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Le conte de la gamine

Magali, Hagerstown, Maryland
Un an aux USA

C’est du Brésil que je vous écris, depuis une petite maison d’étudiants internationaux. Autour de moi, ça discute, ça se dispute même, au sujet de l’anarchisme… y’a du soleil, de la joie, des vagues à quelques pas… et du vent qui fait voler mes feuilles de cours. Et je pense à vous, PIE…. Alors parlons-en. Je veux dire… parlons de moi ! Il y a cinq ans…
Il était une fois une jeune gamine qui s’ennuyait au lycée et qui rêvait d’aventure. Un jour, à l’heure du Nutella, du billard, des discussions entre amis, du poker — où les morceaux de sucre font office de mises et de jetons… — la gamine ose s’approcher de deux personnes qui sont en train de faire la publicité pour un organisme qui propose de vivre une année de folie dans un pays étranger. Quelques clics sur internet et elle découvre une autre association : PIE. Les photos lui plaisent, les histoires la font rêver. Elle en parle à ses parents qui, à sa grande surprise, acquiescent ! Puis c’est une longue attente — un suspense insoutenable et une imagination qui déborde — et puis, c’est l’heure du placement…
Et voilà comment notre gamine se retrouve un jour dans un avion en partance pour les USA.
À partir de là, et pendant une année, la vie de la gamine commença à se remplir. À partir de ce moment là, il y eut… Le sandwich fromage/jambon pour le repas de Noël — pendant qu’en France, sa chère famille se réunissait autour d’huîtres, de foie gras, de saumon, de dinde, de champagne, de bûche et de chocolats… Les sept chiens de sa maison d’accueil : de beaux épagneuls bretons pure race et roux, courant chaque matin dans les couloirs pour rejoindre la chambre de Madame, en glissant dans chaque virage… Ce canard découvrant un beau matin qu’il avait des ailes et une capacité certaine à voler. Alors il décolla et survola le grand champ des millions de fois, s’en s’arrêter… La sieste sur le toit de la maison de Nancy, la « grand-mère » d’accueil. Il fallait bien ramasser les feuilles tombées des immenses arbres de son jardin. Il fallait bien s’arrêter de temps en temps pour profiter de cette vue imprenable — sur un joli quartier américain aux couleurs d’automne… Le lycée, les amis, les joueuses de volley, et ceux de foot et de soccer tous adulés, et les « Pom Pom girls » que personne ne supportait… Les fêtes interdites et les beaux mecs des cours de muscu… Chicago, New-York, Washington DC, Phoenix, le Grand Canyon… Le prof de « Psychology » et son fameux café… La température à l’intérieur du lycée qui dépassait les 30 degrés — quand il ne faisait pas zéro degré dehors —, et la voiture jaune de Tory, la sœur américaine… Les reines, les rois, les bals, les robes, les photos, les « après soirées », les voitures décorées — voire métamorphosées — pour fêter le retour des joueurs de foot de la « High School »…  Tous ces moments de solitude liés à un anglais défaillant  — « A spoon ? » Mon Dieu : « What is a “spoon” ? » … Les visites chez le grand frère, les parties de poker et les fêtes universitaires en plein campus… La fusillade  à Virginia Tech, là où étudiait le frère américain, et la peur qui s’ensuivit… Les dimanches matin au Mac’ Do ou au centre commercial, ou au golf, ou dans le parc voisin, sur le kayak, au beau milieu du lac … Ces rassemblements de vieilles voitures américaines, superbement conservées, et décorées parfois de façon si loufoque … Toute cette joie : la joie de vivre, de sourire, la joie des embrassades, des danses, des fêtes et des partages… Et tant d’autres choses.
En revenant, la gamine n’était plus la même. Elle n’avançait plus de la même manière. Elle n’allait plus au même endroit : elle avait pris une autre direction. Elle avait grandi, elle avait découvert le monde, elle s’était ouverte, elle avait quitté ses préjugés, elle avait beaucoup appris sur elle, avait repoussé ses limites, et s’en trouvait heureuse, très heureuse !
J’ai mis cinq ans pour vous écrire cette lettre. Je ne savais pas comment faire avant. Je pensais que je finirais par oublier ce voyage — que j’avais fait si jeune et qui pèserait si peu sur mon futur — mais plus j’avance, plus je pense que cette année a été — et restera, pour encore très longtemps je pense — la plus importante de ma vie. Rien ne s’oublie. Là-bas, pour moi, tout fut nouveau : la famille, les habitudes, la manière de vivre.
Partir c’est simplement être prêt au changement. Même si, sur le moment, tout n’est pas très agréable, il faut savoir tout attraper. Le sandwich le 25 décembre, plutôt que de le rejeter, il faut savoir en rire et l’apprécier. Partir, ce n’est pas faire une pause, c’est vivre plus intensément.
Au départ on angoisse, on a peur que ce soit trop long. Mais quand la fin du voyage arrive, l’année passée vous paraît si courte, si courte !
Aujourd’hui, j’étudie les langues, je suis au Brésil pour un an, j’accueille des étrangers et sers de guide volontaire (via « Couchsurfing ») dans toutes les villes où je réside, je parle anglais tous les jours. Je voyage, je voyage, et rêve de prochains voyages ! Et je sais que tout cela ne serait jamais arrivé sans PIE.
Je m’appelle Magali. J’ai vécu à Hagerstown, Maryland. J’allais à Boonsboro High School (Go Warriors !). C’était en 2006-2007. Notre emblème c’était « Les kiwis » — Mais au fond de moi je suis un « Phoque », car je sais parfaitement que le jour du choix (NDLR : le jour du stage de préparation, le choix de l’animal de promo se fait à l’applaudimètre / « criomètre »)… les phoques ont crié plus fort… Ça j’en ai la certitude !