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Frédérique, DRH — Parcours d’ancien

314_55_variation39 VARIATIONS SUR LE THÈME DE LA PORTÉE D’UN ÉCHANGE SCOLAIRE DE LONGUE DURÉE

Illustration : « L’avocat » par Laurindo Feliciano

ENTRETIEN — De par sa profession et sa position, l’expertise et l’avis de Frédérique sur notre futur réseau nous intéressaient particulièrement. Nous avons donc profité d’une courte entrevue pour interroger cette dernière sur les relations entre les acquis d’un séjour de longue durée et les besoins d’un organisme comme Greenpeace. 

Année de séjour de Frédérique : 1983
Lieu de séjour : Seattle, Washington, USA.
École : Des Moines High School
Lieu de vie actuel : Paris
Profession : DRH (Dead of RH)
Employeur : Greenpeace

Trois Quatorze — Que te reste-t-il de cette année passée aux USA en 1983?
Frédérique — Des contacts avec ma famille: on se voit encore régulièrement, alors que ce séjour remonte maintenant à trente ans! Je garde également de très bons souvenirs du groupe avec lequel j’avais voyagé, mais malheureusement on s’est tous perdus de vue. À l’époque, il n’y avait pas de réseaux sociaux. Pour tout dire, je ne me rappelais même plus du nom de l’association avec laquelle j’étais partie et j’ai été surprise que vous me recontactiez. Au-delà des relations humaines, il me reste deux choses: une expérience unique et surtout l’apprentissage d’une langue. Je ne suis pas particulièrement douée dans ce domaine, mais il est clair que sans la maîtrise de l’anglais, je ne travaillerais pas à Greenpeace. L’anglais est donc pour toi l’acquis majeur?
Frédérique — …Et pourtant non. Ce séjour permet avant tout de «sortir de soi»: de son territoire, de sa culture. Pour moi, il y a même un lien direct entre cette découverte de l’altérité, cette idée d’élargir son horizon et les valeurs qui sont les nôtres à Greenpeace.
Quel chemin as-tu emprunté pour rejoindre Greenpeace?
Frédérique — J’ai fait une fac de philo, à Dijon, puis à la Sorbonne, j’ai passé ensuite une maîtrise de sciences politiques, puis travaillé en tant que pigiste et attachée de presse. Plus tard, j’ai intégré le CELSA (École des hautes études en sciences de l’information et de la communication) et en sortant, je me suis orientée vers le développement durable, ce qui m’a menée à Greenpeace. J’ai été attirée à la fois par la problématique de l’environnement et cette idée d’appartenir à un village mondial. Je me sens très à l’aise dans cette structure. C’est amusant que vous repreniez contact avec moi car je ne peux pas m’empêcher de faire un lien entre cette expérience vécue à l’adolescence et mon travail actuel. Juste une anecdote: Greenpeace est née à Vancouver et moi j’ai passé mon année scolaire à l’étranger à quelques kilomètres de là, dans l’état de Washington! C’est symbolique, non?
En quoi consiste ton travail?
Frédérique —  Au départ, il s’agissait de créer une structure, un maillage, avec un cadre pour recruter, pour former le personnel, pour l’accompagner et être raccord sur les aspects légaux; s’ajoutent à cela toutes les relations avec les collègues internationaux afin d’être coordonnés et d’être donc plus efficaces dans les campagnes que l’on mène dans le monde entier pour la préservation de l’environnement.
Peux-tu nous décrire une journée type?
Frédérique —  
C’est très variable. Une journée comme aujourd’hui, j’ai beaucoup d’entretiens de recrutement, j’accompagne le directeur général dans sa réunion mensuelle avec les délégués du personnel; cet après-midi, j’ai une visio conférence avec l’étranger et je rencontre des managers…
Quelles sont les qualités nécessaires à ce poste?
Frédérique —  
Il faut être organisé, souple, avoir de l’empathie… et parler anglais aussi! On est dans un monde de diversité, de mixité, d’interculturalité: il faut donc avoir été en contact avec ces problématiques.
La question du recrutement, dont tu as la charge, nous intéresse plus particulièrement.
Frédérique —  
Je ne suis pas directement en charge du recrutement des bénévoles qui sont responsables de l’information sur le terrain, ni de ceux qui participent aux activités visibles —inscrites dans notre code génétique et qui font notre renommée. Je suis vraiment en charge du recrutement professionnel dans sa dimension nationale et internationale.
Qu’est-ce qui est fondamental aux yeux d’un recruteur? Que recherche-t-il et que que craint-il le plus?
Frédérique — Quelqu’un qui recrute cherche avant tout à faire une «rencontre». Je n’aime pas trop ce mot, mais dans notre jargon, on parle d’adéquation. Adéquation entre les caractéristiques d’un poste et les caractéristiques d’une personne. Le principe, c’est que dans l’absolu, il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises personnes mais de bonnes rencontres. Il faut bien «matcher». Chez Greenpeace, par exemple, on recherche des gens qui ont les qualités professionnelles requises par le job et le «commitment», autrement dit, des gens qui sont en phase avec nos valeurs, avec ce que nous défendons. Nous travaillons dans un esprit très anglo-saxon.
Qu’entends-tu par «esprit anglo-saxon?
Frédérique — Le côté très pragmatique: les diplômes, par exemple, sont secondaires. La personnalité par contre est essentielle. J’avoue que je n’y ai jamais pensé directemen, mais c’est évident. En terme de débrouillardise, d’aisance, de recul, de compréhension fine dans certaines situations. Je donne aussi, même si c’est à la marge, des cours de communication, et je réalise à quel point les étudiants qui ont une expérience à l’international sont plus souples. Il est essentiel d’avoir fait des césures dans son parcours; c’est un signe évident d’ouverture d’esprit, un élément qui donne du relief, qui met le reste en valeur.
Que penses-tu de ce réseau PIE, en phase de gestation?
Frédérique —  
C’est une excellente idée. Actuellement je suis en pleine phase de réflexion pour parvenir à diversifier nos sources de recrutement et à prendre la vague des réseaux sociaux. J’ai vraiment des raisons de m’y intéresser, d’autant que cette année à l’étranger tient une place chère dans mon cœur.

Article paru dans le Trois Quatorze n° 55