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Le système scolaire en Norvège

Trois Quatorze poursuit son tour du monde des écoles. Le journal enquête auprès des participants au programme d’une année scolaire à l’étranger sur les structures, les horaires et les objectifs des différents systèmes éducatifs. Après avoir présenté les écoles de Russie, d’Afrique du Sud, d’Allemagne et des États-Unis (N°29), de Suède et de Chine (N°30), du Canada (N°31), du Japon (N°33), de Mongolie (N°38) et du Mexique (N°40), Trois Quatorze lève le voile sur l’école norvégienne. Présentation de données objectives, photo et commentaires d’Elsa, correspondante à Husoysand.  

OBJECTIF & MÉTHODE

Etudiants étrangers dans l’école d’Elsa, en NorvègeLa politique éducative norvégienne est fondée sur le principe de l’éducation pour tous. Outre la transmission des connaissances et du patrimoine culturel, le rôle de l’école, tel que défini par la constitution, consiste à promouvoir l’ascension sociale et à donner à chacun les moyens qui lui permettront d’apporter sa pierre à la prospérité de tous. Intérêt particulier et intérêt général doivent toujours être poursuivis de front.
Ce qui m’a frappée, c’est la grande diversité de méthodes entre les enseignants. Suivant les cours et les matières, la pédagogie est très différente.

Dans cet esprit, la réforme de 94 et le nouveau « curriculum », adopté en 97, insistent sur la nécessaire adaptation de la pédagogie aux capacités et au savoir-faire des individus. Ce principe de base est de mieux en mieux mis en application sur le terrain. On note également l’importance accordée à ceux dont les besoins éducatifs sont particuliers. Des cursus spéciaux sont mis en place pour les personnes handicapées, pour les élèves samés (Lapons), pour les immigrés…
Dans mon lycée, il y a une section ouverte pour accueillir certains jeunes handicapés. Moi, en tant qu’« Exchange student », j’ai des cours de norvégien avec un professeur spécialisé. Je suis avec des jeunes étrangers du monde entier. Par ailleurs, le proviseur m’a nommée « Assistante de français ». Tous les professeurs me demandent. C’est très sympa.

STRUCTURE DES ÉTUDES

L’école est obligatoire à partir de 6 ans (école primaire de 6 à 12 ans – Barneskole ; collège de 13 à 15 ans –Ungdomskole ; lycée de 16 à 18 ans – Videragaendeskole ou yrkesskole / formation professionnelle). À la fin de la « Ungdomskole », les élèves choisissent s’ils se dirigent vers l’enseignement professionnel (pour apprendre directement un métier) – environ 35% des élèves –, ou l’enseignement général (environ 65%). Cependant, à 18 ans, des passerelles existent entre l’enseignement professionnel et l’enseignement supérieur.
Les élèves qui ne vont pas à la « videregaendeskole » ne sont pas sous-estimés comme c’est le cas en France. Je crois que les jeunes qui vont vers l’enseignement professionnel sont ceux qui ont envie d’apprendre vite un métier (il faut dire qu’ici, on travaille plus tôt qu’en France et que l’on est indépendant beaucoup plus jeune).

La Norvège étant un pays à l’habitat souvent clairsemé, de nombreuses écoles (près de la moitié dans le pays) ont des effectifs très réduits, avec des classes à plusieurs niveaux.
Dans mon école, il n’y a pas plus de 30 élèves par cours, et souvent beaucoup moins.

En Norvège, il n’y a pas d’examen final à la fin du secondaire (pas de baccalauréat ni d’équivalent). À la fin de chaque année, les élèves passent une sorte d’examen, mais dans une seule matière (qui change suivant les années) et son résultat n’est pas déterminant quant à la suite de la scolarité.
Lorsque j’ai parlé de redoublement, les jeunes m’ont regardée d’un air bizarre, ils ne savaient pas ce que cela voulait dire. C’est une notion qui les dépasse. Cela est dû au fait qu’il n’y a pas de classe à proprement parler. Vous pouvez très bien suivre certains cours de dernière année et d’autres de première année (tout dépend de votre niveau). De ce fait, il n’y a pas de hiérarchie entre les élèves, et de façon générale, contrairement à ce qui se passe en France, on vit sans cette idée de “bons” et de “mauvais” élèves. Au sein de l’école, il n’y a pas de compétition.

RYTHME SCOLAIRE

En Norvège, une année scolaire comprend 190 jours, répartis de la mi-août à la mi-juin, avec des vacances toutes les 8-10 semaines environ. La semaine s’étale sur 5 jours, du lundi au vendredi, avec une moyenne de 25 à 30 heures de cours en dernière année de « Videragaendeskole ». Les cours débutent à 8 h et s’achèvent à 15 h. Chaque « okt » (cours) dure 90 minutes. On déjeune entre 11 h et 11 h 45. Il n’y a pas de cantine en Norvège. Que ce soit à la maternelle ou au bureau (!), chacun apporte son « matpakke » (des tranches de pain avec de la charcuterie, du fromage, des concombres, des poivrons). Tous les matins, on prépare son « matpakke » et on le mange sur son lieu de travail. Cela fait partie de la culture norvégienne. Je pense que cela ne changera jamais. Quand on rentre chez soi, entre 15 et 18 heures, on mange à nouveau.

MATIÈRES

Matières obligatoires : chaque jeune doit être initié à un savoir, une culture et des valeurs communes. Les programmes définissent un ensemble de connaissances de base que tous les élèves doivent assimiler. On cherche, dans la mesure du possible, à adapter ces connaissances aux spécificités locales et individuelles.

Les matières enseignées dans le cadre de la scolarité obligatoire sont : Norvégien, Religion et Éthique, Mathématiques, Sciences sociales, Art et Artisanat, Anglais, Sciences de la Nature et de l’Environnement, Musique, Histoire et Cultures locales, Education physique et sportive. Au cours de sa scolarité, l’élève abordera toutes ces matières.

Les options consistent, soit dans l’apprentissage d’une autre matière (théâtre, danse, photo… ), soit dans la spécialisation, l’approfondissement d’un domaine. Mais les élèves ne sont pas cantonnés dans une filière (scientifique, littéraire, etc…), comme c’est le cas en France à partir de la première. Moi, j’ai pris « Politique », « Allemand » (parce que j’en ai fait pas mal) et « Photo » (parce que c’est ma passion et que ce cours n’est pas proposé en France).

Il n’y a pas de classe stricto sensu. Les élèves se retrouvent par cours en fonction de leur emploi du temps. Les cours sont organisés par niveaux. On peut très bien se retrouver avec des élèves plus jeunes et plus âgés suivant son niveau.

L’anglais est une matière obligatoire à partir de la première année de la Barneskole (6 ans). L’anglais est une matière essentielle. Les Norvégiens considèrent qu’ils doivent absolument maîtriser cette langue. Si je devais noter le niveau des lycéens sur 10, je dirais que les Français ont 4 (voire moins) et les Norvégiens 8/9. Dans mon école, il y a un laboratoire de langue : c’est une salle de classe, avec un ordinateur pour le professeur ; chaque élève dispose d’un casque, d’un enregistreur, d’un lecteur. Chacun peut lire des textes, s’enregistrer, s’écouter et le prof intervient et corrige. Les élèves n’ont pas peur de s’exprimer en anglais.

SPORT

Le sport est une matière à part entière. Chaque élève fait au moins un « okt » de sport par semaine, et s’il le désire, un autre « okt » de jeux de balle. Toutes les matières sont considérées au même niveau, que ce soient les matières obligatoires, les options ou le sport : c’est une bonne chose. En dehors de l’école, les Norvégiens pratiquent le sport intensément. Ils ont beaucoup de temps pour cela. Les cours de sport ne sont pas basés sur la compétition ou sur les résultats mais plutôt sur l’aspect ludique. Ici, les douches sont collectives. Voilà qui pourrait choquer les Français.

RELATIONS & ATTITUDE

Ecole en NorvègeLes professeurs sont beaucoup moins stricts qu’en France. Ils sont bien plus près des élèves (qui les appellent d’ailleurs par leurs prénoms). Tout le monde est plus détendu. L’école est un lieu de vie agréable où les élèves sont heureux de se rendre. L’inconvénient c’est que les élèves manquent parfois un peu de respect envers les professeurs (bavardages, chuchotements, professeurs qui ont du mal à se faire entendre) et que l’enseignement en pâtit.

PUBLIC & PRIVÉ

96% des lycéens norvégiens suivent leur scolarité dans des établissements publics.

Les écoles privées sont, en Norvège, des écoles qui offrent des enseignements complémentaires du public (pédagogies alternatives, enseignement que le public n’est pas en mesure de dispenser, notamment l’enseignement professionnel).

NIVEAU

Sans doute inquiet du niveau général des connaissances, le parlement norvégien a voté pour la mise en place (à partir de 2006) d’un nouveau curriculum, afin d’insister sur un meilleur enseignement des acquis et des connaissances de base, tout en continuant de promouvoir la multiplicité des méthodes d’apprentissage et d’organisation du travail. Contrairement à ce qui se passe en France, l’élève ici ne doit assimiler que les aspects essentiels d’une leçon. Il ne doit pas entrer dans le détail du cours. Une place importante est faite au travail de groupe. À proprement parler, il y a peu de travail individuel. Au niveau pédagogique, sur bien des points techniques, l’enseignement me paraît performant, mais au niveau du résultat, si je fais exception de l’anglais, je trouve le niveau assez moyen. Je crois que l’élève norvégien ne rédige pas assez, qu’il n’est pas assez préparé à travailler dur. Je me demande comment il fait pour les études supérieures.

UNE RÉELLE INNOVATION

Elsa : “ Il y a une chose que l’on devrait absolument introduire en France, c’est le site Itslearning.com . C’est un site scandinave fait pour les élèves et les professeurs. Tous les membres du lycée ont leur « login » et leur mot de passe. Il s’agit d’une sorte d’agenda. Il y a une page pour chaque matière. Chaque jour, les profs y notent les devoirs pour le lendemain, le programme des exercices et des contrôles, etc. Les élèves peuvent envoyer directement leurs devoirs via le site. Il y a surtout un forum qui permet aux élèves de poser des questions aux professeurs et à ceux-ci d’y répondre. C’est très convivial et très fonctionnel. Les élèves n’ont pas besoin d’avoir internet chez eux, ils peuvent le consulter à la bibliothèque. ”

Article paru dans le journal Trois-Quatorze n°42