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Clémentine, journaliste — Parcours d’ancien

314_55_variation79 VARIATIONS SUR LE THÈME DE LA PORTÉE D’UN ÉCHANGE SCOLAIRE DE LONGUE DURÉE

Illustration : « Le pilote de ligne » par Laurindo Feliciano

ENTRETIEN — Un beau parcours que celui de Clémentine, devenue à tout juste vingt-six ans une vedette du petit écran. Un parcours largement inspiré par son année scolaire aux États-Unis, vécue dans des conditions un peu particulières.

 

 

Année de séjour de Clémentine : 2006
Lieu de séjour : Minneapolis, Minnesota, USA.
École : The Blake School
Lieu de vie actuel : Paris
Profession : Journaliste
Employeur : France 2

Trois Quatorze — Parle-nous, pour commencer, de ton métier, qui est fascinant à plus d’un titre ?
Clémentine — Je suis journaliste au service des sports de France2. Je suis présente tous les dimanches sur Stade2, et j’assure aussi les interviews au bord du terrain pour le rugby.
Tu es quand même très jeune, comment en es-tu arrivée là aussi rapidement?
Clémentine — À mon retour des États-Unis, j’ai fait des études d’histoire/géographie. J’ai engagé, en fin de cycle, une année Erasmus en Espagne, ce qui m’a permis de maîtriser une troisième langue. À mon retour, j’ai été admise à l’Institut Pratique de Journalisme de Paris-Dauphine (IPJ) et dans le cadre de cette école, j’ai pu faire une formation en alternance à France 2. L’avantage de l’alternance, c’est qu’on est dans le concret. J’ai vraiment été impliquée dans la rédaction, j’avais une carte de presse, etc. Grâce à cette expérience, je suis rapidement devenue pigiste pour Eurosport, L’équipe 21, M6… puis Télématin.
Présenté comme cela, ton parcours paraît limpide, mais qu’est-ce qui t’a permis de te démarquer?
Clémentine — Je pense que c’est principalement l’anglais. J’ai commencé à faire beaucoup de traductions en «live». Il y a énormément d’internationaux dans le sport, il y a donc une véritable demande de ce côté-là. Comme j’évolue dans un milieu où il y a une certaine faiblesse en anglais, et que la traduction en direct n’est pas chose facile, mon «background» m’a permis de me faire remarquer.
Quels sportifs as-tu été amenée à interviewer?
Clémentine — Usain Bolt… lui, c’est sûr, je m’en souviendrai. Beckham aussi, et Zlatan, et beaucoup d’autres. Ce qui a fait ma force, dans ma relation à ces grands sportifs, c’est la langue. La plupart d’entre eux ne sont pas habitués à rencontrer des journalistes français qui maîtrisent vraiment l’anglais. En général, ces derniers ont des grosses lacunes d’expression ou d’accent et ils ne possèdent pas tous les codes culturels: ils ne peuvent pas saisir les petites blagues, les apartés et ne peuvent donc pas rebondir. Honnêtement, je pense avoir une bonne maîtrise de tout cela; de ce fait, je me sens rassurée et eux se sentent à l’aise. On peut donc engager de vraies discussions.
Cette maîtrise, tu la dois à quoi?
Clémentine — Clairement à cette année scolaire. J’ai beau avoir passé du temps en Espagne, je sais que je n’ai pas la même aisance. Je vois la différence. Quand on me parle anglais, j’ai l’impression que l’on me parle français ; et je sais que l’apprentissage dans le milieu scolaire et en famille a été essentiel.
Qu’as-tu à nous dire sur cette parenthèse américaine?
Clémentine — Pour tout dire, j’ai passé une année un peu spéciale. J’ai eu la chance d’avoir été sélectionnée par une école privée de Minneapolis. Cette école m’a offert une énorme bourse d’études et m’a payé l’intégralité de mon année scolaire. C’était une école «top» à tous les niveaux : structures, moyens, pédagogie, résultats et performances, etc. Pour vous donner une idée, la plupart de mes copains ont fini à Harvard, Yale… Je dois dire que j’ai eu une énorme chance. Mais, à côté de cela, ce n’était pas facile tous les jours. L’école était toute petite mais hyper pointue et hyper exigeante. J’ai vraiment énormément travaillé, je passais presque quatre heures tous les soirs à faire mes devoirs. On était loin des clichés de l’école américaine avec les QCM.
Pour reprendre un autre cliché, est-ce que tu dirais que cette année a changé ta vie?
Clémentine — Complètement. J’ai plongé dans un monde qui m’était totalement inconnu. J’avais 18 ans, je ne m’étais jamais prise en charge et il y avait soudain tant de choses à gérer, le tout sans les parents. J’ai compris aussi ce que c’était que d’être étranger et la difficulté qu’il y avait à s’intégrer. Franchement, ce fut l’année la plus dure de ma vie. Mais j’ai fait tellement de chemin là-bas; j’ai appris tellement de choses. Juste une anecdote: on me rabâche toujours que je suis plus ou moins la première femme à interviewer des rugbymen sur le terrain! Mais quand on a vécu aux US, cette remarque n’a pas de sens. C’est sans doute là-bas que j’ai compris qu’en aucun cas cela ne pouvait être un obstacle.
En quoi consiste pour toi une journée de travail?
Clémentine — Beaucoup de lecture de la presse, qu’elle soit locale, nationale ou internationale. Il faut fouiller, chercher, accumuler les infos. Beaucoup d’organisation aussi. On ne s’en rend pas forcément compte, mais il faut appeler les gens, les convaincre, caler les rendez-vous. Il y a beaucoup de réunions aussi, de déplacements. Le tournage, le montage viennent seulement en bout de ligne. Je fais aussi les directs, les interventions en plateau.
Comment gères-tu le stress?
Clémentine — Je n’ai pas trop de problème avec ça. Je suis un peu stressée les jours qui précèdent l’événement, et je sens la montée d’adrénaline avant la prise d’antenne, mais c’est un stress positif et il disparaît dans l’action. Il ne me paralyse pas. Mon année aux US m’a été très utile. J’ai été obligée là-bas de suivre un semestre de «Speech» (pour apprendre à parler en public, à m’exprimer clairement, à poser ma voix), et dans le cadre de ce cours, il m’a fallu faire une présentation devant cinq cents personnes. Mon inquiétude première, c’était bien sûr de parler en anglais. Finalement cela s’est très bien passé. Cela m’a marquée, car au bout du compte, je me suis dit que si j’avais réussi à faire en anglais un discours structuré, de huit minutes, devant autant de monde, je n’aurais aucune difficulté à en faire autant en français.
Quelles sont les qualités dont tu dois faire preuve dans ton travail?
Clémentine — La première, je crois que c’est la curiosité : ça paraît banal, mais il faut toujours se renseigner plus, chercher plus. Il faut essayer de comprendre au maximum afin de bien synthétiser et de bien formuler. Là encore, je fais un lien direct avec mon année. Sans la curiosité de l’autre, sans l’envie de comprendre comment chacun vit et fonctionne, on ne parvient pas à s’intégrer. Je me souviens que par moments, j’avais l’impression que mon cerveau allait exploser: il y avait trop de nouveautés, trop de choses à intégrer, de codes. Mais cela m’a beaucoup aidée, car mon métier c’est un peu ça : tout capter, tout piger. Il faut pouvoir analyser le mode de pensée et de fonctionnement de l’autre. Il y a une facette très humaine dans ce métier. C’est un métier qui demande de l’empathie.
Un mot sur le réseau que nous mettons en place?
Clémentine — Je crois que c’est une très bonne idée. Cela me fait penser à mon école américaine. Ils sont très actifs de ce côté-là. Ils ont des élèves un peu partout et dans tous les domaines et sollicitent tout ce monde. Je pense que cela pourrait se rapprocher de ce type de réseau. Cela peut être assez puissant et utile. Personnellement, je suivrai ça. De toute façon, je dois tellement à PIE. Vous savez, je pense beaucoup et souvent à vous. Je sais à quel point cette année a été centrale et je sais ce que je dois à l’association.

Article paru dans le Trois Quatorze n° 55