7 jours à l'école américaine
Ce journal de bord, tenu par Maxime du 17 au 24 septembre 2005,
nous permet d’entrer de plain-pied dans une « high school
» américaine. À West Hartford, Connecticut, où
il étudie depuis plus de six semaines, Maxime découvre une
autre façon de vivre à l’école ; il réalise
aussi que les idées qu’il se faisait du système n’étaient
pas toujours en adéquation avec la réalité à
laquelle il allait devoir se confronter. Maxime ou « l’école
comme leçon de vie ».
Lundi
26 septembre 2005
6 h 30 – Après une nuit remplie de rêves
et de cauchemars - les esprits sont toujours tourmentés en terre
étrangère – il me faut me réveiller : c’est
le premier objectif de la journée. Et, croyez-moi, se lever à
6 h 30 (voire à 6 h !) n’est pas de « tout repos »
! Je me lave, je m’habille, je mange. Vêtu de mes plus beaux
habits, je prends un chemin que désormais je connais bien : celui
de l’école américaine. Musique aux oreilles, j’observe
mon quartier qui s’éveille. Les fameux bus jaunes me lancent
leurs cris de guerre : «N’arrive pas en retard, Max ! »
Je traverse les terrains de sports ; heureusement, je ne suis pas le seul
; les jeunes des environs suivent les mêmes traces.
7 h 30 – Le Gouvernement américain et
ses lois m’attendent. C’est le premier cours. Nous regardons
une vidéo, ce n’est pas la première. Parfois des personnalités
locales interviennent. C’est assez intéressant. Nous pouvons
exprimer notre opinion. Aujourd’hui, il était question de
ventes d’armes. J’étais le seul à m’y
opposer !
8 h17 – Direction la salle de sport. Les vestiaires
sont, bien sûr, comme dans les films ! J’adore mon prof de
badminton, car il est un peu rond. C’est tellement paradoxal…
9 h 08 – Je slalome entre les élèves
pour assister à mon cours d’Algèbre. Tout le monde
est aux « lockers », les couloirs sont bondés. Le début
du cours est consacré à l’écoute des «
announcements », toujours précédés du «
Pledge Allegiance » au drapeau étoilé. Il en est ainsi
chaque jour. Mais attention, nous ne sommes absolument pas obligés
de faire l’ « Allegiance ». D’ailleurs, il n’y
a vraiment que le professeur qui se préoccupe de ce rituel.
10 h 07 – Mes oreilles bourdonnent encore de
divisions et de multiplications… Mais, pour l’instant, je
profite de ma “period” tranquille ! « Lunch Time »
: vous ne rêvez pas, je déjeune entre 10h et 11h ! Je suis
chanceux, car ma « girlfriend » et mon autre amie mangent
au même moment. Les petits sacs marrons en kraft, les cookies, les
sandwiches, les sodas (mais aussi les salades et les pâtes) sont
bien là !
10 h 57 – En avant la Peinture. C’est très
conventionnel ici, et mon prof a une vision très restrictive de
l’Art. J’ai toujours l’impression qu’il tient
mon pinceau. Il n’y a presque pas de liberté. Pour moi, ils
font de l’Art à l’envers. Mais mon « teacher
» est vraiment super sympa, et il m’aime bien, même
si je suis le vilain petit canard de la classe : trop original, peignant
un peu ce que je veux…
11h47 – Me voilà dans la « Black
Box », comme ils la nomment ! Une pièce aux murs noirs pour
faire du… theâtre. Yes ! C’est l’endroit où
je m’éclate le plus, j’adore tout le monde et tout
le monde m’adore. Cela ressemble pas mal à mes cours en France,
et le prof est vraiment génial, ultra dynamique.
12h38 - ¡ Hablo espanol ! La moyenne d’âge
a beau être de 14 ans dans ce cours, j’ai fait d’énormes
progrès. Les cours sont beaucoup plus axés sur l’oral.
Je m’y plais bien.
13 h 28 – Cours d’anglais pour étrangers
! J’ai pris ça car cela me semblait plus adéquate.
Nous ne sommes que 8 et il n’y a pas un seul Américain :
un Coréen, un Vietnamien, une Polonaise, trois Péruviens,
une Indienne et un… Français. Quel beau mélange !
C’est vraiment sympa. Nous sommes en train de lire un livre et je
sens que c’est de plus en plus facile. Mon anglais progresse.
14h15 – La sonnerie retentit. C’est la
dernière fois aujourd’hui. Je file attendre mes amies à
leurs « lockers ». Nous allons prendre le goûter chez
moi. J’ai quelques « homeworks » à faire.
Mardi 27
Je me rends compte que le temps passe vite,
même à l’école. Chaque jour nous avons le
même emploi du temps, on perd un peu nos
repères temporels. Le week-end, on
décroche vraiment. C’est à mes yeux une
qualité de ce système. Mais il a aussi ses
défauts : se lever tôt, les cours condensés, pas
de coupures, un côté un peu répétitif. Les
camarades de classe changent à chaque
cours, alors la vie sociale de la classe en pâtit
un peu (je trouve que l’intégration et la cohésion
sont un peu plus difficiles). Mais tout
ceci est compensé par toutes les activités
extrascolaires proposées au sein même de la
« high school » : le sport et les clubs. N’étant
pas sportif, je ne peux pas trop vous parler du
football, du basket & cie. Mais j’adore, quand
je rentre du lycée par les terrains, voir les
« cheerleaders » chanter et danser, les footballeurs
s’entraîner, les coureurs s’échauffer…
Au niveau des clubs, c’est tout bonnement
génial. Il y en a des kilos et des tonnes et
pour tous les goûts : improvisation, japon,
sexualités, langues étrangères, politique…
Je
vais régulièrement (tous les vendredis) à
celui de théâtre. C’est vraiment sympa de se
retrouver avec des gens qui partagent la
même passion. En France, ça manque.
Mercredi 28
Aujourd’hui, c’était dur : j’étais très
fatigué et un peu de mauvaise humeur. Ça arrive ! J’ai
tellement de choses à faire : préparer mon changement de
famille, comprendre, parler anglais, penser à faire ci ou ça
et surtout, réviser mon test d’espagnol et faire mes devoirs
! Je ne veux pas casser vos rêves, chers futurs « exchange
students », mais je crois qu’on a peut-être tendance
à trop idéaliser l’école américaine
avant le départ. Gare à vous !
On dit qu’une bonne partie des lycées ont un niveau faible
et que vous risquez de vous y rouler les pouces. Mais il existe aussi
des lycées réputés, comme le mien, ou celui de mon
ami Benjamin, actuellement à Baltimore. Pour nous, la difficulté
est réelle. Les « homeworks » doivent absolument être
faits et il sont vérifiés quotidiennement. Les quizz et
les tests ne sont pas si faciles que certains en France le prétendent.
En tout cas, à West Hartford, c’est comme ça. L’avantage
par rapport aux lycées français, c’est la relation
avec les professeurs : ils sont bien plus amicaux, gentils ; ils n’hésitent
pas à nous filer leurs adresses e-mails ou à nous proposer
de rester travailler avec eux après les cours. L’ambiance
de la classe est bien plus calme. Au niveau de la participation, c’est
bien plus dynamique qu’en France. Il faut dire qu’ici, l’élève
est valorisé, qu’il y a une vraie proximité enseignant-étudiant
(faut voir les « teachers » faire des blagues !), que l’emploi
du temps est plus vif (cours de 40 minutes). Je vais m’arrêter
là pour aujourd’hui, car il faut que je mémorise ma
scène de théâtre. Et puis, je suis naze de chez naze…
Heureusement, aujourd’hui au lycée, c’était
un « short-day ». On a fini à 12 h 45 !
Jeudi 29
J’étais encore un peu fatigué, mais j’ai tenu
le
coup. Je suis content, car je me suis complétement
habitué à l’établissement, j’arrive à
ouvrir mon « locker » comme un vrai
Américain, et j’ai mes habitudes (comme
mon sandwich au déjeuner et mes deux
cookies) ! La nourriture est plus que correcte.
Je suis d’ailleurs étonné. On m’a souvent dit
qu’ici c’était gras, mais pour moi, ça reste
« light » et j’ai du choix : pâtes, salades à
composer,
glaces, lait, soupe ! Ça m’arrange, parce
qu’en dehors des cours, j’ai tendance à manger
un peu n’importe comment. Le principal
nous a encore fait un show au micro pendant
que nous mangions : ça m’a fait trop marrer !
Question architecture : c’est relativement
fermé, avec beaucoup de couloirs. Ils ont un
sacré auditorium, et la partie « terrains de
sport » est gigantesque. Les salles de cours
sont exactement comme dans les films (avec
leurs « chaises-bureaux »).
C’est vraiment propre. Il faut dire que le
règlement est très strict. Ils sont intransigeants
sur ça… et sur tout le reste. Les élèves
savent très bien à quoi s’en tenir. Le premier
jour, mon prof principal nous a lu les règles
de l’établissement. Le passage sur la détention
d’armes était grandiose : « Vous n’avez
pas le droit d’avoir des mitraillettes, des uzis,
des grenades, des mines, des nunchakus… »
j’en passe et des meilleures. La classe n’était
pas dupe : on a tous trouvé ça ridicule !
Vendredi 30
Dernier jour de la semaine au lycée, ça fait du bien quand
même. J’ai découvert ce matin – parce que j’étais
en avance – qu’on pouvait prendre le petit-déjeuner
à la cafétéria ! D’ailleurs, certains étaient
encore en pyjama. Ici, personne n’a « LA HONTE », tu
es bien moins jugé qu’en France. Question style vestimentaire,
je dirai que la plupart s’habillent en « jean-tong-pull »
ample. Mais il y a aussi les punks avec leurs crêtes, une poignée
de gothiques, et une armée de Noir-américains avec leurs
attirails de chaînes en or, de maillots de basket arrivant aux genoux
et de casquettes de travers !
Au théâtre, j’ai enfin joué ma petite scénette
avec une amie. Je suis très fier de moi, car ce n’était
pas une mince affaire de faire ça en anglais. Je suis resté
l’après-midi au lycée, au club d’impro. J’ai
remarqué que je comprenais bien mieux qu’au début.
Mon anglais progresse encore… Ça fait plaisir !
Samedi 1er octobre
Le week-end se déroule bien. Le samedi, c’est
vraiment le jour ou l’on ne pense pas au travail.
Certains vont faire du sport. Bizarrement
dans mon lycée, le sport n’est pas du tout
populaire ! Tout le monde me dit que c’est
exceptionnel et propre à cette « high school ».
D’autres participent à des actions pour financer
leurs clubs. Mes amis et moi, nous avons
maintenant l’habitude d’aller manger dans un
japonais et de faire quelques boutiques. Le
soir, c’est généralement « soirée entre
amis »
chez l’un ou chez l’autre, au restaurant ou au
cinéma… Il y a également de petites fêtes !
Dimanche 2
La semaine s’achève. Je finis mes devoirs dans la soirée.
Je suis en pleine forme, demain c’est reparti ! J’ajouterais
pour finir que tout, ici – je veux dire au lycée –
est plus calme qu’en France. Il y a bien moins de stress. Les gens
sont agréables ; on peut toujours être aidé ou aider.
C’est vrai pour n’importe quoi.
Il reste sûrement beaucoup de choses à dire. Mais je laisse
aux futurs participants le plaisir de les découvrir par eux-mêmes,
en venant voir sur place, l’an prochain ?
LE LYCÉE
ET LA « HIGH SCHOOL »
EN 3 QUESTIONS |
Trois Quatorze – À
lire ton témoignage, il apparaît clairement que tu
as été surpris par l’école américaine,
du moins par ton école américaine. Comment expliques-tu
ce décalage entre l’image que tu avais de cette école
et la réalité à laquelle tu as été
confronté ?
Je me basais sur les témoignages et sur l’image qui
transparaît à travers les feuilletons. Au niveau du
contact avec les autres, pour moi c’était joué
d’avance, tout allait être facile. Mais les premiers
jours – surtout avant que les clubs et les activités
extra-scolaires ne commencent – je me suis retrouvé
à manger tout seul. En fait, j’ai compris qu’il
ne fallait pas idéaliser, et que, quel que soit le système,
on se devait d’aller vers les autres, de « se bouger.
»
Trois Quatorze – À ton avis, en termes d’objectifs,
qu’est-ce qui distingue la « high school » du
lycée français ?
Je crois que l’école française est plus directement
axée sur le savoir. Ici, aux USA, c’est la vie scolaire,
l’apprentissage du savoir qui est mis en avant (et pourtant,
je suis dans une école réputée, une école
où le niveau est bon). Ici, l’élève doit
avoir conscience du « pourquoi » il est à l’école.
Le fait que l’école américaine organise les
activités extrascolaires (clubs et activités en tous
genres) est significatif : l’éducation est un tout,
elle inclut l’apprentissage du savoir proprement dit et l’apprentissage
de la vie sociale.
Trois Quatorze – Si tu devais mettre en place un
système éducatif, en termes de pourcentages, quelle
place ferais-tu à l’école française et
à l’école américaine, et quelle place
accorderais- tu à des initiatives personnelles ?
Ma part d’innovation personnelle serait assez minime. Je
crois que les deux systèmes sont très complémentaires
et qu’en mixant les deux (à hauteur de 30% d’école
française et de 70% de « high school ») on pourrait
arriver à quelque chose de bien. De la France, je garderais
le système de la classe avec les mêmes élèves
qui suivent un tronc commun. Cette entité donne plus de cohésion.
Pour le reste, je m’inspirerais plutôt du système
américaine. La « high school » est beaucoup moins
stressante que le lycée, et, de ce fait, les élèves
s’investissent beaucoup plus dans le système. Par ailleurs,
et c’est surprenant, la « high school » est beaucoup
moins compétitive que le lycée. C’est une bonne
chose, tout le monde avance dans la même direction. |
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