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In Memoriam: Olivier, Maryse, Jean-Claude & Jackie

Olivier, Maryse, Jean-Claude & Jackie2002 restera marquée dans la mémoire de l’équipe de PIE comme une année sombre. Entre novembre et décembre derniers, l’association a perdu quatre de ses membres, et non des moindres : Olivier son président, Maryse déléguée régionale en Picardie, Jean-Claude et Jackie, qui venaient juste de quitter leur fonction de délégués régionaux en Midi-Pyrénées.
Maryse, Olivier, Jean-Claude et Jackie étaient, de par leur fonction, leur caractère, leur ancienneté aussi, quatre piliers de PIE. Trois Quatorze revient brièvement sur leur parcour au sein de l’association et sur la façon dont ils ont influé sur sa structure et modelé son image.

Maryse

Maryse est impressionnante : de volonté, de culot, de bonne humeur, de poésie. Elle fait face à tous les problèmes, elle a solution à tout. Si elle cherche quelque chose, elle remue ciel et terre tant qu’elle ne l’a pas trouvé – au point parfois de ne plus savoir ce qu’elle cherchait ou ce qui, au départ, la préoccupait.
Maryse est un peu brouillon : dans son bureau, au milieu de tous les dossiers et de tous les programmes, elle peut se perdre… Mais jamais elle ne perdra de vue l’essentiel : informer, placer un jeune, trouver une famille, proposer un recours, apporter de l’aide. Maryse est affable, bavarde, convaincante. Si un jeune entre dans son bureau pour s’informer sur les séjours d’une semaine à l’étranger, il ressort persuadé qu’il lui faut partir une année. Elle ne l’aura pas trompé, non – elle aura simplement vu juste, et agi pour son bien.
Maryse ne lâche pas, n’abandonne pas, elle va au bout des choses et des projets. Et elle apprend à tous les participants à faire de même. Nombreux sont ceux qui s’en souviennent et qui à leur retour l’en remercient.
Maryse est excessive. C’est une femme à records. Un seul exemple : en trente ans, elle a accueilli, chez elle, vingt quatre jeunes étrangers… pour toute une année ! Elle ne se rappelle plus des noms de tous ses hôtes mais ce dont on peut être sûr c’est qu’à chacun et à chacune elle a apporté quelque chose, et qu’à tous, elle a donné ce qu’elle était en mesure de donner. Elle est excessive jusque dans la générosité.
Maryse sait choisir, trancher et agir. Elle a le sens des priorités. Elle place au-dessus de tout l’amitié, la simplicité, l’efficacité. Elle va parfois trop vite, parle parfois trop fort ou trop directement : qu’importe ! La maladresse ne lui fait pas peur. Dans les réunions annuelles, elle prend soudain la parole – elle aime alors faire valoir son expérience, son ancienneté : 22 ans de délégation à PIE, 12 de direction à « Accueils internationaux » (avec Catherine, qui lui apporte sa maîtrise de l’anglais et un brin de rigueur supplémentaire), plus de 200 départs et autant d’accueils. Ses interventions réveillent l’assemblée, elles provoquent et amusent. Maryse ne s’en émeut guère. Il faut dire qu’elle a beaucoup d’humour et bien peu de quant à soi. Et puis elle sait qu’en cas de débordements, elle peut compter sur Michel, son mari, pour nuancer et pondérer d’un : « Mais Maryse, enfin ! »

Maryse est née le 29 février 1932 à Eu en Normandie. Elle s’est mariée en 1955, avec Michel Boyer – elle a eu trois enfants : Catherine, Frédéric et Olivier. Elle a intégré PIE en 1981 et créé Accueils Internationaux en 1989. Son association deviendra une référence en Picardie. Maryse est décédée à Amiens, le 12 novembre 2002, des suites d’un cancer.

Jackie & Jean-Claude

Ils ne sont jamais loin l’un de l’autre. Pour nous, ils sont même inséparables. Ils vivent l’aventure PIE groupés, Jackie aux avant-postes, Jean-Claude juste derrière, en soutien.
Quand un jeune ou un parent téléphone, c’est Jackie qui engage la partie. Elle répond à toutes les interrogations, n’esquive rien, n’oublie rien – même les questions que l’interlocuteur a omis de lui poser – elle détaille tout, elle passe l’ensemble des problèmes au crible, elle travaille le dossier au près. Jackie agit avec calme, lenteur et précision.
Si le jeune se décide à partir, c’est au tour de Jean-Claude de passer à l’action. Le jour du stage, il rassure les parents et les enfants. Il est présent sur toute la largeur du terrain. Il met les jeunes en mouvement, porte les valises, organise les déplacements, les voyages, les transferts – il mesure, il est tranchant – c’est un homme d’expertise.
Durant le séjour à l’étranger, il se peut qu’une explication soit nécessaire. C’est Jackie alors qui reprend la balle. Elle revient à la charge, toujours aussi calmement, avec une précision encore plus grande. Elle continue son travail sans manifester le moindre agacement, sans faire d’écart, sans jamais faire de fautes. Jackie est patiente, déterminée, utile. Elle a un jeu très « british », diablement efficace en somme.
Dans la vie de Jean-Claude et de Jackie, PIE compte énormément. L’association est leur équipe. C’est là qu’ils assouvissent leur passion pour le groupe, qu’ils mettent en avant leur sens du collectif. Sur le terrain des échanges, ils font fi de leurs qualités individuelles. Ils ne sont pas là pour briller, mais pour faire briller le groupe. Ils ne ratent jamais un match. Entre 1984 et 1999, ils sont présents à tous les stages, à toutes les réunions, à tous les événements. Ils sont dévoués et lucides. Respectueux de la tradition, mais ouverts aux changements, ils veillent à préserver l’esprit mais encouragent en permanence les évolutions. Ils accompagnent et soutiennent l’équipe dirigeante sur tous les terrains : développement des programmes, changements de partenaire, modifications d’échelle, modernisation des équipements…
En 2000, ils décident de raccrocher. Ils se disent trop vieux. Ils ne le sont pas – mais le haut niveau fatigue, et ils ont pris goût à l’indépendance et au(x) voyage(s) (en compagnie de leurs amis de toujours, Ariane et Jean-Louis). Pas question pour eux, pour autant, de laisser l’équipe en plan. Alors ils forment et entraînent Roselyne, Laurent et François, leurs successeurs désignés au poste. Deux ans après, les remplaçants sont opérationnels et deviennent, sous la protection de Jackie, des titulaires à part entière. En octobre, Jean-Claude & Jackie passent le témoin, l’esprit léger, mais ils quittent l’équipe, le cœur lourd.
Rien d’étonnant à cela : ils sont, tous deux et pour toujours, des équipiers parfaits.

Jean-Claude et Jackie sont nés respectivement le 14 janvier 1935 à Paris et le 9 avril 1937 dans l’Aveyron. Ils se sont mariés en 1957 et ont eu ensemble deux enfants : Isabelle et Véronique (qui deviendront participantes PIE dans le Michigan et l’état de Washington). Ils ont été délégués régionaux de Midi-Pyrénées et d’Aquitaine de 1984 à octobre 2002. Ils sont décédés le 7 décembre 2002, à Toulouse dans un accident de la circulation.

Olivier

Olivier est un ami. Avant tout. Avant d’être président. En 1988, quand il accepte la responsabilité qu’on lui propose, c’est autant par amitié que par conviction : il aime les enfants, les adolescents et sa complicité avec eux est évidente – il croit en l’action de PIE, il croit en la vertu des échanges internationaux. À son poste il va faire bénéficier l’association de ses compétences et de son expérience de directeur des ressources humaines. S’il accepte ce poste exposé, ce n’est certainement pas pour les honneurs. En 18 ans, il ne bénéficie en effet d’aucun avantage. Il s’impose comme un président exemplaire de par sa discrétion et son efficacité. Il ne joue pas au président – il l’est, tout simplement.
A l’image de tout le conseil, il répond présent quand on a besoin de son avis et de ses suggestions et participe aux prises de décisions majeures. Sa présidence est marquée par le souci permanent de se concentrer sur l’objet de l’association (l’éthique), de faire converger les énergies afin de bonifier les programmes. C’est en grande partie grâce à lui que l’association ne connaît pas de conflits de pouvoir et qu’elle évite de se perdre dans le piège du tout administratif. Vis-à-vis des salariés, Olivier agit avec équité, dans l’intérêt de chacun, mais en veillant toujours à préserver l’intérêt général. Il est et restera un symbole fort des valeurs de l’association.
Lors de la fête organisée pour les vingt ans de l’association, Olivier prend la parole. Ce jour-là, au lieu de parler de lui, de sa fonction, de son action, il présente les invités les plus jeunes – ceux qui ont entre 5 et 12 ans – et rappelle que c’est pour eux que l’association oeuvre et travaille.
Nous sommes fiers de l’avoir eu comme président… et comme ami.

Olivier Gallo est né le 23 septembre 57 à Paris. Il était marié à Véronique.
Il avait trois enfants : Anaïs (15 ans), Edgar (12 ans) et Agathe (7 ans). Il a été élu président de PIE en 1985. Il est décédé le 26 décembre 2002, à Poitiers, des suites d’un accident cérébral.

L’avenir.

En Aquitaine, Roselyne et Laurent Bénétreau ont pris la suite de Jackie et de Jean-Claude, et ce après avoir travaillé un bon moment à leurs côtés.
En Midi-Pyrénées, c’est François Groslambert, qui va assurer la succession. Il a lui aussi été « mis sur les rails » par Jean-Claude et Jackie.
En Picardie, Catherine Boyer a repris le flambeau (tenu jusque-là par sa mère). Elle va rebâtir la région à sa façon, car elle sait que le style de Maryse est inimitable.
En mai 2003, lors de l’assemblée générale de PIE, un nouveau président sera élu, il succédera à Olivier. En juillet, Anaïs – la fille d’Olivier – partira pour un séjour à l’étranger. Elle aura tout juste 15 ans.

Article paru dans le journal Trois-Quatorze n°37