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And now, cry butterfly !

par Luc Portugal, une année scolaire à l’étranger.

« Même un papillon, s’il n’ouvre pas ses ailes, ne peut s’envoler ! » Cette idée de partir m’est venue l’année dernière, alors que j’essayais de me trouver un futur dans le dico des métiers ! J’ai bien trouvé quelques idées, j’ai bien entr’aperçu quelques pistes, mais j’ai surtout réalisé que je ne me connaissais pas, que je ne savais pas qui j’étais. C’était plutôt dur à admettre, croyez-moi. Et puis, un miracle : dans un coin de la salle réservée aux métiers, j’ai trouvé un petit tas de brochures, j’ai jeté un oeil. J’ai commencé à regarder les photos, à lire un peu, pour m’amuser. Il était question de partir à l’étranger. J’ai eu envie d’en savoir un peu plus. Je suis allé sur Internet. J’ai commandé toutes les brochures possibles, histoire de rêver un peu avant de m’endormir. J’ai essayé d’être discret, j’ai gardé ça pour moi – c’est égoïste un rêve – mais quand, dans la semaine, est arrivée une bonne dizaine de brochures, ma famille a trouvé que c’était une drôle de coïncidence. La ficelle était un peu grosse. Ensuite, j’ai appris l’existence de Trois Quatorze, j’en ai commandé trois numéros sur le net. J’ai tout lu. C’était ma seule activité pendant le repas de midi, à en exaspérer mes amis. Pendant ce temps, les brochures continuaient à arriver à la maison. J’ai fini par avouer à ma mère que c’était moi qui les commandais. Je lui ai expliqué de quoi il s’agissait, et à ma grande surprise, elle m’a encouragé. C’est alors que j’ai commencé à entrevoir cette idée de départ à l’étranger comme autre chose qu’un rêve, qu’une brève échappatoire à ma vie ordinaire, qu’une pause pendant le repas de midi. À Noël, il s’est agi de convaincre mon père, qui doutait de l’utilité de mon projet. Sous le sapin, j’ai trouvé le livre : « Comment peut-on être Américain ? » ! Mais il s’est finalement laissé convaincre… et au sortir des vacances, j’ai envoyé mon dossier. Quelques semaines plus tard, j’ai passé l’entretien. Le soir même, j’avais encore plus envie de partir. En février, j’ai eu ma famille. J’ai commencé à me demander ce que je faisais en France, mais paradoxalement je suis devenu plus proche de ma famille et de mes amis. Après un été passé à dire « au revoir », après une grosse fête et quelques moments de stress (je me suis, par exemple, présenté au rendez-vous de l’ambassade sans mes papiers !)… est venue l’heure des adieux et des derniers regards à ma famille. Quatre heures à pleurer dans le train, et me voilà à Paris. Deux jours de stage merveilleux, de nouveaux adieux et de nouveaux pleurs, et me voilà parti, direction Norfolk, Nebraska. Dans l’avion, je me suis retrouvé à côté d’une femme imposante, avachie dans son siège, avalant des chips bruyamment en regardant la télévision. Je me suis dit : « Ouh la la ! » Et puis, j’ai atterri, et là, d’un coup d’un seul, j’ai réalisé que le nouveau « moi » était arrivé. L’ancien n’avait pas passé la frontière. Il était une heure du matin quand j’ai posé mes valises dans ma nouvelle maison, j’étais épuisé. Le lendemain, j’ai découvert ma nouvelle école. J’ai été accueilli à bras ouverts et avec le sourire. Dans mon premier cours (« Band » – « Fanfare ») quelqu’un m’a sauté dessus pour me souhaiter la bienvenue. Maintenant je suis parfaitement intégré. L’autre jour quand quelqu’un m’a dit : « Everybody likes “Frenchie” », je me suis regardé et je me suis dit que finalement j’aimais ma vie. Et j’ai réalisé que je ne m’étais jamais dit ça avant. Cette année est la meilleure chose qui me soit arrivée. Merci. « And now cry, Butterfly ! »

Par Sophie Portugal, mère de Luc.

Le printemps arrive, et avec lui, la promesse du retour de Luc, prévu le 1er juin. Retour attendu, sans précipitation cependant, car malgré mes craintes du début – « Mais comment vais-je pouvoir vivre sans lui ? » – je suis consciente du bonheur qu’il a d’être là-bas, de vivre son rêve, de faire tant de rencontres et d’emmagasiner tant d’énergie, de nourrir tant d’idéaux, de construire l’homme qu’il deviendra. Ces neuf mois, ô combien symboliques, d’absence, m’auront renforcée dans mon désir de le voir grandir, s’éveiller à la vie, à sa vie. J’ai vécu les saisons, le temps qui passait, avec plus d’acuité – je l’ai imaginé au-delà de l’océan, plongé dans ses nouvelles activités : natation, chorale, musique, lecture de la bible, cours aussi particuliers que « Mythologie et science-fiction », « Photographie », « Théâtre », « Speech », « Histoire américaine » – et puis une autre famille, d’autres habitudes, d’autres ancrages. Je suis fière de son choix, fière de ce qu’il est là-bas – son surnom « Cool cat » est signe de sa popularité –, fière de moi aussi, qui ai pu profiter de tout ce qu’il a vécu, loin de moi, sans en souffrir, en faisant miens ses succès. Si heureuse de ce qu’il est, de ce qui fait de lui quelqu’un qui s’inscrit pleinment dans le monde.

Article paru dans le journal Trois-Quatorze n°43