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Le lycée en question

Ecole françaiseIls sont 23, ils sont étrangers, ils ont entre 15 et 18 ans. Ils sont venus passer une année en France, pour étudier dans un lycée. Alors qu’ils arrivent au terme de leur séjour, le regard qu’ils portent sur le système scolaire français est digne d’intérêt. Ils analysent les forces et les faiblesses de notre école et s’autorisent même quelques conseils. Avis à nos gouvernants.

Trois Quatorze — Que pensez-vous du rythme scolaire français ?
Sam (Australie) — Il est trop éprouvant. Les journées sont trop longues et les élèves trop stressés. Et en plus, quand on rentre chez nous, on doit faire nos devoirs.
Tamera (Canada) — Les après-midi sont trop longues. C’est impossible de se concentrer.
Jordan (USA) — Et on n’a le temps de rien faire en dehors des cours. On ne peut pas pratiquer d’activités.
Rony (Australie) — C’est marrant ce pays où l’on travaille 35 heures (heures légales), où les profs font 15 heures … et où les élèves en font près de 40 !
Sam (Australie) — Heureusement qu’il y a les jours de grèves des profs, ça permet de se détendre.
Trine (Danemark) — Le mercredi sauve un peu la semaine…
Vilde (Norvège) — …Et heureusement qu’il y a une grosse coupure à midi pour manger.
Julia (Colombie) — Ce rythme est horrible. À vous rendre malade. Norma-lement, j’aurais dû tomber dans les pommes.
Alice (Italie) — Le pire c’est qu’on perd beaucoup de temps. Il y a beaucoup de gaspillage.
Cathy (USA) — Les heures sont longues, les journées sont longues, la semaine est longue… et, à côté de ça, les vacances sont trop longues aussi !
Dana (USA) — Qui peut penser que 9 heures de cours par jour soit une bonne idée. Je suis persuadée que même Napoléon n’aurait jamais supporté ça. Ce n’est pas très sain cette histoire !
Phiraya & Praiwarin (Thaïlande) — Pour nous Thaïlandais, ce rythme est assez normal. On ne trouve pas ça choquant. Mais on a l’air d’être à part.

Trois Quatorze — Que pensez-vous de la subdivision en sections telle qu’elle est opérée en fin de seconde (L, S, ES ?)
Tamera (Canada) — Ça me paraît trop spécialisé. C’est délicat de choisir si jeune une filière si précise. Pour quelqu’un qui aime à la fois les maths et les langues, par exemple, c’est problématique.
Vilde (Norvège) — Je pense que c’est nul. Ce serait bien mieux de choisir ses matières et non pas une section.
Worawit (Thaïlande) — Moi, je trouve ça très bien de pouvoir choisir ce que tu peux faire.
Dana (USA) — C’est pas mal de pouvoir travailler ses points forts, mais c’est vrai que ce genre de décision peut influencer le jeune pour le reste de sa vie.
Catalina (Mexique) — Ce qui me paraît le plus embêtant c’est que les élèves n’ont pas en main les informations pour choisir et pour s’orienter.
Annastiina (Finlande) — D’autant qu’on ne peut pas se ré-orienter en cours de cursus.
Trine (Danemark) — Le gros problème c’est qu’il y a une hiérarchie pré-établie. Les sciences sont plus cotées que les lettres. Le choix s’effectue en fontion de cette hiérarchie et non pas en fonction du potentiel ou des motivations de l’élève.

Ecole françaiseTrois Quatorze — Quelles sont les matières qui vous semblent peu ou pas assez étudiées en France ?
Rony (Australie) — Le théâtre, l’art, la photographie, la cuisine…
Piraya (Thaïlande) — La musique en général. Il n’y a quasiment pas de musique, pas d’orchestre…
Cathy (USA) — …Pas de chant, pas de chorale non plus.
Jordan (USA) — D’une façon générale, il devrait y avoir beaucoup plus d’options créatives.
Annastiina (Finlande) — Les Français doivent comprendre que le but de l’enseignement artistique n’est pas forcément de former des artistes. C’est une question d’équilibre dans le développement de l’individu. « Des-sin », « Musique », « Danse » sont des matières formatrices.
Sam (Australie) — En même temps si vous rajoutez encore des matières aux élèves ! Il y en a déjà trop. Les Français ont besoin de se détendre !
Laura (Colombie) — On pourrait très bien devoir prendre une option parmi « art », « musique », « théâtre ». Il faudrait aussi apprendre à utiliser les ordinateurs.
Alice (Italie) — Autre chose : je trouve qu’on devrait pouvoir commencer la philo avant la terminale.
Lara (Mexique) & Annastiina (Finlande) — La psychologie aussi !

Trois Quatorze — Comment définiriez-vous l’objectif de l’école française ?
Pedro (Colombie), Rony (Australie), Tamera (Canada), Cathy (USA), Felipe (Colombie)… — Avoir le bac…
Dana (USA) — En fait, l’école française a trois objectifs : 1°/ Préparer le bac. 2°/ Préparer le bac. 3°/ Préparer le bac. Et, j’ajouterai un quatrième…. préparer le bac.
Vipavee (Thaïlande) — C’est vrai que les élèves français ont dans la tête qu’il faut travailler pour avoir le bac, pas pour apprendre.
Sam (Australie) — L’école française est concentrée sur la réussite académique, l’accumulation des connaissances.
Worawit (Thaïlande) — Dans le lycée, on apprend beaucoup de choses, c’est indéniable. Les acquis sont importants.
Jordan (USA) — Il faut se remplir la tête. Il y a quand même un problème de méthode. Parfois on a le sentiment que le simple fait de copier et d’écrire rassure les élèves et les professeurs.
Annastiina (Finlande) — Parfois, on copie n’importe quoi. Mais ce n’est pas grave. Et parfois on recopie ce « n’importe quoi » la semaine suivante. Et ce n’est pas grave non plus. Il semble que l’important ce soit de se souvenir, de retenir.
Rony (Australie) — On a l’impression que le lycée cherche à faire des Français des gens plus intelligents que les autres. C’est bizarre.
Lara (Mexique) — En même temps, je trouve que c’est une école qui aide l’élève à devenir autonome…
Catalina (Mexique) — …et qui prépare à avoir un travail.
Jamie (Canada) — Moi, je ne suis pas d’accord du tout. C’est une école ambitieuse, mais qui n’a pas les moyens de ses ambitions et qui du coup stresse les élèves.

Trois Quatorze — Quelles sont les principales qualités du lycée français ?
Presque tous — Le niveau de culture générale, les savoirs…
Jordan (USA) & Vilde (Norvege) — …notamment le niveau en littérature
Alice (Italie) — On nous apprend beaucoup à analyser les divers phénomènes de la société, on cherche à aller au-delà des apparences. On s’intéresse au monde extérieur.
Jordan (USA) — On ne donne pas de bonnes notes pour un oui ou pour un non. C’est une école assez exigeante.

Trois Quatorze — Et les principaux défauts du lycée français ?
Dana (USA) — Les profs connaisssent bien leur sujet, mais d’un autre côté, ils noient les élèves dans un trop-plein d’informations.
Julia (Colombie) — Ils ont du mal à transmettre leur savoir, à intéresser. Les élèves n’ont pas envie d’aller à l’école, les cours sont monotones. D’une façon générale, cette école ne développe pas du tout le goût pour les études.
Sam (Australie) — Les élèves n’apprennent pas pour eux.
Alice (Italie) — On demande énormément aux élèves, trop, et au final, je ne suis pas si sûre que le niveau général soit si bon.
Felipe & Laura (Colombie) — En tout cas en langue et en sport, le niveau est médiocre.
Jamie (Canada) — Un des problèmes de l’école française est qu’elle confond l’idée de sérieux dans le travail avec le fait de stresser au travail.
Tamera (Canada) — Un des autres problèmes, c’est que cette école est adaptée à un certain type d’élèves, et que le système n’est pas assez souple pour intégrer tout le monde.

Trois Quatorze — Qu’en est-il des relations à l’intérieur du lycée ?
Lara (Mexique) & Jordan (France) — Les relations entre profs et élèves sont froides, distantes et tendues.
Tamera (Canada) — Personnellement, je trouve que les profs ne montrent pas beaucoup d’intérêt pour leurs élèves.
Rony (Australie) — Souvent, il y a même de la méchanceté.
Vilde (Norvège) — En tout cas, un manque évident de gentillesse. Les profs sont très durs, très stricts. On confond la rigueur avec la simplicité des relations. L’un n’empêche pas l’autre.
Damian (USA) — Le résultat c’est que mon prof de Français a été attaqué par un élève avec de la farine pendant son cours. C’est pas génial quand même.
Rony (Australie) — Il y a des tensions, c’est vrai. Et il y a un esprit de compétition un peu malsain au sein du lycée français.
Alice (Italie) — Je vous trouve un peu durs. Pour moi, l’ambiance générale est agréable et les profs assez disponibles.

Trois Quatorze — Quelles réformes préconisez-vous pour le lycée français ?
Julia (Colombie) — Il faut faire la révolution. Commençons déjà par supprimer le baccalauréat.
Dana (USA) — Tout à fait d’accord : le bac à la poubelle !
Sam (Australie) — Je ne suis pas pour le supprimer, mais il faut le remodeler complètement.
Vilde (Norvege) — Le système de contrôle continu est beaucoup plus adapté.
Tamera (Canada) — Il permet d’éviter cette obsession de l’examen qui pollue les études au lycée français.
Sam (Australie) — Je suis favorable au panachage examen final et contrôle continu. C’est un bon équilibre.

Trois Quatorze — Quelles autres réformes préconisez-vous ?
Pedro (Colombie) — Il faut revoir totalement les rythmes scolaires. Alléger les journées.
Vipavee (Thaïlande) — Et faire en sorte que les élèves participent plus.
Sam (Australie) — Qu’ils s’impliquent à tous les niveaux, dans la classe, mais aussi dans l’école.
Laura (Colombie) — Il faudrait limiter les monologues des profs. Ils en font vraiment beaucoup.
Jordan (USA) — C’est vrai. Les profs adorent entendre le son de leur voix. Ils n’aiment pas avoir tort. Il faudrait développer et cultiver l’esprit critique.
Pedro (Colombie) — Pour régler le problème du nombre d’enseignants, on pourrait très bien organiser des cours magistraux qui regroupent plusieurs classes, et parallèlement faire des cours avec seulement 10 élèves, et où il y aurait plus d’échanges.
Annastiina (Finlande) — On devrait lire à l’école. C’est la base.
Pedro (Colombie) — Il faut rendre l’école française plus humaine, que ce soit un lieu de vie plus agréable, plus convivial. Il faudrait que tout le monde se parle plus. Tout cela manque de chaleur.
Sam (Australie) — Il faudrait que quelqu’un dise aux élèves français : « La vie est belle, soyez heureux ! »

Trois Quatorze — Avez-vous une ou deux anecdotes à nous raconter sur votre année scolaire ?
Cathie (USA) — Un de mes profs dit toujours : « Il faut travailler, lire et écouter pendant les cours pour y arriver. » Mais il ne fait jamais cours… alors, c’est difficile d’apprendre !
Julia (Colombie) — Une fois j’ai dit : « Mon cul » au lieu de : « Mon cœur », et une autre fois au lieu de dire : « Un froid de canard », j’ai dit : « Un froid de connard ! »
Julia (Colombie) — Un jour un élève est arrivé en retard en cours. Le prof lui a demandé : « Qu’est-ce qu’on dit quand on arrive en retard ? » L’élève a réfléchi, puis il a répondu : « Bonjour, Monsieur ! » Énervé, le prof a répliqué : « Non, on dit : “Excusez-moi, Monsieur, je suis en retard.” » Quelques minutes plus tard, un autre élève est arrivé en retard. Le prof lui a posé la même question : « Qu’est-ce qu’on dit quand on arrive en retard ? » Et l’autre élève a répondu : « Bonjour, Monsieur. » Tout le monde a rigolé.
Vilde (Norvège) — À part ça… La cantine n’est pas bonne.
Laura (Colombie) — C’est parfois dégueulasse, mais parfois très bon.
Anna (Canada) — Moi j’ai un petit conseil à donner aux lycéens français : « Allez étudier un peu dans un autre pays. Ça fait du bien ! »

Article paru dans le journal Trois-Quatorze n°47