Le monde à la maison

Marie et Benjamin Blondiaux sont de jeunes “anciens”. Ils n’ont croisé la route de PIE qu’en 2022. Mais en moins de quatre ans, les liens noués entre leur famille et l’association sont déjà solides : le maillage qu’ils ont su tisser, fruit d’expériences vécues et d’une rencontre fortuite, est bien serré. Interviewer Marie et Benjamin, c’est démêler un peu cet ouvrage, c’est réaliser à quel point les programmes « Accueil » et « Départ » sont proches, tant en termes de contenu que de perspectives, c’est comprendre comment les échanges que prône PIE s’inscrivent dans une tradition humaniste, laquelle conçoit le voyage avant tout comme un mode de rencontres, de connaissance et de reconnaissance.

Avec ses sept membres, la famille Blondiaux est une famille vraiment nombreuse. Avec quatre Accueils au compteur et un second Départ en préparation, elle s’inscrit déjà comme une “grande famille” PIE, une de celles qui convoquent le monde à la maison, réduisant ainsi et avec intelligence les distances.

En images : 1. Marie et Benjamin — 2. Isobel : lecture avec les plus petits — 3. Isobel en France — 4. Axel sur le départ — 5. La famille Blondiaux

Tiphain Marie et Benjamin | Bénévole au sein de l'association PIE | Parents Accueil, parents Départ

PRÉNOM : Marie & Benjamin

NOM : BLONDIAUX

NATIONALITÉ : Français

PARCOURS PIE : Accueil de Isobel, Canadienne (2022), futur départ d’Axel aux USA (2026) + échange scolaire avec Maxime (en 2023)

SITUATION : Mère au foyer & directeur financier / 5 enfants

 

 

 

 

 

Pourquoi et dans quelles circonstances avons-nous accueilli avec PIE ?

Marie — J’ai découvert dans le Berry Républicain, notre journal local, un article relatif à un participant PIE et au fait qu’on pouvait accueillir avec l’association… et de suite, j’ai pensé : “Moi, j’ai envie de faire ça !” Alors j’en ai naturellement parlé à Benjamin et aux enfants !
Benjamin — 
Oui, Marie nous a présenté cet article : c’était vraiment un petit encart. La bénévole locale expliquait le principe de l’accueil et faisait appel aux familles. Avec les enfants on a regardé, on a lu… et on a dit : “Bof !”… “Pourquoi faire ça ?” Personnellement je n’étais pas trop convaincu, et les enfants encore moins. Mais Marie a persévéré !
Marie — Oui, je suis revenue à la charge. J’avais toujours eu envie d’accueillir, l’idée de recevoir un peu “d’étranger” dans la maison, ça m’attirait !
Benjamin — Vu l’âge des enfants, c’est compliqué pour nous de voyager… avec les grands, les petits… Question de coût aussi, d’organisation, etc. Et j’ai réalisé alors que l’on pouvait voyager en famille, tout en restant à la maison. Je crois que c’est l’argument qui m’a convaincu. Alors on a appelé la bénévole, elle est venue à la maison pour nous expliquer comment ça pouvait se passer, voir si nous avions une chambre de disponible, etc. Disons qu’on avait mis le doigt dans l’engrenage. À partir de là, ça s’est fait étape par étape… En plus, Marie Loisy —notre bénévole PIE— était très gentille, ouverte, très intéressante. ; elle nous a parlé de ses propres expériences, elle nous a rapporté un tas  d’anecdotes..
Marie — Un peu plus tard, nous nous sommes portés volontaires à l’accueil et nous avons reçu des profils avec des lettres de candidature, histoire de voir quel jeune on pourrait éventuellement choisir… À ma grande joie, on s’est laissé embarquer. C’était d’autant plus chouette que l’on ne connaissait pas ce concept de l’accueil bénévole. Quand j’étais jeune, ma mère avait accueilli via le Secours Catholique, mais c’était très différent.
Benjamin — Dès le début, on était fixés sur une fille. On a déjà quatre garçons à la maison : on a pensé que c’était bien pour Énora, notre seule fille ; mais aussi pour Maxime, Axel, Valentin et Marin… On s’est dit que ça les sortirait du schéma : “Un autre garçon pour aller jouer au foot.”
Marie — Isobel, la jeune Canadienne, était très sportive aussi, et ça nous a séduits. Elle faisait du ski de fond à un haut niveau. Elle s’était blessée au genou et elle était privée de compétition pendant un long moment. Quitte à être entravée —ou plutôt, au lieu d’être entravée—, elle a voulu profiter de ce break pour faire tout autre chose : partir, apprendre le français, vivre une aventure. Elle a rebondi. Après coup, on se dit que sa démarche était intéressante.

L’accueil en un mot

Isobel, Canadienne | Une année solaire en France avec PIE | L'Accueil avec PIELE PARTAGE
Benjamin
— On a choisi le mot « PARTAGE », parce que l’accueil, c’est une découverte réciproque. Pendant tout cet échange, on en a appris autant sur Isobel et son pays (sa vie, sa famille naturelle, son cadre quotidien), qu’elle sur nous et sur la France. On parle de partage à plusieurs niveaux : avec les plus jeunes c’était un contact chaleureux et presque maternel…
Marie — Elle leur lisait des histoires presque tous les soirs. C’était touchant.
Benjamin — Avec les grands, il y avait le partage quotidien dans la maison, mais aussi à l’école (puisqu’ils allaient dans le même lycée). Elle s’intégrait au cercle d’amis… c’était plus une copine.Ils ont découverts grâce à elle une nouvelle façon de s’ouvrir aux autres et de sortir de leurs habitudes.
Marie — Et un niveau de partage assez différent avec nous. Comme on tient, pour un temps, le rôle de pseudo “parents”, on se doit d’être présents. On accompagne notre hôte, on est là à ses côtés, on l’écoute. Tout à coup, il y a un nouvel enfant sur lequel il faut veiller. Je me souviens qu’un matin, au moment de partir à l’école, Isobel était en pleurs. C’était le début du séjour, c’était trop dur pour elle : à ce moment-là, elle avait l’impression qu’elle n’y arrivait pas ! Alors je l’ai rattrapée, j’ai marché avec elle jusqu’à l’école, on a beaucoup parlé.
Benjamin — Il y a de vrais moments de proximité.
Marie — Et ce partage s’est poursuivi également à travers l’accueil des parents australiens et de la famille australienne de notre premier hôte.
Benjamin — Ils sont venus plusieurs mois après la fin du séjour. Lors d’un périple en Europe, ils ont passé quatre jours à la maison. C’était magique. Sans vraiment maîtriser une langue commune, on est parvenus à se comprendre. Au bout de trois minutes les petits jouaient ensemble : les nôtres, bien évidemment parlaient en français, les autres parlaient en anglais, mais ça communiquait, ça échangeait. Et c’était pareil pour nous les adultes.
Marie — Un moment suspendu !
Benjamin — On ne les reverra peut-être jamais, mais on se souviendra de ce partage. Un moment rare.

Isobel, Canadienne | accueillie par la famille Blondiaux | Programme PIE

L’AVENTURE
Marie 
— L’aventure, au sens où l’accueil vous oblige à vous mettre en mouvement.
Benjamin — Avec cinq enfants, on est a priori déjà bien occupés, mais cet accueil nous a empêchés quelque part de nous recroqueviller… nous a amenés à bouger. On habite à Bourges, et bien concrètement on a été découvrir des châteaux que l’on n’avait jamais vus, alors même qu’ils sont à deux pas de chez nous. On est allés en revoir aussi.
Marie — On a visité Lyon, on est allés au marché de Noël à Colmar, on a participé aux Foulées Roses
Benjamin — Et l’aventure humaine dans tous les sens du terme. On ne sait pas ce qui nous attend, mais on fait avec ce qui se présente.

Les inquiétudes qui accompagnent l’accueil

Marie — Je dirais : la question de l’intégration…
Benjamin
— On est une famille nombreuse avec des tout petits et des grands. Les enfants en bas-âge, ça bouge beaucoup et ça fait du bruit. On s’est légitimement demandés si la personne qui allait venir n’allait pas être saoulée. On s’est inquiétés pour la langue aussi. On craignait que ce soit compliqué pour elle.
Marie — Il y avait tout cela, c’est vrai. La crainte qu’elle ne se fasse pas sa place.
Benjamin — Mais au final cela s’est très bien passé. Ce qui nous a le plus étonnés c’est justement la vitesse à laquelle elle s’est fait sa place, et celle à laquelle nos enfants lui ont fait une place. La phase d’observation a été relativement courte. C’était amusant de voir chacun se positionner : est-ce que c’est une copine, une ennemie, une alliée ?
Marie — Elle s’est moulée dans nos habitudes avec une aisance remarquable et une une maturité étonnante. Isobel est une super fille, et nous avons beaucoup de chance de l’accueillir. Il est vrai qu’en même temps, la présence d’un nouveau membre change forcément un peu les rapports au sein de la famille.
Benjamin — C’est un peu un jeu de plaques tectoniques, l’aîné n’est plus l’aîné (il profite de l’arrivée de la “grande sœur” pour sortir plus…), la seule fille n’est plus la seule fille, etc.
Marie — Mais cela s’est fait, chez nous, plutôt dans la douceur.
Benjamin — Il faut dire aussi qu’Isobel était facile, très adaptable. La proximité culturelle aide aussi, car finalement le Canada n’est pas si loin de nous. Si je compare avec la jeune Chinoise que nous accueillons actuellement, je dirais que l’ajustement est plus long à mettre en place : il y a des choses qui nous interpellent de part et d’autre (qui touchent par exemple à Taïwan ou à l’usage très intensif du téléphone et des réseaux) et dont nous n’avons parfois même pas idée. Le phénomène est sans doute accentué par le fait que si l’accueil n’est pas encadré par un organisme professionnel (type PIE) qui a une grande habitude de ce type de séjours de longue durée, les jeunes (et les familles) sont moins préparés.

Vu l’âge des enfants, c’est compliqué pour nous de voyager… avec les grands, les petits… Question de coût aussi, d’organisation, etc. Et, tout à coup, j’ai réalisé que l’on pouvait voyager en famille, tout en restant à la maison. Je crois que c’est l’argument qui m’a convaincu.

Une anecdote sur le séjour

Marie — Isobel venait d’une région montagneuse, près de Vancouver. Elle nous racontait que les ours venaient jusqu’à la porte de leur maison. Les enfants buvaient ses paroles.
Benjamin — Concrètement, elle leur a montré des vidéos où on voyait un ours traverser son propre jardin. Ils étaient scotchés.
Marie — Elle expliquait aux enfants comment réagir, quelle attitude adopter si on se retrouvait face à l’animal (se grandir, monter la voix pour l’impressionner, l’affronter en fait)… c’était forcément très exotique, incroyable (au sens premier du terme) et donc magique pour les plus petits.

La réaction de notre entourage quand il apprend que nous allons accueillir

Marie — Oh… j’entends à droite à gauche ce qui se dit : “Mais c’est de la folie… vous avez “déjà” cinq enfants !”  Beaucoup nous disent —et quand ils ne nous le disent pas ils le pensent !— : “C’est super…, mais nous, personnellement nous ne le ferions pas…”
Benjamin — Oui dans le : “super”, on entend bien le : “…mais c’est un peu dingue !” Certains d’ailleurs l’expriment franchement. Un proche, par exemple, m’a dit : “Mais pourquoi vous faites ça ? pourquoi en rajouter ?” Les gens trouvent tous les prétextes (tous les faux prétextes en fait) et tous les bons arguments (qui n’en sont pas) pour ne pas accueillir : la place, le temps… et ils nous renvoient leurs doutes en nous prenant pour des fous !
Marie — Ce qu’ils ne voient pas, c’est à quel point accueillir développe l’empathie de tous, à commencer par les enfants. Ils se mettent à la place de l’autre, découvrent que partir c’est compliqué, qu’apprendre une nouvelle langue ça demande de l’effort, etc. L’accueil ouvre sur le monde, élargit le champ de vision, responsabilise… c’est une aventure humaine rare et profondément enrichissante.

Axel | Partir une année solaire aux USA avec PIE

De l’accueil au départ

Benjamin — Au départ d’Isobel, les enfants étaient tristes. Mais, quelque part, cette idée de partir a dû faire son chemin, car quelque temps après, Maxime, l’aîné —qui jusque-là ne voulait pas entendre parler d’un tel séjour (“Jamais je ne ferai ça, moi !”)— nous a demandé s’il pouvait partir ! Peu de temps après, une opportunité s’est présentée avec son école (en liaison avec un autre organisme que PIE), et il a pu participer à un échange de trois mois avec un jeune lycéen australien.
Marie — Je ne crois pas qu’il se serait lancé dans cet échange, sans l’expérience de l’accueil d’Isobel.
Benjamin — Je ne pense pas non plus. Le séjour d’Isobel a rendu les choses envisageables pour Maxime. Et dans la suite logique, si Axel part en 2026, c’est 100% parce que son frère est parti auparavant et donc 100% parce que nous avons accueilli… une fois, puis deux, puis trois… et quatre. Tout s’est enchaîné, tout est lié.
Marie — Ce premier accueil a ouvert le champ des possibles, pour nous, pour les enfants. C’est une évidence. L’arrivée d’Isobel dans notre maison a ouvert des voies. Sans elle, certaines portes seraient restées fermées : c’est en la voyant oser, persévérer et s’épanouir que Maxime puis Axel ont envisagé le départ comme une continuité naturelle de ce que nous vivions à la maison.
Benjamin — J’ai peut-être influencé Axel sur la durée. Après avoir écouté les gens de l’association, je lui ai dit : “Quitte à y aller, fais le pas, pars une année. De toute façon, en termes scolaires, tu devras reprendre en première, mais au moins au niveau langue, connaissance du pays, intégration, développement et enrichissement personnel le bénéfice sera complet”. Maintenant il est à fond dans son projet.

Mon père, par exemple, m’a dit : “Mais pourquoi vous faites ça ? pourquoi en rajouter ?” Les gens trouvent tous les prétextes (tous les faux prétextes en fait) et tous les bons arguments (qui n’en sont pas) pour ne pas accueillir : la place, le temps… et ils nous renvoient leurs doutes en nous prenant pour des fous !

Les inquiétudes qui accompagnent le départ d’Axel

Marie — Je dirais : la question de l’intégration…
Benjamin
 — Oui. Quand on pense et qu’on espère, comme tous les parents, que notre enfant “tombe dans une bonne famille”, c’est en termes d’intégration qu’on réfléchit : est-ce que cette famille va l’accueillir chaleureusement, est-ce qu’elle va vouloir et pouvoir partager avec lui ? Et, réciproquement, est-ce qu’Axel va réussir à franchir cette étape ? à sortir de sa coquille… celle de son pays, de son milieu, de sa langue ?
Marie — On voudrait aussi qu’il prenne plaisir, qu’il soit content, qu’il s’épanouisse. 
Benjamin
— Axel a plein d’ambitions, plein de rêves. À l’école, ça va, mais peut-être qu’il se laisse un peu porter. Cette année peut l’aider à se donner des moyens de faire. Grâce à cet échange et à l’ouverture qu’il devrait procurer au niveau de la langue, de la culture, etc., je pense que peut naître encore plus de motivation et d’envie. En résumé, partir c’est une façon de grandir. Si je prends l’exemple de Maxime —notre aîné—depuis qu’il a passé trois mois en Australie, il n’a plus qu’un objectif, c’est de repartir là-bas (il veut être paysagiste). Il sent que c’est possible de partir six mois, de partir un an… toute la vie, peut-être… !
Marie — Ah non, alors !
Benjamin — (Rires) Marie n’est pas trop d’accord ! Mais en tout cas il est motivé… tout cela l’aide… à passer le bac, à avancer… à se projeter ! Le séjour offre des perspectives.
Marie — Si je réagis comme cela, c’est que, d’un côté, on est vraiment contents pour eux, mais d’un autre côté, on sait qu’ils sont vraiment jeunes quand ils partent et que ce n’est pas facile… Axel aura 16 ans, il sera encore jeune. L’autonomie ne s’acquiert pas comme ça. Ça passe par des moments durs et pour une mère, c’est toujours un peu un arrachement. Personnellement, à l’idée de le voir partir si longtemps, j’ai un peu le cœur brisé.
Benjamin — J’ai accompagné Maxime jusqu’à Londres —avant qu’il ne prenne son avion pour l’Australie— et je me souviens de ce moment où, à l’aéroport, il a passé la barrière, où, concrètement, je l’ai lâché. À partir de là, il fallait qu’il s’assume seul. C’est un moment qui compte. Bon… aujourd’hui il y a le portable, alors, cinq minutes après, il m’a appelé pour me demander comment faire avec sa valise-cabine, mais le fait est que rapidement les appels et les contacts se sont grandement espacés. Cette expérience symbolise la prise d’envol.

Le monde est petit ! Mais quand des voies improbables, mais porteuses de promesses, se présentent, à nous de savoir les emprunter.

La relation avec PIE…

Benjamin — En quatre ans, beaucoup de choses se sont passées ! En parallèle de ces départs et de ces accueils, il se trouve qu’un jour, dans le cadre professionnel, je discute avec Bernard Mermillon, avec qui je collabore depuis des années (lui en tant qu’avocat fiscaliste, moi en tant que directeur financier d’une entreprise d’assurances). Au détour de la conversation, j’évoque le départ de mon fils en Australie. Il me dit alors qu’il est trésorier de PIE, une association qui organise ce type de séjours… Je lui réponds : “Mais c’est fou, nous avons accueilli avec PIE !”. Et c’est ainsi, par le plus pur des hasards, que de fil en aiguille, le lien avec PIE s’est renforcé : à la suite du départ d’un membre du conseil, Laurent Bachelot, le président, m’a proposé d’entrer au conseil d’administration de l’association et m’a coopté. Il y a donc, d’un côté, notre vécu « de terrain » avec, notamment,  les séjours d’Isobel et d’Axel, et, de l’autre, cette histoire fortuite et improbable de connexion avec la structure PIE.

Si nous n’avions pas accueilli avec PIE…

Benjamin — Axel ne serait pas sur le départ. Je ne serais pas au conseil d’administration de PIE. Il y a un pont évident qui va de l’accueil d’Isobel au départ d’Axel, et également un chemin qui mène à mon  investissement progressif dans PIE. Tout part d’un article —un petit encart dans le journal local— sur lequel est venu se greffer ce lien quasi improbable avec le trésorier de l’association… Le monde est petit ! Mais quand des voies improbables, mais porteuses de promesses, se présentent, à nous de savoir les emprunter.

La famille Blondiaux | Partir et accueillir avec PIE