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L’école française : « Tout a changé, rien n’a changé ! »

MÈRE & FILS — Regard croisé de deux participants PIE au programme d’une année scolaire aux États-Unis. Marin évoque à grands traits les différences entre les deux systèmes. Sa mère constate, 35 ans après la fin de scolarité, que dans notre rapport à l’école, bien peu de choses ont changé !

En image : Souvenir d‘une année — Le livre de Marin

Le journal de Marin, une année en High School aux USA avec PIE

Le journal de Marin, une année en High School aux USA avec PIE, 2

 

La “High School” crée du lien — Par Marin, Siren, Wisconsin, USA (2018-2019)

Ce qui est le plus frappant pour un Français qui arrive dans une « High School » américaine c’est la nature des relations avec les professeurs. Il y a moins de distance et plus de respect. On a une vraie proximité, mais pour autant la hiérarchie est respectée. Deux anecdotes : mon professeur d’ingénierie s’appelait Mr. Butt (autrement dit « M. Fesses ») : on plaisantait sur son nom et lui-même plaisantait sur le sien, mais sans que cela déborde ou devienne méchant (comme cela pourrait l’être en France). Quant à ma prof d’anglais, Ms. Thull, au tout début de l’année, quand elle a vu que je galérais en anglais, elle m’a organisé des cours particuliers de soutien : elle m’a invité avec des copains, ½ heure par jour, pour que je parle et je m’entraîne à la conversation. Les élèves Américains sont clairement plus heureux d’aller à l’école que nous ne le sommes. C’est incomparable.

Au lycée français on fonctionne par petits groupes, clans, castes. C’est sans doute lié au phénomène de la classe. Aux USA, ça circule plus, ça discute et ça échange : à l’intérieur de l’école, on se connaît tous. Il y a un véritable esprit de communauté. D’un côté les rapports sont complexes, de l’autre ils sont plus simples. En France on a beaucoup de « quant-à-soi » et cela crée une grande distance. La « High School » américaine a une grosse capacité à intégrer : elle te propose un cadre de vie et crée du lien. Dans un lycée français, les élèves français sont plus de passage : ils ne s’approprient pas leur école. Par contre, on travaille plus en France et on est vraiment focalisé sur les résultats. Aux États-Unis, on ne peut pas dire que les notes les stressent, mais le niveau là-bas me semble clairement plus bas. Dans ma « High School », il était vraiment faible, mais ce qui m’a frappé, c’est qu’aux États-Unis, même l’élève le plus faible était valorisé… peut-être même trop parfois !

Tout a changé, rien n’a changé — Par Bénédicte, mère de Marin et participante 1985/86

Il y a 35 ans, j’étais prête à passer le Bac, avec l’idée d’accomplir mon rêve : passer toute une année à l’étranger, découvrir un pays, faire une pause pour me donner le temps de réfléchir à mon « avenir »… J’avais tout tenté pour partir plus tôt —en fin de 3e— afin que cet « avenir » ne soit pas encore la principale de mes préoccupations. Mais mes parents, bien que très conciliants, avaient cédé à la pression du collège et du lycée : il fallait partir « Post-Bac » afin de ne pas compromettre mon avenir « Pré-Bac ». L’avenir… on ne parlait que de ça : le préparer ; choisir la bonne voie ; miser sur la bonne orientation ; travailler dur ; réfléchir ; surtout ne pas se tromper, ne pas compromettre cet « avenir », même lointain. Car le chemin choisi serait irrémédiable. D’ailleurs, étant en terminale littéraire, je savais déjà que jamais je ne pourrais être médecin ou ingénieure. Je le savais alors que j’avais à peine 17 ans et toute une vie devant moi… 35 ans plus tard, c’est un de mes fils qui est parti. Plus tôt que moi. Il me semblait juste de ne pas commettre la même erreur deux fois, celle de ne pas partir quand on est prêt. Tout semblait différent pour lui : l’époque avait changé, plein de réformes étaient passées, dont la dernière, tellement bien sur le papier ! Et pourtant… : « Oui, oui Madame, vous avez raison, c’est important de partir à l’étranger, mais pas maintenant, c’est pas le bon moment. Il faut rester, sinon son orientation est en danger… »

35 ans d’écart entre nos 2 scolarités, 15 ministres, 5 réformes, et pourtant, tout était comme avant. Ce que j’avais entendu comme participante, je l’ai entendu comme parent : faire attention à tout, ne rien rater, tout anticiper, ne jamais faire un pas de côté au risque de tout faire échouer… Mais tout quoi ? Et pourquoi, à 17 ans, doit-on penser à tout et vivre avec la pression permanente de cet avenir… trop présent ! Tout a changé, mais rien n’a changé : et, le plus difficile quand on est parent et ancien participant, c’est de se dire qu’on aimerait bien faire autrement avec nos enfants, mais qu’on ne sait pas comment… Mon fils est parti quand même, il a choisi un autre lycée, il est revenu enchanté. Qui vivra verra !­­­­­

Cet article a été publié dans le journal Trois-Quatorze n°60 dans le cadre du dossier spécial sur le « Bien être et bien vivre à l’école » et du « Tour du monde des écoles »