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L’arrachement

Image : les « Au revoir » de parents à leur fille, lors du stage d’orientation de PIE, à Paris

Stage d'orientation pour les participants PIE Départ — Au revoir pour une annéeUne mère laisse son « trésor » de 16 ans partir loin et longtemps. Une histoire d’amour, de confiance, et d’arrachement aussi.

Mère d’Anna (Arapahoe, Nebraska)
Programme scolaire 2×6 (USA-Argentine)

À vous parents, je voulais  témoigner sans faux semblant de ce que je vis depuis ce jour de novembre 2014, où ma fille unique, en classe de seconde, m’a demandé de partir un an à l’étranger. Elle était très déterminée : elle partirait six mois aux USA et six mois en Argentine. À ma première question: «Pourquoi ces deux destinations?», elle m’a simplement répondu : «Pour être bilingue, comme ça, ce sera fait, et comme ça, en rentrant je me consacrerai aux maths et à la physique.»

Ah ! si seulement cela était aussi simple…

Il n’y a pas eu un jour, entre novembre et janvier (date de l’envoi du dossier) où le sujet n’a pas été évoqué. On était désormais quatre à la maison : Anna, mon mari, moi… et PIE. J’avoue avoir eu, tout de suite, un sentiment de fierté à l’idée que ma fille de quinze ans se sente capable de se lancer dans une telle aventure. Son père en revanche a eu besoin de temps, et Anna a dû faire preuve de détermination pour le convaincre.

« Comment peut-on envoyer son enfant, si jeune, aussi loin ? »

Il y a eu plusieurs étapes. Après l’acceptation du dossier d’Anna par PIE, il y a eu l’annonce du projet et du futur départ à la famille et aux amis. Les réactions ont été diverses, mais l’incompréhension a été souvent de mise. Les questions n’étaient pas toutes aussi directes, mais toutes voulaient dire la même chose : «Comment peut-on envoyer son enfant, si jeune, aussi loin ? avec tout ce qui se passe dans le monde !»

« Je me doutais déjà qu’elle était prête, mais, ce jour-là, en observant son attitude, j’en ai eu la certitude. »

Et puis, la fin avril est venue… Un soir, à table, le portable d’Anna a sonné, et là —je me souviendrai toujours de son regard— ma fille s’est levée ; elle nous a dit : «C’est Pascale, de PIE, qui appelle » (pascale est notre correspondante locale), et puis elle s’est éloignée dans une autre pièce… pour vivre ce moment et cette conversation, seule. Je me doutais déjà qu’elle était prête, mais, ce jour-là, en observant son attitude, j’en ai eu la certitude. Elle est revenue vers nous très émue pour nous annoncer qu’une famille américaine l’avait choisie. Le soir même, elle leur envoyait un mail.

C’était vraiment concret, Anna allait partir, elle avait une famille. Ensuite, il y a eu le stage d’intégration. C’était en mai : un grand moment ! Nous avons retrouvé notre fille qui faisait partie d’un clan : «Les Opossums Écarlates». Une solidarité est née, un compte de groupe privé sur Facebook a été constitué. Elle nous a parlé du «parler-vrai», de ce qui s’est dit. Les témoignages d’anciens du programme sur les difficultés rencontrées l’ont mise face à la réalité. Juin, juillet et début août ont été festifs et émouvants, car il y a eu les «Au revoir» aux copains du lycée, à ceux de l’équitation, à la famille.

C’est cette période qui a été le plus difficile pour moi. On me décrit comme une femme positive et fonceuse, et pourtant des sensations physiques bizarres sont apparues, telle une impression d’oppression au niveau de la cage thoracique. Aux «Bonjours, comment ça va?», j’avais une folle envie de crie r: «Non, ça ne va pas.» Et puis, il y a eu ces sanglots, au volant de ma voiture… Qu’est-ce que mon corps voulait me dire?

Cela a duré jusqu’au 17 août, 8 heures.

« Ah non, papa, pas toi ! »

À l’aéroport Charles de Gaulle, on s’est pris dans les bras tous les trois (Anna, son père et moi). Moi, je me suis contenue, j’ai fait la forte… mais, c’est Nicolas qui a explosé en sanglots. Et là, j’ai entendu une petite voix toute gentille qui a dit : «Ah non, papa, pas toi», et l’on a pleuré tous les trois, tout en riant de se voir comme ça.

En quittant l’aéroport, j’ai tout de suite ressenti un soulagement, comme si l’on m’avait ôté un poids sur le cœur. En fait, j’avais vécu un deuil. Je l’ai compris quelques jours plus tard : j’avais fait le deuil de l’enfance de mon BB. Mon corps faisait part à ma tête — ma tête de maman (dite «moderne»), de la souffrance de laisser partir, loin, ce qui lui est le plus cher : son enfant.

« Les voies de la facilité nous font vite oublier que c’est face à la difficulté que nous pouvons réellement progresser et grandir. »

Je suis fière d’avoir été suffisamment forte pour la laisser partir, car je sais au plus profond de moi que les voies de la facilité nous font vite oublier que c’est face à la difficulté que nous pouvons réellement progresser et, par conséquent, grandir. J’ai toujours su que ma fille avait (et a) la force nécessaire pour aborder cette séparation d’une façon positive. Si vous aussi, vous le sentez, et que vous pouvez financièrement donner à votre enfant cette opportunité d’élargir son champ de vision, faites-le !

Voilà bientôt trois mois aujourd’hui que ma jolie princesse est partie… Elle a fait le bilan de son premier mois qui a été publié sur Trois Quatorze: l’impression du mois d’octobre : «Le temps d’apprendre». Ce qui me manque le plus ? De la prendre dans mes bras et de sentir son odeur, mais je sais qu’elle vit cette expérience pleinement et cela m’apaise.Je profite de ce petit témoignage pour souligner l’importance du rôle du délégué de PIE. Merci Pascale (Ponchel) pour ton soutien et ta chaleur humaine. Et, bien sûr, merci à l’ensemble de l’équipe de Paris et d’Aix de nous dire les choses telles qu’elles sont. Et puis, merci à la famille Stephens d’accueillir bénévolement mon bijou et d’en prendre soin. Pour finir, merci à toi, ma chérie, d’être ce que tu es, et n’oublies pas : «Le chemin se fait en marchant.»