En juillet 1981, Xavier s’est inscrit au programme d’une année scolaire aux USA de PIE. Il avait tout juste 18 ans… et l’association qu’il avait choisie comme guide à peine six mois d’existence !
Son envol a donc coïncidé avec celui de PIE.
Interroger Xavier 45 ans plus tard, c’est s’intéresser aux trajets parallèles d’un être et d’un organisme en devenir, c’est ressentir ce parfum de liberté qui entourait à l’époque l’aventure de chacun, c’est observer leur parcours —d’abord américain puis largement international—, c’est insister sur l’insouciance et l’optimisme des débuts… c’est se pencher surtout sur les principes de disponibilité, d’ouverture et de tolérance qui animaient l’un et l’autre dès l’origine.
En images : 1. Xavier d’hier (1981) et d’aujourd’hui
Prénom : Xavier
Nom : RENARD
Nationalité :
Français
Promo : 1981
Destination : San Diego, California, USA
Situation actuelle : Parfumeur / Président de Givaudan (création de parfums)
Pourquoi je suis parti une année aux États-Unis en 1981 et pourquoi avec PIE ?
Août 1981… je viens de rater royalement le bac… j’ai clairement pris le système éducatif français en grippe. J’ai fait les écoles et lycées les plus classiques, les plus traditionnels, et je sens que je ne suis pas à ma place.
C’est là que mes parents évoquent l’idée d’aller voir un peu hors de France ce qui est proposé. On discute d’un séjour long, ça me parle. Mais on s’y prend très tard… juin ou juillet de mémoire. Tout est un peu clos… Aucune ouverture, et c’est là que ma mère trouve cette jeune association qui vient de naître : PIE. Ils ont une approche très cool. Ils me disent : “Un an aux USA, bien sûr pas de soucis”, Ils m’acceptent —je crois que j’étais le dernier inscrit de l’année). Je me lance. À partir de là tout est très simple : un mois après, je reçois un placement en Californie du Sud —là où tout le monde rêve de partir ! À peine quelques jours plus tard, je participe à une sorte de session de préparation, dans un vague château de la région parisienne, et dans la foulée, je m’envole pour les États-Unis. Nous étions un petit groupe —une dizaine, de mémoire— et Laurent (Bachelot) nous accompagnait.
Tout dans le projet respirait la liberté. Il faut se remettre dans le contexte de l’époque : les USA incarnaient, bien plus qu’aujourd’hui, l’exotisme et le le rêve ; la part de mystère et d’inconnu qui accompagnait une telle année était énorme. Ajoutons à cela le fait qu’on était encadrés par une association toute jeune, qui se lançait. On était tous un peu des pionniers, on le sentait bien, mais il y avait une telle bienveillance et un tel enthousiasme, que tout s’est fait naturellement, de façon très fluide. On n’était pas du tout stressé, pas anxieux, on ne se préoccupait pas du tout de l’avenir, on parlait à peine de ce qui allait nous arriver le lendemain. Mais ce qui est sûr c’est que tous on sentait qu’on embarquait dans une aventure, une expérience unique, un truc profondément différent de tout ce qu’on avait connu. Il y avait une forme d’excitation positive qui flottait dans l’air. Ça transpirait l’optimisme
À tous les niveaux c’était l’inconnu, mais je me souviens m’être dit à ce moment-là qu’on allait tracer notre chemin… Je parle de moi, je parle de PIE aussi.
Mon année PIE aux États-Unis en deux mots
Globalement, tout a roulé. Depuis cette réunion en France avant le départ jusqu’au terme du séjour, je n’ai que des bons souvenirs ! Il faut dire que tout a été très vite pour moi et que je n’avais aucune attente, juste de la motivation et de l’envie.
Si je devais garder un mot, une expression… je choisirais : “LIFE CHANGING”.
L’arrivée à New York c’était déjà quelque chose : de mémoire, on a dormi à l’hôtel. Le soir, on a marché dans le Queen’s… et le Queen’s en 81 c’était quelque chose : quel dépaysement ! Le lendemain, on (je crois que c’était Laurent) m’a lâché dans l’aéroport de JFK en me disant : “Toi tu suis les panneaux, tu prends l’avion pour San Diego.” Y’avait une grève, l’avion a été annulé. J’ai dû me débrouiller. On m’a rebooké sur Los Angeles… Quelque part c’était absolument génial. La débrouille, l’idée et la compréhension que, de toute façon, il y avait toujours une solution. Après y’a eu le vol, l’arrivée à LAX, le bus pour San Diego… et, au bout du périple, une famille géniale qui m’attendait et qui m’a accueilli pour toute une année. J’ai encore en tête le “7 Eleven” à L.A… ouvert à 23h. Pour moi c’était inouï.
Je dis “LIFE CHANGING” pour l’aventure humaine, la confiance en soi, la vision tranquille de l’avenir…
“LIFE CHANGING” pour la découverte d’une éducation qui prend en compte et en considération les compétences et les profils de chacun, qui s’adapte au particulier au lieu de restreindre son enseignement au plus petit dénominateur commun. “One size not fits all” (il n’y a pas de taille unique) est devenu depuis lors une sorte de credo.
LIFE CHANGING au niveau du quotidien, grâce à une famille d’une grande ouverture d’esprit et qui s’est avérée particulièrement généreuse : un couple recomposé avec trois enfants. L’un d’entre eux était adopté. Au fil de l’année, il est devenu mon meilleur ami. Il est mort malheureusement aujourd’hui…. la vie avait été difficile pour lui. Je reste en contact avec la famille, notamment avec la soeur d’accueil. On se revoit de temps en temps.
Une anecdote sur le séjour
Je faisais partie de l’équipe de tennis de la High School. J’étais numéro 3 de l’équipe en première partie de saison… En seconde partie je suis passé numéro 1 : À partir de là, j’ai perdu tous mes matchs ! À la cérémonie de fin d’année, je n’avais bien évidemment droit à aucune coupe . Mais à un moment donné, j’ai entendu mon nom. Ils m’appelaient… je me suis avancé et ils m’ont remis une coupe où était inscrit la mention : “Most improved player of the year !” Qu’ils aient pensé à faire ça, j’ai trouvé cela extraordinaire !
C’est clairement une année marquée du sceau de la confiance et de la bienveillance…. confiance avec un grand C, bienveillance avec un grand B. C’est ce que souligne pour moi cette anecdote.
Mon parcours depuis le séjour…
J’ai fait du sport à un haut niveau à mon retour, pas professionnellement mais sérieusement. Surtout du triathlon. J’avais acquis là-bas la résilience nécessaire et sans doute aussi cet esprit de compétition qui, dans le bon sens du terme, impose exigence et respect.
J’en parle car j’ai j’ai toujours fait un rapport étroit entre sport et activité professionnelle. Je pense que je retiens cela de mon année : l’engagement, le dépassement.
et côté études…
Quand je termine mon année de High School, je reçois une lettre du gouverneur de Californie (que j’ai gardée d’ailleurs) et qui me propose une bourse pour étudier sur un campus. Mais je suis passionné depuis l’enfance par la parfumerie ; et je sais que c’est cela que je veux faire. Or je ne conçois pas d’étudier l’art et la science du parfum sans passer par la case France. La décision est difficile à prendre, mais je choisis le Sud de la France. J’intègre une école de parfumerie, à Grasse. Dès la fin de mes études, je pars bosser en Asie, à Hong Kong. Quelques années passent et je file à New York. J’y passe 13 ans, puis je rentre à nouveau en France…
C’est un parcours à la fois atypique et normal. Atypique au niveau du secteur d’activité que j’ai fréquenté… et de par l’approche globale qui a été la mienne —les changements de cap, de lieux—, mais normal en ce sens que mon parcours n’a somme toute rien d’extraordinaire au regard de ce qui avait précédé. Après cette année aux USA, j’avais les clés pour entreprendre tout cela. C’est bien mon départ à l’étranger, à ce moment-là de ma vie, qui m’a donné les opportunités et les solutions.. Tout a résidé dans la confiance acquise… en moi… et à travers le regard des autres.
Mon activité aujourd’hui
Après avoir été parfumeur (NDLR : Xavier est, entre autres, le créateur de Havana de chez Aramis !), je dirige aujourd’hui, chez Givaudan, le département de la parfumerie fine. Givaudan est une structure suisse implantée à Grasse qui génère près de 8 milliards de francs suisses de chiffre d’affaires. J’essaie d’offrir le meilleur cadre et les meilleures conditions possibles aux parfumeurs pour créer les parfums d’avenir. Au-delà de la création pure, iI y a beaucoup d’enjeux : humains (nous sommes plus de 1 000 personnes), environnementaux, etc. Je suis assez fier d’évoluer au coeur de tout cela. Fier de la construction humaine qui sous-tend cette structure.
Un lien entre cette activité et mon séjour aux USA à 18 ans ?
L’expertise tu l’apprends, à l’école, sur le terrain, etc. Mais la confiance, c’est la vie qui te la donne. Le fait de pouvoir me lancer sans crainte, de ne pas avoir peur de découvrir, je l’ai acquis là-bas. Sans mon année américaine, est-ce que je serais parti à Hong Kong à 22-23 ans, etc ? Je ne crois pas.
Relation à PIE, image que j’ai de PIE à l’époque ? Ce qu’il reste de tout cela aujourd’hui ?
Ces trois lettres P. I et E., je les ai un peu en tête, en mémoire. Dès que je repère cet acronyme, sur une affiche, un document (récemment “Project Investment Energy’, etc., ça me ramène à quelque chose de très positif, à un grand moment de ma vie. Mon aventure, celle de PIE, c’est une réussite. Pour autant, je ne suis jamais retourné à San Diego. Je n’en ai pas eu l’occasion. Je crois aussi qu’un lieu est lié à ce qu’on y a vécu. Je préfère donc en rester loin, autrement dit en rester à l’image d’avant.
Si je n’étais pas parti avec PIE…?
(du tac au tac…) Je ne veux même pas le savoir. C’est arrivé et c’est très bien comme ça. Et ça n’aurait pas pu être autrement.






