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7 jours à l’école américaine

Ce journal de bord, tenu par Maxime, nous permet d’entrer de plain-pied dans un lycée ou « high school » américaine. À West Hartford, Connecticut, où il étudie depuis plus de six semaines, Maxime découvre une autre façon de vivre à l’école. Il réalise aussi que les idées qu’il se faisait du système n’étaient pas toujours en adéquation avec la réalité à laquelle il allait devoir se confronter. Maxime ou « l’école comme leçon de vie ».

Max & son school bus6h30 – Après une nuit remplie de rêves et de cauchemars – les esprits sont toujours tourmentés en terre étrangère – il me faut me réveiller : c’est le premier objectif de la journée. Et, croyez-moi, se lever à 6 h 30 (voire à 6 h !) n’est pas de « tout repos » ! Je me lave, je m’habille, je mange. Vêtu de mes plus beaux habits, je prends un chemin que désormais je connais bien : celui de l’école américaine. Musique aux oreilles, j’observe mon quartier qui s’éveille. Les fameux bus jaunes me lancent leurs cris de guerre : «N’arrive pas en retard, Max ! » Je traverse les terrains de sports – heureusement, je ne suis pas le seul – les jeunes des environs suivent les mêmes traces.

7h30 – Le Gouvernement américain et ses lois m’attendent. C’est le premier cours. Nous regardons une vidéo, ce n’est pas la première. Parfois des personnalités locales interviennent. C’est assez intéressant. Nous pouvons exprimer notre opinion. Aujourd’hui, il était question de ventes d’armes. J’étais le seul à m’y opposer !

8h17 – Direction la salle de sport. Les vestiaires sont, bien sûr, comme dans les films ! J’adore mon prof de badminton, car il est un peu rond. C’est tellement paradoxal…

9h08 – Je slalome entre les élèves pour assister à mon cours d’Algèbre. Tout le monde est aux « lockers », les couloirs sont bondés. Le début du cours est consacré à l’écoute des « announcements », toujours précédés du « Pledge Allegiance » au drapeau étoilé. Il en est ainsi chaque jour. Mais attention, nous ne sommes absolument pas obligés de faire l’ « Allegiance ». D’ailleurs, il n’y a vraiment que le professeur qui se préoccupe de ce rituel.

10h07 – Mes oreilles bourdonnent encore de divisions et de multiplications… Mais, pour l’instant, je profite de ma “period” tranquille ! « Lunch Time » : vous ne rêvez pas, je déjeune entre 10h et 11h ! Je suis chanceux, car ma « girlfriend » et mon autre amie mangent au même moment. Les petits sacs marrons en kraft, les cookies, les sandwiches, les sodas (mais aussi les salades et les pâtes) sont bien là !

10h57 – En avant la Peinture. C’est très conventionnel ici, et mon prof a une vision très restrictive de l’Art. J’ai toujours l’impression qu’il tient mon pinceau. Il n’y a presque pas de liberté. Pour moi, ils font de l’Art à l’envers. Mais mon « teacher » est vraiment super sympa, et il m’aime bien, même si je suis le vilain petit canard de la classe : trop original, peignant un peu ce que je veux…

11h47 – Me voilà dans la « Black Box », comme ils la nomment ! Une pièce aux murs noirs pour faire du… theâtre. Yes ! C’est l’endroit où je m’éclate le plus, j’adore tout le monde et tout le monde m’adore. Cela ressemble pas mal à mes cours en France, et le prof est vraiment génial, ultra dynamique.

12h38 – ¡ Hablo espanol ! La moyenne d’âge a beau être de 14 ans dans ce cours, j’ai fait d’énormes progrès. Les cours sont beaucoup plus axés sur l’oral. Je m’y plais bien.

13h28 – Cours d’anglais pour étrangers ! J’ai pris ça car cela me semblait plus adéquate. Nous ne sommes que 8 et il n’y a pas un seul Américain : un Coréen, un Vietnamien, une Polonaise, trois Péruviens, une Indienne et un… Français. Quel beau mélange ! C’est vraiment sympa. Nous sommes en train de lire un livre et je sens que c’est de plus en plus facile. Mon anglais progresse.

14h15 – La sonnerie retentit. C’est la dernière fois aujourd’hui. Je file attendre mes amies à leurs « lockers ». Nous allons prendre le goûter chez moi. J’ai quelques « homeworks » à faire.

Mardi 27

Je me rends compte que le temps passe vite, même à l’école. Chaque jour nous avons le même emploi du temps, on perd un peu nos repères temporels. Le week-end, on décroche vraiment. C’est à mes yeux une qualité de ce système. Mais il a aussi ses défauts : se lever tôt, les cours condensés, pas de coupures, un côté un peu répétitif. Les camarades de classe changent à chaque cours, alors la vie sociale de la classe en pâtit un peu (je trouve que l’intégration et la cohésion sont un peu plus difficiles). Mais tout ceci est compensé par toutes les activités extrascolaires proposées au sein même de la « high school » : le sport et les clubs. N’étant pas sportif, je ne peux pas trop vous parler du football, du basket & cie. Mais j’adore, quand je rentre du lycée par les terrains, voir les « cheerleaders » chanter et danser, les footballeurs s’entraîner, les coureurs s’échauffer… Au niveau des clubs, c’est tout bonnement génial. Il y en a des kilos et des tonnes et pour tous les goûts : improvisation, japon, sexualités, langues étrangères, politique… Je vais régulièrement (tous les vendredis) à celui de théâtre. C’est vraiment sympa de se retrouver avec des gens qui partagent la même passion. En France, ça manque.

Mercredi 28

Aujourd’hui, c’était dur : j’étais très fatigué et un peu de mauvaise humeur. Ça arrive ! J’ai tellement de choses à faire : préparer mon changement de famille, comprendre, parler anglais, penser à faire ci ou ça et surtout, réviser mon test d’espagnol et faire mes devoirs ! Je ne veux pas casser vos rêves, chers futurs « exchange students », mais je crois qu’on a peut-être tendance à trop idéaliser l’école américaine avant le départ. Gare à vous !

On dit qu’une bonne partie des lycées ont un niveau faible et que vous risquez de vous y rouler les pouces. Mais il existe aussi des lycées réputés, comme le mien, ou celui de mon ami Benjamin, actuellement à Baltimore. Pour nous, la difficulté est réelle. Les « homeworks » doivent absolument être faits et il sont vérifiés quotidiennement. Les quizz et les tests ne sont pas si faciles que certains en France le prétendent. En tout cas, à West Hartford, c’est comme ça. L’avantage par rapport aux lycées français, c’est la relation avec les professeurs : ils sont bien plus amicaux, gentils – ils n’hésitent pas à nous filer leurs adresses e-mails ou à nous proposer de rester travailler avec eux après les cours. L’ambiance de la classe est bien plus calme. Au niveau de la participation, c’est bien plus dynamique qu’en France. Il faut dire qu’ici, l’élève est valorisé, qu’il y a une vraie proximité enseignant-étudiant (faut voir les « teachers » faire des blagues !), que l’emploi du temps est plus vif (cours de 40 minutes). Je vais m’arrêter là pour aujourd’hui, car il faut que je mémorise ma scène de théâtre. Et puis, je suis naze de chez naze… Heureusement, aujourd’hui au lycée, c’était un « short-day ». On a fini à 12 h 45 !

Jeudi 29

J’étais encore un peu fatigué, mais j’ai tenu le coup. Je suis content, car je me suis complétement habitué à l’établissement, j’arrive à ouvrir mon « locker » comme un vrai Américain, et j’ai mes habitudes (comme mon sandwich au déjeuner et mes deux cookies) ! La nourriture est plus que correcte. Je suis d’ailleurs étonné. On m’a souvent dit qu’ici c’était gras, mais pour moi, ça reste « light » et j’ai du choix : pâtes, salades à composer, glaces, lait, soupe ! Ça m’arrange, parce qu’en dehors des cours, j’ai tendance à manger un peu n’importe comment. Le principal nous a encore fait un show au micro pendant que nous mangions : ça m’a fait trop marrer ! Question architecture : c’est relativement fermé, avec beaucoup de couloirs. Ils ont un sacré auditorium, et la partie « terrains de sport » est gigantesque. Les salles de cours sont exactement comme dans les films (avec leurs « chaises-bureaux »). C’est vraiment propre. Il faut dire que le règlement est très strict. Ils sont intransigeants sur ça… et sur tout le reste. Les élèves savent très bien à quoi s’en tenir. Le premier jour, mon prof principal nous a lu les règles de l’établissement. Le passage sur la détention d’armes était grandiose : « Vous n’avez pas le droit d’avoir des mitraillettes, des uzis, des grenades, des mines, des nunchakus… » j’en passe et des meilleures. La classe n’était pas dupe : on a tous trouvé ça ridicule !

Vendredi 30

Dernier jour de la semaine au lycée, ça fait du bien quand même. J’ai découvert ce matin – parce que j’étais en avance – qu’on pouvait prendre le petit-déjeuner à la cafétéria ! D’ailleurs, certains étaient encore en pyjama. Ici, personne n’a « LA HONTE », tu es bien moins jugé qu’en France. Question style vestimentaire, je dirai que la plupart s’habillent en « jean-tong-pull » ample. Mais il y a aussi les punks avec leurs crêtes, une poignée de gothiques, et une armée de Noir-américains avec leurs attirails de chaînes en or, de maillots de basket arrivant aux genoux et de casquettes de travers !

Au théâtre, j’ai enfin joué ma petite scénette avec une amie. Je suis très fier de moi, car ce n’était pas une mince affaire de faire ça en anglais. Je suis resté l’après-midi au lycée, au club d’impro. J’ai remarqué que je comprenais bien mieux qu’au début. Mon anglais progresse encore… Ça fait plaisir !

Samedi 1er octobre

Le week-end se déroule bien. Le samedi, c’est vraiment le jour ou l’on ne pense pas au travail. Certains vont faire du sport. Bizarrement dans mon lycée, le sport n’est pas du tout populaire ! Tout le monde me dit que c’est exceptionnel et propre à cette « high school ». D’autres participent à des actions pour financer leurs clubs. Mes amis et moi, nous avons maintenant l’habitude d’aller manger dans un japonais et de faire quelques boutiques. Le soir, c’est généralement « soirée entre amis » chez l’un ou chez l’autre, au restaurant ou au cinéma… Il y a également de petites fêtes !

Dimanche 2

La semaine s’achève. Je finis mes devoirs dans la soirée. Je suis en pleine forme, demain c’est reparti ! J’ajouterais pour finir que tout, ici – je veux dire au lycée – est plus calme qu’en France. Il y a bien moins de stress. Les gens sont agréables – on peut toujours être aidé ou aider. C’est vrai pour n’importe quoi.

Il reste sûrement beaucoup de choses à dire. Mais je laisse aux futurs participants le plaisir de les découvrir par eux-mêmes, en venant voir sur place, l’an prochain ?

 

LE LYCÉE ET LA « HIGH SCHOOL » EN 3 QUESTIONS

Trois Quatorze – À lire ton témoignage, il apparaît clairement que tu as été surpris par l’école américaine, du moins par ton école américaine. Comment expliques-tu ce décalage entre l’image que tu avais de cette école et la réalité à laquelle tu as été confronté ?

Je me basais sur les témoignages et sur l’image qui transparaît à travers les feuilletons. Au niveau du contact avec les autres, pour moi c’était joué d’avance, tout allait être facile. Mais les premiers jours – surtout avant que les clubs et les activités extra-scolaires ne commencent – je me suis retrouvé à manger tout seul. En fait, j’ai compris qu’il ne fallait pas idéaliser, et que, quel que soit le système, on se devait d’aller vers les autres, de « se bouger. »

Trois Quatorze – À ton avis, en termes d’objectifs, qu’est-ce qui distingue la « high school » du lycée français ?

Je crois que l’école française est plus directement axée sur le savoir. Ici, aux USA, c’est la vie scolaire, l’apprentissage du savoir qui est mis en avant (et pourtant, je suis dans une école réputée, une école où le niveau est bon). Ici, l’élève doit avoir conscience du « pourquoi » il est à l’école. Le fait que l’école américaine organise les activités extrascolaires (clubs et activités en tous genres) est significatif : l’éducation est un tout, elle inclut l’apprentissage du savoir proprement dit et l’apprentissage de la vie sociale.

Trois Quatorze – Si tu devais mettre en place un système éducatif, en termes de pourcentages, quelle place ferais-tu à l’école française et à l’école américaine, et quelle place accorderais- tu à des initiatives personnelles ?

Ma part d’innovation personnelle serait assez minime. Je crois que les deux systèmes sont très complémentaires et qu’en mixant les deux (à hauteur de 30% d’école française et de 70% de « high school ») on pourrait arriver à quelque chose de bien. De la France, je garderais le système de la classe avec les mêmes élèves qui suivent un tronc commun. Cette entité donne plus de cohésion. Pour le reste, je m’inspirerais plutôt du système américaine. La « high school » est beaucoup moins stressante que le lycée, et, de ce fait, les élèves s’investissent beaucoup plus dans le système. Par ailleurs, et c’est surprenant, la « high school » est beaucoup moins compétitive que le lycée. C’est une bonne chose, tout le monde avance dans la même direction.

Article paru dans le journal Trois-Quatorze n°42