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Des débuts difficiles

Trois Quatorze – Stéphanie, nous avons jugé utile de revenir sur tes mésaventures, au début de ton expérience d’une année scolaire aux USA.

Stéphanie– En réalité, tout a commencé à deux jours du départ, quand ma famille qui avait choisi de m’accueillir a fait marche arrière. Nous étions au stage à Paris, et tout à coup, je n’étais plus sûre de partir à la date prévue. J’étais très stressée. Finalement, on a trouvé une nouvelle famille d’accueil, et j’ai pu m’envoler pour les US à la date prévue.

Trois Quatorze– Comment s’est passée ton arrivée aux Etats-Unis.

Stéphanie– Pas très bien, pour ne pas dire mal. Mes premières impressions n’étaient pas bonnes du tout. J’ai trouvé la ville poussiéreuse, sale, rien n’était engageant. Je n’avais pas le moral très haut, et quand j’ai découvert la maison où je devais passer l’année, j’ai sentie tout à coup que mon rêve s’écroulait : l’ambiance n’était pas agréable, l’hygiène était limite, la chambre n’avait pas de porte, mais juste un rideau en guise de séparation. Et puis, la première chose que la mère d’accueil m’a dite c’est qu’un de ses fils s’était suicidé l’année passée. Je ne le savais pas, et là, je me suis dit : ‘C’est l’horreur’.

Trois Quatorze– Comment as-tu réagi ?

Stéphanie– Dans mon malheur j’avais une vraie chance. J’avais accepté un double-placement. J’étais avec Adela, une autre exchange student, d’origine tchèque. Adela et moi, nous avons beaucoup parlé ensemble, nous nous sommes beaucoup soutenues. Même si au début je me suis dit qu’il fallait essayer de tenir (qu’après tout cette femme avait aussi le droit d’accueillir), j’ai poussé pour qu’on parle. Parce que c’était dur. Nous n’étions vraiment pas heureuses.

Trois Quatorze– Est-ce que le plus dur ce n’était pas de découvrir des choses auxquelles toi et Adela n’étiez pas préparées ?

Stéphanie– Si, tout à fait, la mère cachait des choses. Elle mentait en fait. On découvrait au fur et à mesure.

Trois Quatorze– Comment les choses se sont-elles débloquées ?

Stéphanie– Tout le monde à l’école nous a beaucoup aidé. On nous demandait si ça allait. Ils nous sentaient un peu désemparés. En fait ils se sentaient plus inquiets pour Adela et moi que nous ne l’étions nous-mêmes. Quand, au bout de deux semaines, on a parlé de notre situation à notre conseillère d’orientation, elle nous a immédiatement proposé de quitter cette famille et de nous accueillir chez elle. Elle a pris contact avec l’association, qui a avalisé ce placement provisoire. Ensuite 4 familles définitives se sont proposées et nous avons été accueillies définitivement par notre professeur d’écologie.

Trois Quatorze– Suite à cette affaire, tu sais que la correspondante locale d’ASSE et la coordinatrice ont été remerciées, pour avoir failli dans le processus de sélection et de suivi – qu’en penses-tu ?

Stéphanie– “No comment !”

Trois Quatorze– Est-ce qu’aujourd’hui les relations avec ASSE se sont normalisées ?

Stéphanie – Oui, tout à fait. Nous avons maintenant des relations régulières avec notre correspondante (Kary) et il y a une nouvelle coordinatrice (Valery). De toute façon, je vois aujourd’hui les choses avec de la distance. Je me dis que c’était les deux premières semaines et que maintenant c’est de l’histoire ancienne. Je suis heureuse et totalement épanouie dans ma nouvelle famille. Je vois tout ce(ux) qui m’entoure(nt) totalement différemment, notamment ma ville et ma région. Je les trouve belles. Je considère que je vis quelque chose de super et que maintenant que j’ai digéré cette affaire, elle m’a rendue plus costaud.

Article paru dans le journal Trois-Quatorze n°39