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Aude, chargée de communication — Parcours d’ancien

314_55_variation19 VARIATIONS SUR LE THÈME DE LA PORTÉE D’UN ÉCHANGE SCOLAIRE DE LONGUE DURÉE

Illustration : « Le médecin » par Laurindo Feliciano

ENTRETIEN — De passage à Paris pour passer des concours de la fonction publique, Aude nous accorde une entrevue. Petit flashback sur son séjour scolaire en Chine, où elle dit «avoir attrapé le virus de la bougeotte», et focus sur son travail de chargée de presse à l’Ambassade de France en Afrique du Sud. De par son métier, Aude en connaît déjà un rayon sur les réseaux! Il nous paraissait donc intéressant de l’interroger sur celui que PIE est en train de mettre en place.

Année de séjour d’Aude : 2001
Lieu de séjour : Shenyang, Mandchourie, Chine.
École : Lycée n°120
Lieu de vie actuel : Pretoria, Afrique du Sud
Profession : Chargée de communication
Employeur : Ambassade de France

Trois Quatorze — Pourquoi avoir choisi la Chine ?
Aude — Depuis l’enfance, j’étais attirée par ce pays, et j’avais entendu parler par ailleurs de ces échanges de longue durée qui se faisaient avec les États-Unis. Quand j’ai découvert que PIE proposait la Chine, je n’ai pas hésité. Je savais que c’était pour moi. Ma mère était acquise à ma cause… restait à convaincre mon père.
Comment s’est passée ton année?
Aude — Extrêmement bien. (Elle réfléchit et ajoute:) Même mieux! Voilà 14 ans que je suis partie et ma relation à la Chine reste particulière. Je suis toujours en contact avec ma famille d’accueil, qui m’a réservé un accueil hors pair. Le cadre qu’ils m’ont proposé a tout conditionné. Quant à l’école, je garde de bons souvenirs: une période d’adaptation durant laquelle je suivais des cours intensifs pour étrangers, puis la «vraie vie» au lycée chinois, avec sa discipline rigide, son organisation très carrée, ses classes de soixante élèves, et cette impression d’immersion réelle et profonde, au coeur d’un pays si exotique et si lointain du nôtre à tout point de vue. Je me rappelle de journées très denses et d’un aspect très huilé et très calme.
Quels sont pour toi les grands acquis de ce séjour?
La langue évidemment. Je suis convaincue aujourd’hui que j’étais dans les meilleures conditions possibles pour apprendre le chinois : la combinaison du cadre scolaire et familial me paraît idéale pour progresser. Moi qui ne suis pas très douée au départ pour les langues, je crois que je n’aurais jamais atteint ce niveau sans un tel séjour. Je me souviens qu’au bout de deux mois environ, j’ai rêvé en chinois. Là, je me suis dit: «Oulala, quelque chose s’est passé, le processus est lancé! J’étais Chinoise.» Je ne sais pas si c’est possible, et si vite, par un autre biais. Côté acquis, je mettrais donc également en avant la capacité à s’adapter… à un peu tout et à n’importe quoi. Là encore le cadre a été important : la famille est fondamentale ; elle vous plonge dans le quotidien du pays, dans sa réalité ; sans la famille, vous vous contentez d’un groupe d’amis, souvent internationaux. Dans mon cas, je me suis sentie Chinoise parmi les Chinois. Et j’ajouterai, comme autre acquis «le goût de l’ailleurs»… la capacité à bouger, et à aimer ça, au point de le rechercher.
Physiquement?
Aude — Oui, mais pas seulement. Je pense au déplacement, ­­dans tous les sens du terme. J’ai appris grâce à ce séjour à ne pas dire «non», ou si vous préférez à savoir dire «oui».
Avais-tu une appréhension au départ ?
J’imagine, mais je ne m’en souviens pas du tout. Je n’ai pas souvenir d’être passée par des moments difficiles, à part peut-être ces petits soucis du quotidien. J’ai beau chercher, je ne vois pas.
Quelles études as-tu suivies à ton retour?
Aude — J’ai passé le Bac, puis j’ai fait Sciences-Po Toulouse: cinq ans, jusqu’à l’obtention de mon Master 2 en «Géopolitique et relations internationales». Dans le cadre de la troisième année, dite de mobilité, je suis repartie une année en Chine, à Shanghai, pour faire un stage au Consulat général de France. J’y ai passé à nouveau dix mois et je sais qu’aujourd’hui si j’ai une occasion de repartir là-bas, je la saisirai. Mais pour l’instant, mon parcours professionnel m’a orientée vers l’Afrique.
Pourquoi l’Afrique?
Aude — Un peu par hasard en fait. À la fin de mes études, j’ai fait un stage, puis j’ai été embauchée à l’«Agence française de l’adoption», au service Afrique. C’est comme cela que j’ai «changé» de continent. Et il y a bientôt deux ans, j’ai eu un poste à l’Ambassade de France en Afrique du Sud, avec le statut de volontaire international en administration (VIA), en tant que chargée de communication.
En quoi consiste ce travail?
Aude — 
En externe, à valoriser l’action de la France en Afrique du Sud, afin qu’elle soit mieux perçue et mieux connue —car vue du côté sud-africain, la France reste un petit pays européen, presque noyé dans la masse. Et en interne, à coordonner la communication au sein du réseau pour que tous les services (Ambassade, Consulat, Alliance française, etc.) travaillent mieux ensemble. De ce côté-là, il s’agit de donner un côté équipe «France». Je m’occupe aussi de l’aspect presse: analyse, relations…
Comment s’organise une journée?
Aude — 
Je commence justement par une revue de presse, pour donner à tous une idée précise de ce qui se passe. Ensuite je m’adapte aux événements du jour. Si l’ambassadeur se déplace, il faut faire en sorte d’en parler, de relayer. Cela veut dire: récupérer les infos, rédiger des communiqués, entrer en relation avec les organes de presse. Je mets à jour le site internet, les réseaux sociaux… J’entretiens le réseau.
Quelles sont les qualités requises à ton poste ?
Aude — 
Le rôle de coordinateur m’oblige à avoir de bonnes qualités relationnelles. Je dois être en mesure de récupérer des infos de toutes les institutions et je dois savoir les redistribuer. Il faut sentir les choses, inspirer confiance, savoir négocier. Parallèlement il faut pour faire face à la multiplicité des tâches, être assez organisé. L’activité «Presse» implique aussi des qualités rédactionnelles, un certain sens de l’analyse pour comprendre ce qui se passe dans le pays, et de la synthèse pour restituer l’info aux services et au ministère à Paris. Je me souviens de ma première revue de presse, quand je ne connaissais pas les services, les noms… il fallait garder son sang froid.
À ce moment-là, est-ce que l’expérience à l’étranger, au sens large, est utile?
Aude — 
Oui certainement, au sens où dans un contexte nouveau, on apprend à faire face. Savoir se confronter à l’inconnu sans paniquer: c’est un des enseignements de cette année.
À quoi sert le chinois quand on travaille en Afrique du Sud?
Aude — À rien. Mais ça fait partie de mon bagage. Et puis là, dans le cadre de mes concours, je me suis remise à jour, car j’ai choisi de présenter le chinois en tant que deuxième langue. C’est une langue majeure, Je ne désespère pas de l’utiliser à nouveau, mais pour l’instant je travaille essentiellement en anglais et en français. Et j’ajoute que je suis très heureuse en Afrique du Sud : c’est un pays passionnant, immense et beau, très complexe aussi, avec une histoire récente mouvementée. On sent une société en mouvement, en «travail».
As-tu conseillé à beaucoup de jeunes de partir à l’étranger comme tu l’avais fait?
Aude — J’en parle beaucoup. Concrètement, je pense à Willem, un jeune qui habitait dans mon coin, à qui j’en ai parlé et qui est parti avec PIE à 14 ans. Il avait choisi la Mongolie. Il a passé une année à Oulan-Bator. Quand je l’ai vu après son séjour, j’ai pensé à tous ceux qui, pour évoquer l’année à l’étranger, parlent «d’année perdue». J’ai envie de leur répondre : «Est-ce qu’on perd du temps à grandir?» Il faut bien comprendre que l’on revient de cette expérience, adulte. Et si l’on reste terre à terre, «l’année scolaire à l’étranger» est une ligne qui se distingue dans un C.V: la démarche est peu courante, elle est remarquée par les recruteurs, car elle en dit long sur la personne. C ‘est loin d’être le plus important, mais ça compte!
Pour toi est-ce que cela a joué?
Aude — Par exemple, lors de ta première embauche? Je n’ai pas souvenir que l’on m’en ait parlé, mais je sais que je l’avais mis en avant, et que je le fais toujours, afin de mettre en valeur mes capacités d’adaptation. J’en parle spontanément. Je n’ai jamais fait passer d’entretien, mais je suis persuadée qu’au-delà des compétences, un recruteur va se projeter, s’imaginer travailler avec la personne qu’il a en face de lui, et donc tester sa capacité relationnelle. C’est un élément crucial je crois.
Qu’est-ce qui te rapproche des anciens PIE?
Aude — La démarche commune. Pour moi, la communauté PIE a vraiment un sens.
Le futur réseau professionnel t’intéresse donc?
Oh que oui. Je le consulterai c’est sûr et je l’alimenterai. Je crois qu’il y a là un gros potentiel.

Article paru dans le Trois Quatorze n° 55