Petit tour du monde des écoles (IV)
Le système scolaire japonais. Revue de détails et analyses.
Au mois de septembre 98, Trois Quatorze lance auprès de tous
ses participants au programme d’une année scolaire à
l’étranger, une enquête sur les lycées étrangers.
Cette enquête porte sur les structures, les horaires, les relations
et les objectifs des différents systèmes éducatifs.
L’idée est que chaque jeune nous présente l’école
(au sens large) au sein de laquelle il vit et étudie pendant toute
une année. Aux informations purement techniques s’ajoutent
des commentaires personnels des élèves (différences
avec le système français, atouts et complémentarité
des enseignements). Après avoir présenté les écoles
de Russie, d’Afrique du Sud, d’Allemagne, des États-Unis
(N°29) de Suède et de Chine (N°30) puis du Canada, Trois
Quatorze lève le voile sur l’école japonaise.
LE JAPON
Une seule participante PIE étudie cette année au Japon.
Notre enquête est menée à partir de son témoignage
et de celui de certains anciens. Pour compléter l’information,
« Trois Quatorze » a également fait appel à
Azusa, une jeune Japonaise qui passe actuellement une année en
France.
STRUCTURE DES ETUDES
En bien des points, le système scolaire japonais ressemble au
système scolaire français. S’il suit le cursus classique,
le jeune Japonais entre à l’école primaire - Shagako
- à 7 ans et en sort à 13 ans (6 années). Il va ensuite
au collège – Chugako – entre 13 et 16 ans, puis au
lycée – Kookoo – entre 16 et 18 ans.
L’école japonaise est très sélective. Le
tronc commun classique est donc difficile à suivre. « Ici,
l’école est un véritable parcours du combattant »,
nous dit une participante. « Tous les jeunes Japonais n’en
viennent pas à bout, loin de là » nous dit une autre.
Et d’ajouter : « C’est un peu comme en France. »
En cours de route, nombre d’élèves sont en effet réorientés
vers des filières professionnelles.
On notera que si, aujourd’hui, une majorité de «
kookoo » (lycées) sont mixtes, tous, loin de là, ne
le sont pas. Ils restent donc des écoles pour filles et des écoles
pour garçons.
Les trois années de lycées (autrement appelées première,
deuxième et troisième années) sont ponctuées
de nombreux examens : un examen principal à la fin de chaque trimestre,
un autre en milieu de trimestre.
Le système de notation est assez particulier ; il s’agit
en fait d’un pourcentage (la note globale est calculée sur
une base 100) établi à partir de plusieurs critères.
L’esprit de compétition est fort. Il domine l’école
japonaise et influence beaucoup les mentalités. « On se bat
pour être la meilleure de la classe. » Après chaque
examen, les résultats sont affichés dans les classes.
Les noms apparaissent en fonction de la note obtenue (de la meilleure
à la moins bonne).
LE DIPLÔME
Le « Daigakenyugakehigun » est un diplôme d’entrée
à l’université. Non seulement il conclut le long cycle
d’études secondaires, mais il oriente éqgalement le
cursus universitaire (matière, type d’université et
niveau). Il s’agit en fait d’un concours déguisé.
Ce « concours » est déterminant pour la suite des
études des jeunes Japonais ; déterminant aussi pour leur
avenir professionnel. « J’ai sincèrement l’impression
que toute la vie des lycéens japonais est déterminée
par une réussite ou un échec à cette épreuve.
» On comprend alors qu’à l’image des jeunes Français,
les jeunes Japonais semblent obnubilés par cet examen. «
Ils n’ont que cela en tête » nous dit une participante.
« Beaucoup de collégiens et de lycéens suivent des
cours, après l’école, pour être sûrs de
réussir le concours et de pouvoir entrer dans les universités
ou écoles qui les intéressent. »
RYTHME SCOLAIRE
L’école au Japon débute en avril. Le fait est original.
C’est même, à notre connaissance, un cas exceptionnel
dans l’hémisphère nord. L’année est divisée
en trois trimestres (avril-juillet / septembre-décembre
/ janvier-mars). Les vacances principales (celles qu’en France nous
appelons grandes vacances) séparent le premier et le deuxième
trimestre ; elles ont lieu en août et durent un mois environ. D’autres
vacances sont programmées entre chaque trimestre, à Noël
(15 jours), et à la fin de l’année scolaire (3 semaines).
Les Français jugent que cela est trop peu : « Les vacances
sont rares, pas plus de deux mois par an, mais heureusement il y a beaucoup
de jours fériés et de journées d’école
consacrées à des activités extrascolaires (visites
et autres…).
Les élèves japonais ont cours du lundi au vendredi, généralement
de 8 h 30 à 15 h 30 et deux samedis par mois (le 1er et le 3e,
de 8 h 30 à midi). Les cours durent 50 minutes et sont entrecoupés
de pauses de cinq minutes. La coupure prévue pour le repas de midi
est de 35 minutes. Le rythme, de prime abord, paraît donc supportable.
Mais les choses ne sont pas si simples : « Ici on ne peut pas se
fier aux horaires officiels, car les élèves ont un tel souci
de réussite qu’ils passent leur temps à prendre des
cours supplémentaires. » En réalité, les cours
commencent souvent plus tôt le matin (« il n’est pas
rare que les profs me convoquent à 7 h 30 » dit une participante),
et ils s’achèvent plus tard (rarement avant 16 h 30 –
« sans compter que beaucoup d’élèves restent
en étude »). Les choses se compliquent encore, dans la mesure
où beaucoup de journées libres et de week-ends sont consacrés
aux devoirs ou aux cours particuliers. » Une participante française
note que « certains travaillent pendant les vacances, quelquefois
la veille et le jour même de Noël ! »
Le rythme réel est donc très soutenu. D’autant qu’au
travail s’ajoute toujours une obligation de résultat ; obligation
qui engendre, aux dires de tous nos témoins, une bonne dose de
stress et de fatigue.
MATIÈRES
Jusqu’à la fin de la première année de «
kookoo », toutes les matières sont obligatoires. Ces matières
sont : Japonais, Maths (Analyse et Algèbre), Anglais, Sciences,
Sciences sociales (Histoire, Économie, Géographie), Sport
et Art.
Au début de la seconde année, l’élève
choisit entre deux branches (section scientifique ou section littéraire)
mais on ne lui propose quasiment aucune matière à option.
Certaines écoles, en revanche, sont plus axées sur les langues,
et d’autres plus orientées sur les sciences.
Toutes les matières semblent revêtir la même importance.
Si hiérarchie il y a, elle semble « favoriser légèrement
le Japonais, les Maths et l’Anglais ».
Les Français apprécient qu’une place importante
soit réservée aux arts (aux arts plastiques en général
et à la peinture en particulier, à la danse et à
la musique). « L’art est une matière à part
entière, qui a toute sa place dans l’éducation et
la formation du jeune Japonais. »
La place réservée au sport est importante aussi. «
Dans mon école, précise une de nos enquêtrices, on
peut faire du volley, du badminton, du « Lacrosse », du tir
à l’arc, du flipper, du base-ball, du soft-ball, du football,
de la gymnastique… ».
RELATIONS ET ATTITUDES
Ici, tradition et discipline sont les maîtres mots. Tout est très
hiérarchisé ; les droits des élèves, des professeurs
ou du proviseur sont très différents. « Au début
et à la fin de chaque cours les élèves doivent une
révérence aux professeurs. De même, les élèves
et les professeurs font la révérence au proviseur du lycée
quand ils croisent. Ce dernier est une personne très respectée.
» Une participante prétend que « l’élève
n’a aucun droit, sinon celui de venir à l’école
et d’être éduqué. On lui demande de porter l’uniforme,
d’avoir une coupe de cheveux parfaite, des ongles courts, de ne
porter aucun bijou, ni maquillage, un point c’est tout ! »
Une autre participante ne voit pas les choses ainsi : « C’est
vrai que la discipline est stricte, mais il y a un grand respect entre
professeurs et élèves. Je trouve pour ma part que
les relations sont beaucoup plus détendues qu’en France,
et moins stressantes. » « Les professeurs vous soutiennent,
vous épaulent, ils ont un vrai souci par rapport à votre
avenir. Je dirais qu’ils agissent plus comme des parents. Ici ils
vous protègent. On ne peut absolument pas comparer avec l’attitude
des professeurs en France. »
Si l’esprit de compétition « entraîne de grosses
rivalités entre les élèves quant aux résultats
», il n’en reste pas moins vrai que « l’atmosphère,
en classe, est très cordiale, très chaleureuse. »
La photo ci-dessus est là pour confirmer ces dires et témoigner
du sens de l’accueil des élèves Japonais.
OBJECTIFS
Nos enquêteurs, quand ils évoquent les objectifs de l’école
japonaise, s’accordent pour dire qu’ils sont assez proches
de ceux de l’école française : « soucis d’acquérir
du savoir et des connaissances », de mener à bien les commentaires
de texte et les analyses. De l’avis de tous, ces objectifs sont
d’ailleurs atteints. Nos participants jugent en effet que le niveau
est assez relevé. Mais attention, ce niveau est souvent atteint
au détriment de l’équilibre de l’élève
(« trop de travail »). Les Français regrettent la place
trop importante faite aux cours magistraux (« le professeur parle
et les étudiants écoutent »), le manque de réflexion
de l’élève, et la « faible autonomie qui lui
est laissée ». Ils regrettent en fait, que sur le fond cette
école ressemble un peu trop à l’école française.
Ils apprécient, par contre, que sur la forme elle diffère
vraiment. On parle de « dépaysement », voir même
« d’exotisme. » « Chaque école a un code
qui régit les tenues vestimentaires et les comportements, c’est
plutôt marrant ». « Les « kookoo » sont
bien mieux équipés que les lycées français
: matériel sportif, instruments de musique, ordinateurs, matériel
audiovisuel. »
L’atmosphère est jugée globalement très agréable
et l’enseignement dispensé paraît profiter aux étudiants
français (« surtout en langue », et « parce qu’on
apprend à s’adapter à des univers très différents
»).
ANECDOTE
« J’ai été merveilleusement accueillie dans
mon école et dans ma classe. Les élèves m’attendaient,
mais ne connaissaient pas précisément le moment de mon arrivée.
Quand ce moment est venu, j’ai eu droit à de véritables
manifestations, on était proche de l’hystérie.
»
|