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(Re)naître

Anonyme
24 août: «Debout, c’est le grand jour.» Voilà comment l’animateur nous a réveillés. Et c’est vrai que c’était le grand jour. C’était vraiment grandiose. Je me revois dans le minibus qui nous conduisait à l’aéroport. Une émotion commune nous habitait. Je ne pense pas qu’on puisse ressentir ça une autre fois, c’était simplement unique. Tout est passé si vite, et pourtant, sur le moment je me disais que le temps n’en finissait pas de traîner. Je riais avec les autres. Parfois surgissaient quelques questions existentielles, du style: «Mais, qu’est-ce que je fous là ?» Pour ne pas trop penser à tout ça, j’ai fait comme on fait dans ces cas-là, je me suis raccrochée à un petit problème matériel: je me suis inquiétée pour ma valise. C’est pas toujours possible de comprendre à chaud ce qui nous arrive.
En arrivant à l’aéroport, on s’est séparés: «Bon voyage, écris-moi» Je n’ai pas pleuré, j’étais trop heureuse pour ça. Terminal F, enregistrement des bagages, dernier baiser à mon amoureux, dernier regard, derniers mots, derniers conseils de l’animateur, dernier tout. Et puis soudain, plus rien, je me retrouve seule dans la salle d’embarquement perdue entre mon passé et mon avenir. Ma vie d’avant s’est mise à danser sous mes yeux, je l’ai regardée, je l’ai bercée pour qu’elle s’endorme, je l’ai prise au creux de ma main puis j’ai soufflé dessus pour qu’elle s’envole. Autour de moi tout le monde était triste, triste à mourir, et moi, pour la première fois de ma vie, j’étais satisfaite de ma condition. À l’arrivée, tout a tout de suite été franchement moins drôle : accueil glacial par mon père d’accueil, trajet sombre (je me souviens m’être endormie puis réveillée en sursaut ne sachant plus où j’étais). Les premiers jours ont été très durs. On m’avait prévenue.
De toute façon, même si on m’avait dit à quel point ce serait rude, je serai partie quand même. Aujourd’hui, c’est presque aussi dur, mais pour rien au monde je ne voudrais rentrer. En un mois, j’ai l’impression d’avoir déjà mûri et évolué et, surtout, je n’ai plus cette nausée de la vie, ce dégoût de tout qui m’habitait jusque-là. C’est la vie tout court qui commence. Je réalise la chance que j’ai.