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L’impression du mois

PLUS VITE QUE LE TEMPS
Anaïs, Rochester, Michigan
Un an aux USA

Bonjour trois quatorze! J’aimerais partager mon aventure —une aventure pas comme les autres— avec tous ceux qui se battent pour partir, avec tous ceux qui attendent un petit rayon de soleil, avec tous ceux qui auraient la tentation d’abandonner.
Partir aux États-Unis m’a toujours fait rêver. Depuis toute petite, je voulais élever des chevaux dans le Montana, devenir une star à Los Angeles, partir à New York, découvrir le Far West et ses légendes. Quand ma cousine Aurélie est partie dans l’Indiana  —promo «Grenouilles Blanches»— cela a renforcé mon désir. Quand j’ai su ça, je me suis dit que moi aussi, je partirais… après mon Bac… aux USA.

Ma mère était très favorable à cette idée. Seulement voilà, il y avait un problème, le seul point noir dans mon aventure : c’était mon père ! Mes parents sont divorcés et mon père a toujours été plus sévère, moins compréhensif… et borné. Quand est venu le moment de lui présenter mon projet, il l’a tout simplement rejeté. Moi, j’avais déjà appelé PIE, j’étais tout excitée, j’avais commencé à faire des recherches sur les grands  événements historiques américains… J’attendais juste la confirmation de mon inscription. Et tout cela est parti en fumée au moment où j’ai entendu le «Non» — un «Non définitif» — de mon père. J’étais tellement déprimée! Et pourtant, j’ai continué à lire les témoignages des autres PIE, histoire de rêver encore un peu. Puis ma représentante PIE m’a appelée, surprise de ne plus avoir de mes nouvelles, et je lui ai expliqué le problème. Elle en était désolée. Elle m’a dit qu’elle allait essayer de trouver une solution.

Le temps a passé. Ma mère essayait de convaincre mon père, qui ne voulait rien entendre: ni mes pleurs, ni ses explications! Et puis un jour, PIE a rappelé: ils avaient une solution. Une solution qui provoquerait de sacrés dégâts! Nous pouvions ma mère et moi faire une requête au juge aux affaires familiales. On était certaines d’obtenir son accord: je pourrais donc partir! Ma mère était complètement pour, tandis que moi, je stressais. Je ne savais plus où j’en étais. Comment dire ça à mon père… Il fallait l’affronter. Il allait me tuer! Ma mère, un soir, l’a appelé en lui disant que c’était sa dernière chance… qu’elle ne le laisserait pas briser mes rêves. Elle lui a répété ce que PIE lui avait expliqué relativement au juge. La réponse de mon père fut violente et insultante! Quand est venu le temps pour moi d’aller chez mon père — car je vivais en garde alternée — il m’a posé un ultimatum, très simple: «Tu as deux options: soit tu décides de faire cette requête avec ta mère, et tu n’as plus de père — Je ne voudrai plus de toi, a-t-il ajouté, tu disparaîtras de ma vie — soit tu renonces et tu gardes ton père.» Devoir choisir entre son avenir et son père est quelque chose dont je me serais volontiers passé. Le reste de la semaine, les amis de mon père ont défilé à la maison me disant que «j’étais un monstre», que «je voulais jeter mon père au tribunal». Ma belle-mère, elle, m’a dit que je n’étais qu’une égoïste. Rappelons ici, qu’une requête judiciaire n’est en rien un procès. Les parents sont simplement entendus dans un bureau avec un juge; il n’y a même pas d’avocat. J’étais à deux doigts de devenir folle!

Un soir, je suis montée dans la chambre de mon père pour lui dire que je voulais retourner chez ma mère pour réfléchir. Il m’a demandé une réponse immédiate, alors, j’ai mobilisé toutes les forces que je possédais pour sortir la phrase qui a changé ma vie: «Papa, je pars aux États-Unis.»
J’ai donc dû quitter la maison. Je n’y ai jamais remis les pieds. Deux mois plus tard, je suis allée au tribunal avec ma mère. Mon père était là. Je suis allée lui dire «bonjour». Je n’ai pas  obtenu de réponse. Je n’ai pas été acceptée dans le bureau du juge. Ces vingt minutes pendant lesquelles ils ont parlé de moi ont été les plus longues de ma vie. J’étais sur un banc, mon coeur battait à mille à l’heure… et puis  j’ai aperçu mon père filant comme une flèche à l’extérieur du bâtiment. Puis ma mère est venue et m’a dit que le juge avait l’air plutôt positif pour mon départ, qu’il avait essayé de faire comprendre à mon père l’intérêt d’un tel projet.

S’ensuivit un long mois d’attente, pendant lequel j’ai mis en place mon dossier PIE. Le 15 mars, j’ai reçu une lettre positive du juge. Ma mère était en pleurs, moi également. Nous avions gagné : je tenais mon rêve à portée de mains. Les mois se sont accélérés. Il y a eu un stage fabuleux où j’ai rencontré des gens extraordinaires, j’ai obtenu mon Bac S avec mention… je suis partie à Paris, à Londres…

L’été avançait. Toujours pas de nouvelles de mon placement — PIE, l’an dernier, a eu beaucoup de problèmes avec les placements, beaucoup trop de jeunes n’avaient pas de famille. J’étais stressée ! Tous les jours, je me disais: «C’est pas possible, pas après tout ça!» En plus, j’avais eu un très bon résultat au test d’anglais et ma représentante en Haute-Savoie m’avait dit que mon dossier était excellent. Les jours passaient : toujours rien… Je pleurais tous les jours, je faisais des cauchemars où mon père se moquait de moi…
Le 23 août 2011 à 11h, j’ai entendu ma mère crier : elle demandait à mes frères et soeurs d’aller me chercher. Je suis descendue en courant dans le salon… Ma mère toujours au téléphone était en train de parler du Michigan. Elle m’a tendu le téléphone: elle pleurait tellement qu’elle ne pouvait plus parler ! J’ai pris la communication: c’était Maya, la directrice des programmes, qui m’annonçait qu’ils avaient mon placement! Famille Landers, Rochester — Michigan, au Nord de Détroit. Trois filles, deux fils, deux chiens, un jardin immense, un lycée récent à 5 minutes de la maison. «Oh, mon dieu!» je suis en pleurs moi aussi! C’est trop beau! Rochester … le mot résonne dans mon coeur… Rochester… ça y est, j’y suis… Rochester… sourire aux lèvres…. Rochester… le soleil qui pulse dans mes veines!

Le premier mois de mon aventure a été dur, plus dur que je ne l’aurais pensé, mais mon extraordinaire famille d’accueil m’a aidée à tout surmonter. Aujourd’hui, je vous écris avec un grand sourire aux lèvres. Tout se passe bien. J’ai des amis, un petit ami américain —parfait— je vais peut-être entrer dans l’équipe de Lacrosse de mon lycée… Je vais bientôt aller à «Disney World et Harry Potter World» : je suis plus qu’heureuse!
J’essaye de courir plus vite que le Temps, mais le Temps s’enfuit!

Déjà cinq mois ici… J’ai l’impression qu’une vie s’est écoulée tant j’ai appris et découvert. D’un autre côté, j’ai l’impression d’être arrivée hier! Je dédicace mon petit texte à tous ceux que j’ai rencontrés et qui m’ont fait pousser des ailes… à tous ceux qui m’ont aidée à m’envoler.»
Je remercie avant tout ma mère. Sans elle, je ne serais rien! Ma famille —mon beau-père, mon papi, ma mémé, mes frères et soeurs, mon parrain et ma marraine— et Béa, et Franceline…, et mes amis, et PIE —Mme Cardon et Mme Quartini en particulier— et ma famille d’accueil… et ma bonne étoile!
Ne perdons jamais espoir!