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L’impression du mois

UNE VIE DANS UNE ANNÉE UNE VIE DANS UNE ANNÉE
Marine — Une année scolaire, Virginia, USA
En image: luge en Virginie

Une année d’échange ne commence pas à l’aéroport, quand vous rencontrez enfin votre famille d’accueil. Elle ne commence pas le premier jour de lycée, ni quand vous vous sentez pour la première fois «Homesick», ni même quand vous mangez pour la première fois quelque chose de nouveau. Elle commence un an plus tôt, quand l’envie irrésistible vous prend de partir.
Où, comment, pourquoi? Rien n’est bien défini: vous rêvez juste de partir.
Une année d’échange commence quand vous décidez de partir plus d’une semaine. Trois mois, six  mois, dix mois? Elle commence quand vous recevez les premiers papiers à remplir, quand vous commencez à lire les règlements, quand vous passez des heures à lire sur le site de votre nouvelle organisation les témoignages des anciens. Elle commence quand vous recevez votre lettre d’acceptation, quand vous annoncez à votre famille, à vos amis, à vos profs, que vous avez décidé de partir. Elle commence quand parfois vous vous réveillez le matin et que vous vous dites: «L’année prochaine j’y serai»,  ou encore: «Mais qu’est-ce que je suis en train de faire?» Elle commence quand vous recevez un mail, à 23h, un dimanche soir, et que l’on vous annonce que vous avez une famille d’accueil, elle commence avec les premiers mails hésitants que vous échangez, durant ces nombreuses heures, en cours, où vous ne cessez de rêver, elle commence quand vous vous rendez compte que vous n’avez pris aucune note au cours d’histoire, quand vous êtes devant votre feuille de bac, et que vous vous dites que c’est la dernière épreuve avant de partir. Elle commence quand vous installez un compte à rebours sur votre portable, quand vous devez dire au revoir à tous les gens qui comptent pour vous,  quand vous devez faire votre valise. Elle commence quand vous vous cassez la tête pour trouver des cadeaux pour votre famille d’accueil, quand vous vous cassez la tête pour faire loger dix mois dans ving-trois kilos. Elle commence quand vous passez votre dernière nuit dans votre lit, en sécurité, quand vous prenez la route de l’aéroport et quand vous dites au revoir à votre famille. Elle commence avec les larmes que vous laissez couler, tout ce que vous ne dites pas mais que vous pensez.
Et puis elle continue. Elle continue quand vous faites vos premiers pas dans l’aéroport, et que vous cherchez des yeux votre famille, quand quatre fous vous sautent dessus, et que, après une première journée de 30h, vous devez mettre votre cerveau en mode «anglais» en mode «pas fatigué», et que vous essayez de former vos mots, et que le seul qui vous vient à l’esprit est: «dormir». Elle continue quand vous dormez la première fois dans votre nouveau lit, quand vous découvrez la maison. Elle continue lors des discussions avec votre nouvelle famille, les jeux avec vos frères et sœurs, à travers les découvertes émerveillées, les petites choses du quotidien qui vous paraissent magiques. Elle continue durant le premier jour de lycée, avec les premières personnes que vous rencontrez, quand vous découvrez que «Guitare» est un cours et que vous pouvez aussi prendre «Cuisine». Elle continue quand vous réalisez que les questions bizarres de vos nouveaux camarades sont tout à fait sérieuses. Elle continue parce que vous devez vous habituer à tout. Elle continue quand la baguette commence vraiment à vous manquer, quand vous vous sentez terriblement française. Elle continue dans les moments de doutes, quand le lendemain devient plus compliqué que la veille. Elle continue quand, justement, vous avez l’impression que cette année à l’étranger ne va pas continuer. Elle continue quand vous développez une relation intense avec le bacon, les oréos, quand vous savez dans quel placard est le beurre de cacahuète, quand vous vous levez à 6h pour prendre le bus jaune, quand vous skypez, quand vous devenez patriote, quand vous vous faites des amis du monde entier. Elle continue quand vous participez à votre premier bal, vos premières visites et que vos yeux regardent partout, quand vous réalisez, après quatre mois sur place, que vous vivez encore dans une sorte de constant étonnement. Elle continue à travers vos larmes, vos sourires, vos projets. Elle ne s’arrête pas. Elle ne s’arrête jamais. Elle continue quand vous avez l’impression que vous pouvez être qui vous voulez, parce que personne ne sait vraiment qui vous êtes. L’impression que vous pouvez devenir un nouveau «moi». Meilleur. Patient. Ouvert d’esprit. Moins timide. Elle continue avec vos nouvelles activités, avec vos nouveaux mots, avec votre nouvelle vie. Votre année d’échange est sans aucun doute une des meilleures années de votre vie. Elle est aussi l’une des plus dures. Sans aucun doute.
Une année d’échange est rapide, brutale, blessante, magique, colorée, géniale, surprenante. Une année d’échange, c’est tomber amoureux d’un pays et retomber amoureux de son pays. Une année d’échange, c’est adopter une nouvelle famille, un nouveau lit. Une d’année d’échange, c’est un mélange d’émotions, toujours, partout. Une année d’échange ne se comprend pas vraiment, elle se vit. Une année d’échange ce n’est pas un an dans une vie, c’est une vie dans une année.