Petit tour du monde des écoles
L'école Mexicaine
Trois Quatorze poursuit son tour du monde des écoles
● Le journal enquête auprès des participants au programme
d’une année scolaire à l’étranger sur
les structures, les horaires et les objectifs des différents systèmes
éducatifs ● Après avoir présenté les
écoles de Russie, d’Afrique du Sud, d’Allemagne et
des États-Unis (N°29), de Suède et de Chine (N°30),
du Canada (N°31) du Japon (N°33) et enfin de Mongolie (N°38),
Trois Quatorze lève le voile sur l’école mexicaine
● Dans le prochain numéro, cap sur le Portugal.
STRUCTURE DES ÉTUDES
S’il suit le cursus classique, ce qui est loin d’être
le cas de tous les jeunes du pays, un enfant mexicain entre à la
maternelle (Kindergarden) à trois ans, à l’école
primaire (Primaria) à 5 ans, et à l’école secondaire
(Secundaria) à 12. Il en sort à 14 ans, âge auquel
il intègre la Preparatoria, équivalent du lycée
français ; il reste trois années en « Preparatoria
» – mais nous devrions plutôt parler de six semestres,
puisque c’est cette unité (le semestre) qui structure les
études secondaires. La « Preparatoria » est en effet
divisée en « primer, segundo, tercer, cuarto, quinto,
sexto… semestro ». Un élève peut très
bien, par exemple, redoubler son premier semestre, ou changer de matières
et d’orientation à la fin du troisième, etc. Chaque
fin de semestre est ponctuée par un examen : si un élève
n’obtient pas une note positive dans 5 matières sur 6 (à
savoir, suivant les écoles, 60% à 70 % de la note maximale),
il est amené à redoubler son semestre. Au Mexique, l’examen
final, celui qui conclut les études secondaires, est appelé
« Ceneval » ; il n’a pas grande importance, dans la
mesure où seuls les élèves qui le souhaitent le présentent.
Il s’agit plus d’une épreuve d’évaluation
que d’une épreuve déterminant véritablement
l’orientation universitaire ou professionnelle.
Selon nos « enquêteurs », l’école au Mexique
se singularise également par une grande dichotomie entre public
et privé ; la fracture est visible à tous les niveaux :
milieu social dont sont issus les élèves (personnes riches,
sinon nanties, dans le privé, personnes modestes, sinon pauvres,
dans le public), relations humaines, pédagogie et objectif. On
note également de grandes disparités régionales,
tant au niveau des structures que des moyens. Ces différences,
parfois flagrantes, doivent être sans cesse mises en exergue afin
d’éviter toute caricature dans la présentation et
l’analyse du système éducatif.
L’école mexicaine se distingue enfin par ses contours assez
souples, où, pour le meilleur et pour le pire, le retard, l’absentéisme,
et une certaine forme de laisser-aller sont de mises. Nous sommes ici
aux antipodes des systèmes japonais ou chinois, qui se caractérisent,
nous l’avions vu, par leur rigueur, leur compétitivité,
leur sérieux… parfois jusqu’à l’excès.
RYTHME SCOLAIRE
L’année scolaire débute en septembre et s’achève
en juin. Le rythme des vacances est typique de l’hémisphère
nord, avec une grande coupure estivale (juillet, août) et
deux à trois coupures, plus brèves, qui correspondent aux
fêtes traditionnelles, qui ne sont autres que les fêtes religieuses
(Toussaint, Noêl, Pâques).
Généralement, les cours ont lieu du lundi au vendredi. Ils
commencent tôt le matin, à 7 h ou au plus tard à 8
h, et s’achèvent vers 13 ou 14 h. Ce rythme est en partie
dicté par la chaleur, écrasante la plus grande partie de
l’année, dans la quasi totalité du pays. L’après-midi
est consacrée au repas (vers 14-15 h), toujours pris à la
maison, à la sieste et aux activités extra-scolaires. Les
clubs (danse, sports, capoeira, langues, musique) sont très prisés
par la jeunesse mexicaine.
Dans certaines écoles publiques, des cours sont dispensés
le soir ou même le samedi. Il en est ainsi pour une question de
place (classes ou locaux surchargés) ou pour permettre aux élèves
les plus défavorisés de travailler pendant la journée.
Flora une jeune étudiante PIE, qui a connu le système public
et privé nous précise à ce sujet : « d’un
côté, dans l’école privée, j’ai
rencontré des jeunes souvent gâtés, qui considèrent
facilement l’éducation comme une corvée – un
de mes camarades par exemple avait dépensé tout l’argent
de son inscription dans des boissons alcoolisées ! – de l’autre,
dans le public, la plupart de mes amis avaient un travail (chauffeur de
bus, pour pouvoir aider aux besoins de leurs très modestes familles)
; ces jeunes-là considéraient l’éducation comme
un privilège.
Chaque cours dure 50 minutes ; il n’y a aucune pause prévue
entre chacun d’entre eux. Pour ce qui est de l’emploi du temps
proprement dit, on se situe quelque part entre le système latin
et anglo-saxon : les cours se répètent souvent dans le même
ordre, tous les jours de la semaine (comme en Amérique du Nord)…
mais pas toujours (exceptions liées notamment aux options, …)
!
MATIÈRES
Certaines matières sont obligatoires pour tous les élèves,
quelles que soient les écoles ; c’est le cas, semble-t-il,
de la littérature, des maths, de l’anglais, de l’informatique
et de l’histoire. Les autres matières sont facultatives,
mais les choix sont liés et limités par la filière
à laquelle on est rattaché. En « quinto semestro »
par exemple, la filière « humanidades y sociales »
est définie par l’étude des « sciences de la
communication », de la « sociologie », de la «
philosophie » et de « l’économie ». Les
autres filières comprennent les options administration, chimie
et économie, ou bien « science de la santé »,
« physique » et « calcul », ou encore «
comptabilité », « dessin technique », «
philosophie ». Suivant les écoles et suivant les régions,
on trouve ensuite d’autres matières à option, telles
la guitare, le chant, la cuisine…
Contrairement au système français, toutes les matières
sont considérées comme aussi importantes les unes que les
autres. Elles sont logées à la même enseigne puisqu’aux
examens de fin de semestre, il n’y a pas de coefficient.
Généralement, le sport est obligatoire jusqu’au «
cuarto semestro » et optionnel ensuite. Les grands sports
sont le football, le basket-ball, le volley, la danse... Bien que les
jeunes Mexicains soient très friands de sport, les conditions de
pratique ne sont pas simples : l’infrastructure sportive laisse
globalement à désirer, avec des terrains souvent précaires
– facilement exposés au soleil et aux inondations –
et les annulations sont fréquentes.
RELATIONS ET ATTITUDES
Là, c’est le grand écart : certains nous parlent
de professeurs assidus, responsables, studieux et consciencieux –
nous sommes plutôt dans le privé –, d’autres
de professeurs plus indifférents, moins professionnels, qui se
comportent en dilettantes – nous sommes plutôt dans
le public.
La discipline n’est donc pas toujours de règle : «
Souvent les professeurs doivent se battre pour être respectés.
» « Par moments », nous dit-on, « on se
croirait en France. »
Mais, de l’avis général, quel que soit le système
(public ou privé), les relations entre professeurs et élèves
sont souvent plus cordiales et plus détendues qu’en France,
plus simples aussi : « On peut manger avec les professeurs, aller
avec eux au théâtre. Il y a de la confiance et de la compréhension.
»
Nos enquêteurs s’accordent à trouver tous les
élèves sympathiques, on parle même de véritable
amitié, de grande proximité, de grande solidarité.
On insiste sur le bon esprit qui règne entre les élèves.
Mais parfois, soulignent certains, « cette solidarité joue
contre les professeurs. »
L’esprit n’est pas à la compétition, mais plutôt
au savoir-vivre : « Ici on ne s’affole pas, on vit au jour
le jour, on ne se préoccupe ni du temps qui passe ni des échéances
» ; mais pour bien souligner que les choses ne sont pas si caricaturales,
on notera cette réflexion : « En période d’examen,
on sent monter les stress » ; ou encore celle-ci : « Soudain,
les élèves sont obnubilés par les résultats.
»
NIVEAU – OBJECTIF
D’après nos participants, l’école mexicaine
axe sa pédagogie sur la connaissance et sur les acquis ; et, d’après
eux toujours, elle n’obtient sur ce terrain que des résultats
médiocres. Le niveau est globalement jugé faible (excepté
en philosophie), mais il convient d’insister encore sur les grands
écarts entre les écoles et les régions. En général,
nos participants reprochent un certain manque de travail, un manque d’approfondissement
des sujets, et un manque de développement du sens critique. Il
semble que le projet global de cette école soit flou et que la
faiblesse des structures n’aide pas à sa cohérence.
Par contre « nos » Français soulignent la qualité
du travail de groupe et du travail oral. Ils insistent surtout –
et ce, sans exception et sans nuance – sur l’humanité
qui règne au sein de cette école : « L’ambiance
est excellente », « Sur le plan culturel et affectif, c’est
un enrichissement extraordinaire ; de ce côté-là
nous avons beaucoup à apprendre ; ici on veille au bien-être
de chacun. » Il ressort de la plupart des témoignages, une
vraie joie d’être au cœur de cette école, d’y
aller le matin, d’y vivre.
De ce fait la complémentarité avec l’enseignement
français paraît évidente : « J’ai compris
qu’il y avait une autre façon d’apprendre, une autre
façon de concevoir l’école. » « J’ai
appris beaucoup de choses sur l’Amérique centrale et l’Amérique
du Sud, sur la culture mexicaine, l’histoire… » ; ou
encore : « J’apprends à mieux cerner les mentalités.
»
Une participante souligne enfin et non sans humour : « En ce qui
concerne le savoir à l’état pur, j’ai appris
en venant ici à reconnaître la valeur de l’enseignement
qu’on nous dispense en France. »
TÉMOIGNAGE
« Mon passage à l’école publique fut ma plus
belle et ma plus enrichissante expérience », nous dit Flora
en guise de conclusion. « Même si mon école était
un champ de ruines (pas de portes, trous dans les murs, pupitres en bois,
vitres cassées…), même si j’ai croisé
là-bas la pauvreté, c’était le vrai bonheur.
J’ai rencontré des âmes pures, des jeunes déjà
durcis par la vie, des jeunes heureux d’aller à l’école.
Certains vivaient dans des endroits très éloignés,
devaient prendre le bus très tôt le matin, d’autres
travaillaient pour ramener quelques pesos à leur famille (ils étaient
livreurs de pizzas, chauffeurs…). Ils faisaient preuve d’une
volonté extraordinaire. Pour moi, ils étaient tous des exemples.
»
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