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Cher Papa, Chère Maman

Il y a des choses que les enfants n’osent pas toujours dire à leurs parents. Dans ce numéro ils ont la possibilité de les écrire. En bon « go-between », 3.14 transporte leurs messages anonymes . Deux parents ont accepté de jouer au même « jeu » : un peu plus loin, et indirectement, ils leur répondent.

Cher papa, chère maman,
J’ai le blues d’une vraie amitié, d’un bon bifteck, d’un peu de non-discipline, du beau temps, du soleil, de câlins, de bisous, de mon amour… Et de vous.

Cher papa, chère maman,
Je suis partie en me disant que ce serait bien de retrouver une famille comme la nôtre… Et qu’est-ce que j’ai découvert ? Rien. Pas de tendresse. Pas de câlins. Pas de véritable intégration. Je n’aurais jamais cru que vous pourriez me manquer autant, mais c’est pourtant le cas. J’ai de la chance de vous avoir. Sans vous et sans Bruno, je serais déjà revenue. Merci. Je vous aimerai toujours.

Cher papa, chère maman,
Après cinq mois passés aux Etats-Unis, je commence seulement à pouvoir mettre des mots sur ce que je vis. Jour après jour les choses se précipitent, les habitudes s’installent, le cercle d’amis s’agrandit, la vie se fait plus enrichissante. Il a fallu passer par de drôles d’étapes : se heurter, par exemple à une éducation qui n’était pas la même que la nôtre, sinon totalement contraire. Il a fallu essayer de comprendre l’état d’esprit des gens, particulièrement en Caroline du Sud. Comprendre l’histoire et la culture des Noirs américains. Comprendre d’où ils viennent, ce qu’ils ont traversé et pourquoi tant de racisme (même au sein de ma famille d’accueil) persitait envers eux. Il faut apprendre, apprendre, apprendre. Alors tout s’ouvre à vous et ça n’arrête pas. Je voulais vous dire que je n’avais qu’une envie : recommencer quelque part… Ailleurs. Votre fille.

Cher papa, chère maman,
Je vous dit simplement que ce séjour, que vous m’avez généreusement offert, représente à ce jour l’expérience la plus enrichissante de mon existence. J’ai appris le respect d’autrui, la tolérance, et je me suis appris. Je prends conscience de la distance et du temps. Je réalise combien ma famille me manque. Merci pour tout ce bonheur. Je vous aime.
Cher papa, chère maman,
Je suis vraiment content de mon choix. Ma famille d’accueil a su me procurer l’amour et l’affection que j’espérais trouver en m’échappant de mon pays et en m’introduisant dans une nouvelle famille. Maman, sache que je pense à toi. Je pense aussi à toi papa, et crois-moi, j’ai vraiment essayé de t’aimer pendant ces 18 années que j’ai eues à partager avec toi, mais comme tu le sais cet amour était impossible étant donné ta logique contradictoire. Sans toi, je n’ai plus à me disputer avec qui que ce soit. Maintenant, la seule chose que j’espère c’est que cette séparation supprimera la haine chronique que tu ressens envers moi. Cependant, je tiens à te remercier du plus profond du coeur pour cette année que tu m’as offerte. Grosses bises quand même.

Cher papa, chère maman,
J’ai l’impression d’avoir beaucoup appris en partant loin de vous. J’ai l’impression d’avoir compris des tas de choses et d’avoir grandi mentalement. J’ai rencontré des gens très variés, j’ai croisé des personnalités passionnantes. Maintenant j’aime les gens et j’aime leur parler et les écouter. Je suis sûre qu’à mon retour j’aurai plus de patience, et que j’accepterai mieux les choses. J’ai pris du recul et je crois que je sais ce que je ne veux pas. J’ai réalisé l’importance que vous avez dans ma vie. Je vous garantis qu’à ma manière je vous aime profondément. Il faut partir… Pour se sentir plus proche.

Cher papa, chère maman,
Rassurez-vous : depuis ce jour où nous nous sommes quittés et où vous m’avez vu pleurer, j’ai vraiment beaucoup ri. Maintenant, le temps passe. Oh que oui ! Septembre à octobre : mal de tête. Tout est nouveau. Quand on veut dire quelque chose on n’y arrive pas. Au moment où on veut le dire c’est trop tard. On étudie : les maths, les sciences, les langues… et surtout la vie. Et on pense à sa famille. Ca fait beaucoup. Décembre peut-être difficile, vraiment. Il ne faut pas renoncer. Janvier passe très vite. Février vous apprend à aimer les mois de trente et un jour. Aujourd’hui on est en mars. Il y a beaucoup de choses à faire… Jusqu’en avril. Mai et juin seront déroutants. On ne veut pas partir mais on veut rentrer. On ne veut pas quitter ses amis, mais on veut revoir sa famille. On pleure et on rit. De toute façon on est content.
En juillet, j’espère que vous me reconnaîtrez. Moi.

Chère fille,
Je pense qu’il n’y a rien que je ne puisse te dire de vive voix. Mais je me prête à ce petit jeu. Vas-tu me reconnaître ?
Tu nous a manqué. Mais les jours manqués seront vite effacés. C’est toujours triste de voir son enfant partir mais si réjouissant de la voir grandir, de la savoir heureuse, épanouie, vivant sa vie. Toi qui est si dynamique et si curieuse tu as étendu ton horizon et apprécié d’autres gens. Je t’aime ma chérie. Nous t’aimons tous et nous t’attendons. Nous t’embrassons tendrement.

Chère fille,
Les courriers et le téléphone ont été des fils durant cette année, mais il faut que tu saches que le fil de l’amour parental est incassable, même s’il est transparent et long de 7OOO kms. Malgré tes lettres rassurantes, j’ai connu des grands moments de manque. Manque de cette drogue douce mais terrible : ton amour et ta présence. Par moments c’était une véritable torture mais en voyant ton sourire merveilleux sur les photos je réalisais que ‘je faisais l’enfant’.
Tes valeurs, je les évaluais, mais cette séparation me les a fait apprécier. Pendant ton séjour, j’ai souvent rêvé de toi. Mais à chaque fois je te voyais plus jeune que tu ne l’étais au moment de ton départ. Je rêve très fort du moment où je vais pouvoir t’étreindre très fort dans mes bras et te serrer sur mon coeur.

Article paru dans le journal Trois-Quatorze n°19