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Thibaut, juriste — Parcours d’ancien

314_55_variation59 VARIATIONS SUR LE THÈME DE LA PORTÉE D’UN ÉCHANGE SCOLAIRE DE LONGUE DURÉE

Illustration : « La chargée de clientèle internationale » par Laurindo Feliciano

ENTRETIEN — Thibaut, juriste international, fait un lien direct entre son activité et son année d’échange.

Année de séjour de Thibaut : 2005
Lieu de séjour : Toledo, Ohio, USA.
École : Rogers High School
Lieu de vie actuel : Paris
Profession : Juriste
Employeur : OCDE

Trois Quatorze — Après ton retour des États-Unis, quelles études as-tu suivies?
Thibaut — Je suis parti à 16 ans. A mon retour je me suis orienté vers un baccalauréat scientifique. J’ai ensuite fait une licence de droit, un master en « European Legal Studies » à Cardiff et un second, en droit international, à Paris.
Vois-tu un lien entre ton expérience et ton métier actuel?
Thibaut — Je travaille dans une organisation intergouvernemental dans laquelle sont regroupés des dizaines de pays différents. Outre mon niveau d’anglais, qui m’a beaucoup servi, je pense que mon année aux États-Unis a clairement contribué à développer mon goût pour les échanges interculturels et pour l’international. Je pense également que les rencontres faites là-bas ont eu un impact sur mes choix de vie et sur la façon dont j’envisage certains sujets. C’est une expérience qui ouvre sur le monde.
Quelles sont les qualités requises à ton poste?
Thibaut —La capacité d’écoute et la rigueur sont deux qualités essentielles. Le juriste doit être capable de cerner le besoin de son interlocuteur et d’y apporter une réponse tant intelligible que solide. Cela requiert un esprit d’analyse, de synthèse et une bonne maitrise des concepts juridiques. Comme j’évolue dans un environnement international, la maitrise des différentes langues est capitale. La moindre petite approximation pourrait donner un tout autre sens à une phrase. Il faut également savoir accepter les différences culturelles qui peuvent entrainer des réactions inattendues. Chaque culture a sa propre conception des relations professionnelles. Avoir vécu une année à l’étranger permet donc d’avoir le recul suffisant pour accepter et comprendre les nuances et les différences propre à chaque système.
Que répondrais-tu à quelqu’un qui parle d’année perdue?
Thibaut —Certains étudiants peuvent avoir vécu une expérience négative, mais je pense que dans la grande majorité des cas, le séjour à l’étranger aura un apport très positif. Voyager loin —découvrir ce qui est éloigné de ce à quoi nous sommes habitués— est une chance. Ce déracinement volontaire pousse à s’ouvrir aux autres : lorsque qu’on arrive dans un endroit inconnu, il faut apprendre à faire l’effort d’aller vers les gens. C’est cet effort qui va permettre de développer charisme et spontanéité, et d’affirmer sa propre personnalité. On revient plus mature d’un séjour comme celui-ci. Partir nous donne aussi l’opportunité de nous confronter à des domaines que l’on n’aurait pas nécessairement pu découvrir dans notre lycée en France : activités sportives, activités culturelles ou associatives. Outre l’expérience humaine exceptionnelle, il y a bien évidemment l’aspect linguistique. La maitrise d’une langue étrangère est aujourd’hui nécessaire dans de nombreux métiers et je ne pense pas qu’il y ait meilleur moyen pour apprendre une langue que d’aller vivre parmi les gens qui la pratiquent quotidiennement. Au final, quand on considère tout ce qu’une telle expérience peut apporter, j’ai du mal à concevoir que quelqu’un qui souhaitait réellement partir puisse, par la suite, parler d’une «année perdue». Si cette démarche est entamée sur la base d’un choix mûrement réfléchi, je suis convaincu qu’il n’y a que des bénéfices à en tirer… mais il est naturel, à 15 ou 16 ans, d’être un peu anxieux à l’idée de partir si loin et pendant si longtemps!

Article paru dans le Trois Quatorze n° 55