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Lettre d’Alaska, L’exotisme à notre porte

Extraits d’une lettre de Marine, une étudiante d’échange PIE, qui demeure pour un an aux USA, à Fairbanks, Alaska.

J’habite dans une jolie petite maison dans les collines, un peu en dehors de Fairbanks. La neige s’est faite longtemps attendre, mais – enfin – elle est là, exactement comme j’en rêvais. Tout est blanc, féerique, les arbres ploient sous le poids – les routes, les panneaux, tout est recouvert de neige – le ciel aussi parfois est blanc, on ne différencie plus rien, impossible de s’orienter ou de lire une pancarte, c’est comme avancer dans un pays imaginaire : « The Winter Wonderland. » Je skie tous les après-midi : c’est plus difficile que je ne pensais, mais rien que pour le blanc de la neige, l’air piquant, les bois, les « orignaux » (que l’on croise parfois et qui nous observent curieusement – ils sont chez eux, ma foi !), les écureuils si peu farouches, et le ciel – surtout le ciel – , pour tout cela, oui, ça vaut la peine.

Le ciel, ici, c’est quelque chose de fantastique : d’abord il est plus grand, beaucoup plus grand, plus haut, plus large, plus profond. Je ne peux pas expliquer ça, et puis il est toujours changeant. La nuit, les étoiles brillent plus qu’ailleurs, et la lune illumine complètement le paysage – s’il ne faisait pas si froid, on pourrait presque lire dehors. Vraiment, c’est impressionnant. J’oublie le plus beau, les aurores boréales, qu’il est impossible de décrire tant elles sont magiques.

Le soir avec ma « mère », on s’allonge sur la terrasse dans de gros sacs de couchage, avec un oreiller et de chaudes écharpes, et l’on regarde le ciel et l’on écoute le silence, le vrai silence… celui d’ici. Et voilà, j’écris, j’écris et je n’ai pas dit le quart de ce que j’avais prévu. J’ai essayé de brosser un tableau – une esquisse plutôt – de ce à quoi ressemble ma vie ici.
Pour que l’image soit plus complète il me faudrait parler de l’école bien sûr, des matchs de hockey, du bal qui se prépare, de la nuit passée dans une cabane au fond des bois, de la balade en avion avec atterrissage sur un lac gelé, de la tentative de construction d’un igloo, des soirées – calmes et douces – dans le salon (chacun lit, bien installé entre deux coussins), de mon anglais qui progresse, m’épate et me désespère parfois, de mon français qui se dégrade, et puis, bien sûr et surtout, des gens que je rencontre, si différents et si semblables.
Mon professeur de littérature américaine, par exemple, qui me dit toujours de ne pas écrire de si longues phrases, et à qui je réponds « que je suis désolée, que c’est plus fort que moi » –
Mais, il reste encore un peu plus de quatre mois. Quatre mois pour décider ce que je vais faire, après… à mon retour. C’est drôle, cette année a été un but – un rêve plutôt – pendant si longtemps, que je n’envisageais pas « d’après », je ne voulais pas y penser. Mais ici les gens ne vous permettent pas d’éviter ce sujet. Ils ont de l’ambition et des objectifs, des projets à revendre. A mon tour, j’ai envie de faire quelque chose de l’avenir. Ici, j’ai vraiment appris à voir grand, à y croire, « à le faire ». La voilà mon Amérique.

Marine, Faibanks, Alaska, Un an aux USA

Article paru dans le journal Trois-Quatorze n°37