Vous êtes ici: Home > Trois Quatorze >  Témoignages > Effets collatéraux

Effets collatéraux

Après mon année de troisième, je suis partie pour dix mois à San Francisco. C’était en 2011. J’ai vécu une aventure inoubliable: mon lycée était un rêve, mes profs étaient des personnes adorables, mes amis étaient les meilleurs, et ma famille d’accueil, au fil des jours, m’est devenue indispensable. Ajoutez à cela une équipe de volley magique et une équipe de natation complètement «tarée». Ajoutez encore: le soleil californien, la veste d’hiver au placard, les tongues toute l’année, la crème solaire pour aller en cours!
Cette aventure fut une véritable réussite, mais tout à l’époque était confus pour moi… et aujourd’hui, dans ma tête, c’est toujours un peu le bazar. Je m’explique: là-bas, j’ai passé la moitié de l’année à me sentir mal parce que je me sentais bien. Je me sentais mal par rapport à ma famille et mes amis en France, parce que je n’étais  pas «homesick», parce que j’adorais mon «US family» et ma vie tout court. J’avais en quelque sorte l’impression de tromper les miens. J’ai passé la seconde moitié de l’année à décompter les jours qui me séparaient du retour, un peu plus triste à chaque fois que leur nombre décroissait.
Le 16 mai, mes parents sont arrivés à l’aéroport de San Francisco, je suis allée les chercher avec mon «US Dad», j’ai pleuré toute les larmes de mon corps sur la route: je ne voulais pas que ma vie américaine se termine, mais j’avais en même temps hâte de les retrouver: la confusion totale. Ma sœur a descendu les escaliers la première. Elle avait grandi de quinze centimètres, s’était fait poser des bagues et avait coupé ses cheveux: le choc! Mes parents la suivaient. Ils m’ont serrée dans leurs bras, ont pleuré pendant dix  minutes, m’ont dit que j’étais belle, qu’ils étaient fiers de moi. Ils ont passé quatre jours dans mon «US House».
Je n’avais pas prévenu mes amis de ma date de retour, et j’ai donc pu les surprendre chacun à leur tour. J’ai retrouvé mes grands-parents. Et le garçon dont j’étais totalement amoureuse avant de partir et qui avait réalisé entre-temps que je lui plaisais aussi, m’attendait. Tout pour être heureuse me direz-vous?
Et bien oui… en théorie!
Quand vous revenez, les gens ne comprennent pas ce que vous avez vécu. Ils imaginent que pendant un an, vous pleuriez tous les soirs dans votre lit ; ils imaginent que vous n’aviez qu’une hâte, celle de retrouver votre chambre, votre lit. Ils ne s’imaginent pas que vous avez créé une nouvelle vie. Ils ne savent pas ce que vous ressentez. J’ai retrouvé ma chambre… Ah, ça oui! J’ai essayé sans succès de déplacer les meubles pour reconstruire mon espace; je n’ai toujours rien raccroché aux murs: j’ai du mal en fait à me sentir à nouveau chez moi. Ma famille: je l’adore, mais j’ai beaucoup de mal à passer beaucoup de temps avec eux ; j’ai besoin parfois de me retrouver seule. Mes amis: et bien j’ai fait le tri. Celle que j’appelais «ma meilleure amie» n’a pas supporté que je la laisse «seule en France»… elle ne m’adresse même plus la parole… et le garçon qui m’a attendue, prend soin de moi et me fait sourire tous les jours.
Voilà neuf mois que je suis rentrée. Et il ne se passe pas une journée sans que je me dise : «Il y a un an, à cette période, je faisais ça ou ça», et pas une fois je ne regarde l’heure sans  calculer: «17 heures moins 9 heures, ça fait 8 heures à San Francisco… Là-bas, ils doivent faire ceci ou cela». Je me dis souvent : «J’aimerais bien manger tel plat dans tel restaurant. Je voudrais le faire tout de suite… repartir… maintenant.» Mes habitudes, mes amis et ma «family» me manquent. J’économise centime après centime pour retourner là-bas.
Au retour, vous avez d’incroyables opportunités. Je suis maintenant interne au lycée international de Lyon où je parle anglais toute la journée et où je m’apprête à passer un Bac, option international. Je parle avec des gens de toutes les nationalités, dans le train ou en ville, et je pars en voyage, à Londres, le plus souvent possible. Aujourd’hui, ma plus grande fierté c’est d’être bilingue.
Il faut partir. Ce que l’on vit à l’étranger est improbable, extraordinaire, inoubliable. Le seul point négatif dans cette histoire c’est qu’au retour, on est un peu «Homesick». Après une telle année, «We miss people and people miss us!»

ASTRID
Une année aux États-Unis en 2011