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Vivre ou survivre

J’ai eu peur, un peu. J’ai pleuré, parfois. J’ai ri souvent.
J’ai vécu tout le temps.
La fin du chemin se profile. Je ferme les yeux et j’imagine mon retour. Je les vois tous qui m’attendent à l’aéroport ; je les sens qui me serrent fort ; leur bonheur envahit mes rêves : il devient mien.
Et pourtant, quitter tout ça me fend le coeur. Quand j’arriverai en France, il y aura ceux qui comprendront ma douleur, ceux qui feront semblant de comprendre et ceux qui ne comprendront pas — ceux là sont les pires — Mais je ne leur voudrai pas, car, après tout, ils n’auront jamais eu la chance de voir et de connaître ce que j’ai connu et vu : les champs de maïs caressés par un soleil rouge orangé, les moulins à vent dessinant des ombres noires dans un ciel trop rouge, les tournesols au garde-à-vous, les chiens de prairies envahissant les champs, au grand dam des fermiers, et les étoiles… surtout les étoiles. Tout ça fait partie de moi maintenant, tout ça m’appartient pour toujours.
Je ne pensais pas, moi, la Parisienne, vivre au milieu des vaches. Cela me paraissait impossible. Et pourtant j’ai survécu. Que dis-je : j’ai vécu. Je suis tombée amoureuse du Nebraska.
Comment expliquer cela aux miens ? Comment faire vivre ce que j’ai vécu à travers de banales photographies. C’est frustrant de ne pouvoir partager tout ça : les longues balades dans la voiture de Cecilia avec les fenêtres baissées, le vent qui souffle dans nos cheveux et la radio à fond. Et moi qui mange une glace au drugstore, en rêvant, en m’échappant dans une peinture de Norman Rockwell.
Avril est venu vite. Je dresse le bilan : j’ai appris à parler anglais… et j’ai appris mille fois plus que ça : j’ai appris un pays, et j’en ai tant appris sur moi ; j’ai survécu un an loin de ce qui m’était connu et cher. J’ai été métamorphosée par cette expérience. Au fond, je ne suis plus une gamine.
Aujourd’hui, je ne suis plus Française, et pour autant je ne suis pas Américaine. Je suis juste humaine. Profondément humaine. Et c’est bien suffisant.

Vanda, Eustis, Nebraska, Un an aux USA