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Les voyants sont au vert

Paysage du japon — Par Laurine, une année scolaire à l'étrangerMise en parallèle de trois récits : celui d’une participante au programme d’une année au Japon, celui d’une mère d’un participant (Japon), et celui d’une grand-mère d’une participante (USA). Témoignages instructifs et émouvants.

SAVOURONS
Laurine, Yokohama-Shi, Kanagawa
Une année scolaire au Japon

Décider de partir au Japon, c’est accepter de partir à l’aventure. Et pour moi qui ne parlais pas la langue (la seule chose que je savais faire en japonais, c’était de me présenter !), c’était vraiment partir vers l’inconnu. Les premières semaines ont été épuisantes. Mon esprit pensait en français, j’essayais de parler japonais et je parlais français.
Quand j’ai pris la décision de partir 10 mois, c’est avant tout la langue qui me motivait. Mais depuis que je suis là, je réalise que c’est sur moi avant tout que j’ai appris le plus de choses.
Le Japon n’est pas un pays facile. On doit faire attention à ce qu’on dit, ne pas dire tout ce que l’on pense. «Vous, Français, vous donnez l’image de faire et de dire toujours le contraire de ce qu’on vous demande et de ce que l’on vous dit.». C’est ce que m’a affirmé récemment mon professeur de biologie. Quand il m’a dit cela, j’ai souri. Que faire de plus? Je ne pouvais pas le contredire, cela lui aurait donné raison. Et en plus, c’est un aîné.
J’essaie de changer certaines de leurs opinions sur la France, mais ce n’est pas facile. Ce n’est pas chose aisée, mais je fais de mon mieux.
Malgré les côtés négatifs du Japon, que je découvre, je ne peux m’empêcher d’aimer ce pays un peu plus chaque jour.
J’apprends à me taire, à intérioriser mes sentiments, à mettre de côté le tactile, à manger avec des baguettes, à gérer la distance avec mes proches. Tout cela est dur.
Mais on part pour vivre une expérience incroyable.
Alors on met de côté tout nos préjugés et on s’ouvre : à une culture, un pays, une langue. À une façon d’être qui devient une philosophie de vie. Je cherche à savoir pourquoi les Japonais sont ainsi et pour cela il me faut étudier leur société. Dix mois ne seront pas assez. Mais je peux tenter une ébauche.
Chaque jour qui passe m’offre une nouvelle opportunité d’en apprendre plus. Alors savourons!

Mère de Côme — L'expérienceLES VOYANTS SONT AU VERT
Laurence, mère de Côme, Tokyo
Partir une année au Japon

Il n’avait pas encore 16 ans, quand il a pris l’avion, un beau matin d’août. Laisser Côme monter ce projet a été très vite une évidence, tant il était déterminé, tant nous avions le sentiment, en tant que parents, que ceci pourrait déterminer une partie de son avenir et lui ouvrir des horizons, hors et loin des sentiers battus. Mais laisser son fils unique partir, quel sacrifice tout de même! Même si, au quotidien, je le vis extrêmement mieux que je ne l’avais supposé.
Quand on me demande comment ça va, sans Côme —qui est aujourd’hui à 10 000 kilomètres de la maison— je réponds inlassablement: «Tant que je vois qu’il va bien, je vais bien.» Et c’est tellement vrai. Même si j’appréhende le moment où son enthousiasme retombera, et celui où il attaquera la période possible du rejet, de la lassitude, du manque (qu’il lui faudra surmonter). Pour paver mon chemin vers son retour sans trébucher, pour me porter vers nos retrouvailles, je tiens un petit calendrier, et, au quotidien, un journal. J’y appose une couleur chaque soir: vert pour «Tout va tout à fait bien»; orange, pour « Coup de cafard passager et un petit pincement au cœur »; rouge, pour «Journée difficile»! Quand je me retourne sur les deux premiers mois écoulés, je me dis que je ne m’en sors pas si mal.
Côme, lui, semble s’en sortir très bien, et nous sommes fiers de ce qu’il a déjà parcouru. Pourtant, il a déjà eu à affronter un moment difficile: le décès de son grand-père, un mois et demi après son départ. C’était l’une des choses que Côme redoutait clairement le plus en partant : qu’il arrive quelque chose de grave à un membre de la famille pendant son absence, le tenant irrémédiablement à distance de l’événement. Et c’est arrivé. Je lui ai annoncé la nouvelle par «Skype». Puis j’ai choisi, après l’enterrement, d’envoyer deux photos des obsèques à Côme, pour qu’il ne se sente pas isolé, pour qu’il partage quelque chose avec toute la famille. Il a fallu qu’il entame son processus de deuil seul de son côté. Mais l’expérience de vie intense et extraordinaire qu’il connaît à Tokyo —et, qui plus est dans une très gentille famille d’accueil— l’a aidé à passer cet adieu manqué.
Il faut aussi admettre, en tant que parents, que ses préoccupations ne sont pas les nôtres au quotidien. Que l’on peut se trouver décalés, dans l’ignorance de ce qu’il vit, de ce qu’il ressent, de ce qu’il partage avec son entourage dont on ignore quasiment tout. Que l’on peut être surpris, ou démuni, ou soulagé, aussi, à attendre de lui une réaction que l’on imaginait mais qui ne vient pas. Et c’est bien mieux ainsi, finalement.
Côme réalise son désir de voler de ses propres ailes en relevant ce challenge des dix mois à l’étranger, si loin de sa zone de confort.
Et pour moi, allez, encore 8 mois, et, je l’espère, un maximum de vert sur mon calendrier!

NOUS N’ÉLEVONS PAS NOS ENFANTS POUR NOUS
Grand-mère de Margaux, Sherman, Illinois
Partir une année aux USA

Elle en rêvait depuis des années, depuis son entrée en 6e… ma petite-fille, ma petite Margaux. Tout juste 15 ans et pleine d’espoir… Elle a rédigé sa lettre de motivation pour expliquer son souhait de partir une petite année aux États-Unis, et puis la réponse est tombée… et après quelques mois d’attente, les coordonnées de la famille qui voulait bien l’accueillir pour 10 mois…. Elle est sur un petit nuage, son rêve commence à prendre forme : elle entame les premiers échanges par mail, elle compte les jours. Elle me briefe, moi sa mamy, pour m’expliquer que c’est une immersion dans le monde américain et que des nouvelles, «nous n’en aurons que par son blog et sur son «facebook».» Elle nous prépare à l’absence.
Le dimanche qui précède son envol vers les «States», petite réunion de famille pour lui faire une surprise. Les yeux bandés, un chapeau de cow-boy posé à la hâte sur sa tête, elle entre dans le salon. Toute la famille est là, en «Dress code», bleu-blanc-rouge. Elle entre dans le séjour, sur les paroles de Joe Dassin, pour découvrir oncle, tante, grands-parents, cousins, cousines, tous les larmes aux yeux : il y a tant de joie dans son regard. Ce sera une journée inoubliable.
Aujourd’hui, Margaux est aux États-Unis, dans une famille qui l’a adoptée comme leur fille. Elle s’éclate et profite pleinement de toutes les découvertes. Son blog nous permet de vivre son aventure par procuration et c’est un bonheur immense.
Nous n’élevons pas nos enfants pour nous. C’est important d’en prendre conscience, mais parfois difficile à accepter. Nous, grands-parents, avons vécu cet épisode de la vie —lorsque nos enfants ont quitté le nid— c’est à leur tour de prendre conscience de cette nécessité et d’accepter qu’il en soit ainsi. Margaux est heureuse et nous réserve sans doute d’autres surprises —comme celle de vivre sa vie professionnelle là-bas… Mais d’ici-là, nous attendons son retour, pour la serrer dans nos bras.