. Au plus profond de moi je me dis que je serai bien. Mais méfions-nous.
Car là-bas, ils réagiront peut-être comme ici. Après
tout, les êtres humains sont les êtres humains. Et puis mon
caractère est ainsi fait que je ne peux pas le modifier comme cela.
Je ne peux pas renoncer à tout, à moi et à mes valeurs.
Je ne peux tout de même pas devenir étrangère à
moi-même.
Jeu des Oies
Nicolas BUDZINSKI
18 ans - Terminale
Origine : Vannes
Passions : le sport, internet, le cinéma
Destination : Pennsylvanie
Objectif : la langue, et l’envie de connaître autre chose
Jeu de l’oie. On pose une question à l’autre équipe.
Nous, on contre avec un argument du tonnerre. Je suis le rapporteur de
mon équipe. Super content, on va cartonner… et v’la
le jury qui nous sèche. « Réponse démago »
qu’il dit le jury… Dégoûté !
Voilà, rien de bien grave. Disons que je joue le jeu. C’est
sympa. Y’a un bon esprit ici.
Est-ce que je pense à mon année à l’étranger
au moment où on prend cette photo ? Est-ce que je pense à
tout ce qui m’attend ? Non, pas du tout. Sérieusement, je
ne pense qu’à faire gagner mon équipe. (Rires)
Tu te focalises pas sur ce problème.. T’essaies d’aller
vers lui, il a beau être casse-pied il a forcément quelque
chose à t’apprendre.
HELOÏSE DIDIER
16 ans - Première
Origine : Bourgogne
Passions : le sport, le dessin, la danse, la lecture, voir les amies
Destination : Michigan
Objectif : la langue, voir autre chose que la France, trouver des idées
pour l’avenir.
J’ai la tête à demain. Ce matin on a parlé des
bagages, de l’avion, de l’enregistrement.
Ça faisait beaucoup de choses en même temps, beaucoup d’infos.
Ouais, tout ça me travaille un peu, me fait un peu peur. Il faut
dire que j’ai jamais pris l’avion. Alors au moment présent,
j’essaie de me remémorer tout ce qu’on nous a dit pour
réussir au mieux mon voyage.
En fait, mon esprit a filé d’un seul coup ; juste avant,
j’étais bien dans le jeu (jeu de l’oie), j’ai
même répondu à la question– cette histoire de
gamin sur qui on lève la main. J’ai parlé avec les
autres, on a un peu argumenté et puis quand j’ai vu que tout
le monde était d’accord, je me suis échappée
doucement… J’ai repensé à moi… À
demain…
Je suis bien ici, mais je suis déjà ailleurs, sans pour
autant y être… J’ai hâte d’être là-bas
En attendant la soirée
Là j’ai la pêche. Milieu d’après-midi.
On prépare le soir. Sur la photo, on pose un peu. Un vrai boulot.
Une expérience dans l’expérience. Je sens qu’on
va vraiment réussir dans la vie.
SARAH
15 ans - Seconde
Origine : Aix
Passion : le tennis, la flûte, le cinéma
Destination : Wisconsin
Objectif : pour la langue, pour me reposer
On blinde pour les préparatifs. Là y a un problème
autour des étoiles. Mais comme je viens juste d’arriver dans
le truc, j’ai pas encore pris toute la mesure de la situation.
SARAH PROFIJT
16 ans - Première
Origine : Lot
Passions : la musique
Destination : Californie
Objectif : pour la langue et pour sortir de ma campagne
On pense qu’à ça. Finir notre hippopotame (la mascotte
2002).
Tout bien réfléchi, j’ai pas l’impression de
partir demain. OU alors pour un mois.
Ouais c’est ça j’ai l’impression de partir en
vacances.
HÉLÈNE CHAMORAUD
18 ans - Terminale
Origine : Haute-Savoie
Passions : la musique, l’art en général, et tout le
reste
Destination : Illinois
Objectif : parce que je sais pas quoi faire par la suite.
Les étoiles…Voilà bien le souci du moment.
Je suis concentrée à fond sur elles. J’ai un mal fou
avec ces trucs-là. La forme est bizarre.
Le reste ? Quoi ? Non le reste ne me préoccupe pas.
Celle-là a une bonne forme.
Non elle est pourrie.
C’est plutôt une bonne étoile.
Talent Show
CLEMENT DROLON
17 ans - Terminale
Origine : Nantes
Passions : la capoiera, le sport en général
Destination : Texas
Je suis dans mon truc, je pense à rien d’autre. Ça
demande beaucoup de concentration la capoiera. Y’a toujours un risque
de blessure. Et puis y’a le plaisir. J’adore faire ça.
Là, qui plus est, on s’est bien éclaté. Et
c’est vrai que je suis encore plus présent parce que j’ai
envie de faire un truc bien pour tout le monde.
3ème JOUR
Matin
PIA
Voilà, les derniers moments en France. Il m’a retrouvée.
C’est une surprise. Quand je l’ai vu, j’ai cru à
une hallucination. C’est un « ancien » PIE. On est devenus
copains, mais au départ c’est un peu mon coach. En fait il
m’a passé le flambeau. C’est grâce à lui
que je suis partie. L’année dernière, on était
dans le même lycée. Je savais qu’il partait et comme
j’étais super intéressée par son aventure,
il m’a filé toute une pochette, avec un petit mot «
Va jusqu’au bout, bonne chance à toi. » Lui est parti,
pendant ce temps j’ai préparé mon voyage. Il est revenu,
moi je pars. C’était un « kangourou vert », je
suis un « hippopotame violet ». Ce matin il est là,
il m’offre une petite peluche et il me dit adieu. La boucle est
bouclée. C’est un peu triste… et un peu beau.
Tu seras toujours dans mon cœur. Si t’as besoin de quelque
chose…
Toi aussi.
SOPHIE BRIGNOLI
18 ans - Terminale
Origine : Dijon
Passions : la photo et le karaté
Destination : Kentucky
Objectif : pour l’anglais et pour changer d’air (l’école
m’étouffe)
Je somnole, je ne dors pas. Je me remémore les deux jours. Nous
cinq dans la chambre, à discuter toute la nuit… Ce sera ma
dernière image de la France. Cette complicité qui s’est
installée en à peine 24 heures. J’essaie de photographier
ça.
Je suis un peu plus perdue qu’il y a deux jours, mais un peu plus
heureuse aussi. Quatre vingts inconnus dans le même bateau…
qui se sont attachés les uns aux autres. J’en ai un peu marre
de m’attacher et de dire au revoir. Maintenant j’ai trois
mondes en tête : le monde d’avant, celui d’aujourd’hui…,
et celui de demain.
Je flotte quelque part entre tout cela… Mais je suis super contente
du stage. Il faut en faire un au retour. C’est trop bien.
Vers l'aéroport
ELODIE VASSEUR
18 ans – Terminale
Origine : Banlieue parisienne
Destination : New York
Passions : la photo, l’art, les voyages
Objectif : assouvir une envie
Je suis dans le bus qui nous mène à l’aéroport
et je rêve. Je rêve que j’arrive à l’aéroport
de Chicago. C’est l’Amérique mais ça ressemble
à la France. Y’a un gros sac ASSE dans mon rêve. On
est encore tous ensemble à poireauter. Mais c’est tout ce
qui me reste : une image d’attente. Et puis je me réveille.
Roissy - enregistrement
THIBAULT VANVINCQ
17 ans – Première
Origine : Annecy
Destination : Idaho
Objectif : couper avec l’école française, voir du
pays
Je stressais avant de venir au stage. Une fois sur place, ça allait.
De ces deux jours, je garderai le souvenir de nous tous qui avions un
peu les mêmes craintes ou les mêmes questions et qui nous
rassurions mutuellement, parce que nous savions que nous n’étions
pas tout seul. Même si on ne se parlait pas, on sentait ça.
La présence de l’autre, nos préoccupations communes
: tout ça, on le voyait. Le stage ça réduit aussi
la folie du projet. L’organisation qu’il y a derrière,
on la sent, elle minimise le côté aventure. Même s’il
y avait des réunions inutiles pendant ces deux jours, le bilan
est positif. C’était sympa, ma chambre était sympa,
l’ambiance était bonne.
Là, en remplissant mon étiquette, je suis tranquille. J’ai
huit heures d’avion jusqu’à Chicago, je vais pouvoir
dormir. Je n’ai vu aucune photo de là-bas, mais ça
m’a l’air bien.
JESSIE BEAUDENUIT (JESS)
18 ans – Première
Origine : Centre
Passions : la cuisine, le sport (la gym), les travaux manuels
Destination : Floride
Objectif : « parler anglais, c’est mon rêve ».
En partant, mes parents m’ont dit : « Ton portable, pendant
que tu partiras, il va rester dans ton placard en France. Alors autant
qu’il reste dans ton placard aux USA. Emporte-le donc. » Super
logiques les parents. En fait, ils savaient qu’en l’emportant
ils pouvaient me contacter pendant le stage. Je sentais bien que
ça leur faisait plaisir, alors j’ai dit OK… Je regrette
trop… Hier ma mère m’a appelée deux fois et
mon père deux fois. Là, je suis avec ma mère, et
dans cinq minutes, c’est mon père qui m’appelle. Je
suis un peu gênée, car je suis la seule dans ce cas-là.
Et en plus, je sais pas quoi dire. Ils me disent : « Je peux te
rappeler demain matin… » Moi je dis : « Mais je sais
pas où je serai ». Ils me répondent : « C’est
pas grave, j’essaierai… » Et ils essaient. Ma mère
me dit de faire attention. Et tout à l’heure mon père
me dira de bien en profiter. Là, ma mère me demande précisément
ce que j’ai appris sur ma famille depuis hier soir. Je lui réponds
que depuis hier soir j’ai dormi ! (rires)
Je crois que pendant que je leur parle, je pense à tout le trajet
pour arriver jusque-là. Depuis la décision, la préparation
(si tu m’entends Andrée : « Merci ») jusqu’à
maintenant.
Je pense à l’arrivée aussi. Je flippe un peu sur l’anglais.
Alors j’ai préparé ma première phrase : «
I’m tired », et puis un peu aussi la seconde : « I don’t
sleep… »… Comment on dit déjà… Ouais
« I don’t sleep for two days »… c’est ça,
non ? Ouais, je crois que c’est un truc comme ça ! J’espère
qu’ils comprendront parce qu’après c’est l’impro
totale.
Avant d’arriver, j’appréhendais le stage. En fait,
c’était super sympa. Je suis contente.
Fais bien attention à toi ma fille
T’inquiète pas, Maman
Et, au fait, qu’est-ce que tu as appris sur ta famille depuis hier
soir.
Mais Maman, depuis hier soir j’ai dormi.
En route
FLORIAN BAILLEUL
18 ans - Terminale
Origine : Paris
Passions : musique, cinéma, voyage
Destination : Colorado
Objectif : découvrir
Là, j’ai un peu de mal. Voilà le troisième
jour que je passe quasiment sans dormir. Hier on a parlé jusqu’à
5 h 30 du mat. Et je me suis levé à 6 h 45. La nuit d’avant,
j’ai dormi rien du tout. Et la nuit d’avant, 3/4 d’heure.
Alors !… Je suis bien attaqué. Ç’est que…
ça s’accumule la fatigue. Alors là, en attendant l’enregistrement,
vous pensez bien je somnole. Je suis KO au point de plus penser à
rien. Je me rappelle qu’en m’endormant je me suis demandé
combien allait prendre le trajet, mais je sais que je ne suis même
pas arrivé au bout de ma pensée. Adieu la France, il n’y
a plus qu’à y aller. C’était bien sympa tout
ça.
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