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Un monde de possible

Katell, participante au programme en 1990, aujourd’hui créatrice de mode, vit à cheval sur l’Inde et les Pays-Bas, où est basée sa propre société. Elle nous parle d’écologie, de son métier, du fil qu’elle n’a cessé de tisser depuis son retour, et par là-même de sa conception du monde et des échanges. Ce court entretien nous rend compte avec justesse du sentiment de liberté et de légèreté qui anime les anciens participants et qui transparaît à la lecture de tous leurs témoignages.

Trois Quatorze – Katell, tu rentres des USA en 1991, que fais-tu à partir de là ?

Katell – En rentrant, j’ai fait l’école du Louvre à Paris, mais comme j’avais du temps libre et que mes meilleurs amis aux USA étaient des Scandinaves, je me suis lancée dans l’étude du Danois. J’ai obtenu une maîtrise, et commencé une école d’interprétariat au Danemark. Je suis donc allée habiter là-bas. Parallèlement, je travaillais en France pour Robin des Bois, une association de protection de l’homme et de l’environnement. J’ai continué au Danemark, je m’occupais des pays Baltique et des ex-pays de l’Union Soviétique (notamment autour des conséquences de Tchernobyl).

Trois Quatorze – Et comment passe-t-on de l’écologie à la mode, et du Danemark à l’Inde ou aux Pays-Bas ?

Katell – Il se trouve que j’ai toujours été manuelle – j’étais attirée par tout ce qui était artistique. Je dessinais, je faisais des petits carnets, des sacs, des vêtements, etc. – je travaillais autour du recyclage. On m’a proposé de participer à une biennale artistique en Ukraine, la manifestation était axée autour de la prise de conscience des problèmes d’environnement. Là, j’ai rencontré un couple de couturiers ukrainiens qui était très intéressé par mon boulot. C’était le début d’une collaboration. J’ai monté ma boîte, « Art Déco ». Au même moment, j’ai choisi de quitter le Danemark – je commençais à m’y ennuyer – et de m’installer aux Pays-Bas, qui était au cœur des problèmes d’environnement, de droits de l’homme. J’ai donc opté pour Amsterdam, une ville très vivante, agréable, qui bougeait beaucoup plus et où je pensais que mes produits se vendraient bien. Là, j’ai ouvert une boutique que je n’ai gardée qu’un an car je me suis plus dirigée vers la création proprement dit.

Trois Quatorze – Te voilà donc créatrice de mode ! Et pourquoi l’Inde ?

Katell – Au départ, grâce au yoga et la méditation. J’ai découvert ça il y a quelques années, et j’ai eu envie de connaître l’Inde. Une fois sur place, j’ai établi une nouvelle connexion avec mon travail – il faut dire que l’Inde est un pays de tissus, de couleurs, de pigments… J’ai d’abord vécu un an et demi là-bas, travaillant pour un « fashion design studio », toujours autour du recyclage. J’ai fabriqué des vêtements, des accessoires, etc. Aujourd’hui donc, je travaille toujours avec l’Inde où je me rends très régulièrement, et toujours avec ce studio (qui vend mes produits un peu partout dans le monde : Singapour, New-York, Londres, Bombay…), et par ailleurs j’ai toujours ma société basée aux Pays-Bas, et je collabore toujours avec l’Ukraine qui fabrique les produits. Je travaille dans le milieu de la mode parce que j’aime faire des vêtements mais je ne perds pas de vue le message qui tourne autour des droits de l’homme et de l’environnement. Ce qui m’intéresse c’est de mettre en pratique mes idées dans ce domaine. Un jour je ferai peut-être des meubles en papier mâché !

Trois Quatorze – Tu as quitté la France, il y a huit ans, aujourd’hui te sens-tu plutôt apatride, nomade, citoyenne du monde…. ?

Katell – Un peu de tout cela. Et même si en France on me prend pour une étrangère, disons que je suis une citoyenne du monde d’origine française. Je sais d’où je viens. Maintenant, c’est vrai que je bouge beaucoup, et que je me sens chez moi un peu partout : je fais des salons, des défilés, à Paris, à Barcelone, à Prague…

Trois Quatorze – Quel lien entre ce style de vie et ton année à l’étranger avec PIE ?

Le lien est évident : cette année a tout initié. Attention, partir comme je l’ai fait, je veux dire avec PIE, c’est loin d’être toujours évident. Quelque part, c’est une épreuve. Et en revenant à la question : « Est-ce que vous le referiez ? », je crois que j’aurais répondu : « non ». Mais maintenant, à tous les jeunes, et surtout à ceux qui sont en recherche de quelque chose, je dis : « Va, va , à l’étranger ! » c’est une garantie d’ouverture. À notre retour on a l’impression que l’on peut tout faire, on est débarrassé de cette peur qui tend à figer les gens. On ne craint plus rien, on a l’impression que le monde est à nos pieds, au sens où on l’a apprivoisé. Une expérience pareille nous nettoie d’un certain conditionnement (peur de l’autre, etc.), fait tomber les barrières. Je ressens ça dans les témoignages de tous ceux qui sont partis.

Trois Quatorze – Que retiens-tu des Etats-Unis plus particulièrement ?

Katell –Voilà un bon exemple. J’avais beaucoup d’a priori sur les USA. Ce n’était pas vraiment le pays où je voulais me rendre – je prenais plus ça comme un passage obligé. Je pensais que je n’aimerais pas. Et finalement j’ai aimé, et j’en suis revenue très changée. J’ai découvert un peuple optimiste, efficace, entreprenant (le rapport au travail par exemple est très différent dans le monde anglo-saxon). « Everything is possible», voilà qui résume l’Amérique. Quand on a ça en soi, c’est plus facile. Et puis c’est vrai qu’aujourd’hui, je vis avec un Américain !

Article paru dans le journal Trois-Quatorze n°40