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My way

Afin de rendre au mieux compte de la réalité, j’ai conservé les noms exacts des protagonistes et j’ai rendu compte des événements tels qu’ils se sont réellement produits.
5 h 30. Fin d’une belle journée ensoleillée sur Corona. Comme d’habitude. Marty vient de rentrer du bureau ; il a garé sa petite BMW-sport dans le garage en pressant comme d’habitude sur le petit bouton de la télécommande de la porte automatique, saluant au passage les voisins qui, comme lui, rentrent du travail. Tout le monde se connait, ici, le voisinage est comme une grande famille. C’est l’heure du dîner : après le Benedicite, on engage la conversation, on rit, on parle de tout et de rien. Comme d’habitude. Mary Lou se félicite d’avoir choisi un dessert — un pudding — qui fasse 100 calories de moins que le mien — un yoplait.Le téléphone sonne. Les voisins nous informent que le courrier de toute la rue a été volé. C’est bon, c’est parti : Mary Lou s’enflamme comme si c’était l’apocalypse — comme d’habitude — : « Je suis sûre que c’est le fils des voisins. Il les enchaîne, le sale gosse ! »
9 h 30. Marty et moi finissons notre 4ème partie de billard, avec la musique à fond ! Mary Lou est à sa réunion de « tip ». Elle aime bien tout ce qui est judiciaire. Mais attention, ça ne rigole pas : de « vraies » histoires — elle est bénévole pour tout ce qui touche à la violence conjugale ou au suicide. Ça lui plait. J’ai vraiment progressé au billard. On descend dans le salon, Mary Lou rentre et, une minute plus tard, d’un seul coup Marty se met à se tordre de douleur. Ça vient du coeur ! Mary Lou panique : il a déjà eu des problèmes cardiaques qui lui ont valu quelques séjours à l’hôpital. Je commence un peu à stresser, moi aussi. L’ambulance arrive en quelques minutes, tout va très vite. Il y a là une dizaine d’hommes qui lui rentrent des tuyaux, lui posent des questions, le mettent sous respiration artificielle, puis l’emmènent. Je reste à la maison. Judy, la voisine d’en face, débarque pour voir si tout est OK. Horreur ! Mais qu’est-ce qu’elle a ? Son visage est tout marron et tout bizarre, je la reconnais à peine. « Ne t’inquiète pas, me dit-elle, je viens juste de faire un peu de chirurgie ! »
6 h 00 du matin. Je descends prendre mon petit-déjeuner. Mary Lou et Marty sont rentrés pendant la nuit. Tout va bien, ce n’était pas une attaque, simplement une grosse crampe. Et moi qui ai stressé toute la nuit ! Mary Lou vient prendre son petit-déj avec nous. Et c’est parti : « T’as vu Judy ?! No wonder why she looks so young in her sixties ! » Elle me raconte comment toutes ses copines ont recours à la chirurgie esthétique, elle m’apprend qu’elles payent jusqu’à 60 000 $ pour un face-lift et que tout le monde fait comme ça en Southern California. Elle me dit qu’elle doit être est « la seule dans tout Corona à ne rien faire. » Et bientôt je me retrouve là, à convaincre ma mère d’accueil que : « Non, [elle] ne deviendra pas un monstre tout frippé »… Quinze minutes plus tard, Kimberly, la jolie voisine d’à côté, — fausse blonde à la poitrine bien rebondie, la quarantaine, trois jolies petites filles blondes, — Kimberly donc — qui sourit tout le temps et qui se balade dans son 4 x 4 noir, archi surélevé — vient voir si tout va bien. En refermant la porte, Mary Lou me dit en chuchotant : « Elle aussi, elle a fait un bon tour à la clinique, l’année dernière ! »
Voilà quelques petits moments californiens bien clichés… Mais pas d’inquiétudes, ce n’est pas comme ça tous les jours.
Trois mois après, je file en Russie. Et là, j’ai l’impression de revivre la guerre froide. Je passe, d’un coup d’un seul, des bleus aux rouges, des States à la Russie, du Sud de la Californie aux quartiers périphériques de Moscou, de + 35°C à – 15°C, d’une copie conforme de Wisteria Lane (et de ses habitants !) au treizième étage d’un immeuble que l’on qualifierait aisément de HLM, de « Starbucks » à « Soupe de coeurs de poulets avec bâtonnets de graisse de porc », d’une école de 4200 élèves à une de 300, de première de la classe à dernière de la classe, du « Homecoming » au « Lac des Cygnes », des innocentes courses de Cross Country en « Physical Education » au tir à la carabine, du pays le plus réglementé de toute la planète au plus bordélique et corrompu qui soit… Wow ! On appelle ça le choc culturel. En tant que représentante du camp de la neutralité et supporter de l’ouverture, il m’a fallu combattre d’un côté et de l’autre les préjugés (que voulez-vous, la réalité c’est que les Américains ne sont pas tous des écervelés, et que les Russes ne mangent pas tous du pain sec et de la vodka — quoique… !). Pour autant, je n’ai eu à faire face à aucun conflit majeur ou affrontement réel (si c’est une guerre, c’est donc bien d’une guerre froide dont il s’agit !).
Dans les deux cas — ça doit être ça la mondialisation —, j’ai rencontré des gens plus cool et géniaux les uns que les autres ; j’ai, chaque matin, sauté du lit sans me faire prier, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. Je me suis bien accrochée. Il faut dire que j’étais bien préparée à accepter la nouveauté, et surtout archi-motivée. Tout s’est donc passé « comme sur des roulettes » !
Alors, avis à ceux qui prendront la suite des invincibles « poulpes noirs » (NDLR – promo Pie 2008) et à tous les autres : n’écoutez pas tous les vieux qui vous parlent de choc psychologique et tout le tralala : si vous en avez la possibilité, faites 2 x 6 !

California & Moscoubr>« 2 x 6 » USA-Russie