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Ceux-là

Il y a ceux qui partent parce qu’ils en ont toujours eu envie, et ceux qui se sont laissés guider ;
Il y a ceux qui partent parce qu’on les a convaincus d’y aller et ceux qui se sont efforcés de convaincre les autres jusqu’à les faire plier –
Il y a ceux pour qui il n’était pas question de dire « non », et ceux qui se sont posés beaucoup de questions ;
Ceux qu’un parent a aiguillé, convaincu, poussé, et ceux qui ont agi ainsi parce qu’ainsi ils en ont décidé ;
Ceux pour qui le départ est vital, et ceux pour qui partir est préférable à rester –
Il y a ceux que ça démange, et ceux que ça tracasse –
Il y a ceux qui fuient la routine et le laisser-aller, et ceux qui vont simplement vers la nouveauté ;
Il y a ceux qui se disent : « Pourquoi pas moi ? », et ceux qui pensent : « Cette fois, c’est à moi » –
Il y a ceux qui partent pour faire plaisir à leurs parents, et ceux qui le font plutôt pour les apostropher ;
Il y a ceux qui suivent le chemin tracé par un copain ou un aîné, et ceux qui tracent une voie vierge ou méconnue –
Il y a ceux qui pensent sacrifier une année, et ceux qui pensent à la bonifier ;
Il y a ceux pour qui l’idée de partir un an est plutôt marrante, et ceux pour qui elle est presque angoissante ;
Il y a ceux qui partent mais qui dans le même temps voudraient aussi rester, et ceux qui n’ont d’autre désir que simplement d’y aller ;
Il y a ceux qui se décident sur un coup de tête et ceux qui ont mûri leur projet ;
Ceux qui ont entendu parler de PIE, il y a deux jours à peine, et ceux qui se sont renseignés, il y a sept ou huit ans, après qu’ils ont vu à la télévision un reportage sur un coin de terre qui les a fait rêver –
Il y a ceux qui partent sans jamais en parler et ceux qui sans cesse abordent le sujet ;
Il y a ceux que se moquent de ce qui se dit autour d’eux, et ceux que le doute habite et fait vaciller –
Il y a ceux pour qui partir est facile et ceux pour qui c’est plus compliqué ;
Il y a ceux pour qui le départ est un arrachement et ceux pour qui c’est une épine qu’ils s’ôtent du pied ;
Il y a ceux qui s’en vont en pensant, ici, tout laisser, et ceux qui, là-bas, espèrent tout trouver ;
Il y a ceux qui nous quittent en pleurant, presque en tout regrettant, et ceux qui le font en chantant, tout tranquille et décontracté –
Il y a ceux qui partent en rêvant aux possibles et aux probables, et ceux qui laissent venir, doucement, sans jamais rien imaginer ni préparer –

Et puis, il y a ceux qui ne partent pas.
Ceux qui ne savent pas qu’on peut oser.

Article paru dans le journal Trois-Quatorze n°40