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Récit de Russie

Voyage au long cours dans la Russie de Marie : l’hiver, la cuisine, l’école, les sujets sensibles, l’école, le changement de famille et les petites particularités de la vie russe.

Ma mère me rebattait les oreilles : « Il va faire froid », « emporte des vêtements très chauds ». Elle avait peur. Et quelque part, elle n’avait pas tort… C’était aussi la première réaction des amis quand je leur ai annoncé mon départ : « Mais, il fait froid là-bas ! »… Avant de partir, j’en avais marre de n’entendre parler que de ça. Eh bien, à mon arrivée, j’ai été très étonnée, car le froid, croyez-moi c’est le sujet de conversation n°1 des Russes !

En septembre et octobre, c’est vrai qu’il fait frisquet, de la neige tombe, mais elle ne tient pas. Les étangs sont à moitié gelés. L’atmosphère est fraîche, les intérieurs sont frais aussi… mais c’est supportable. La vraie neige, celle qui tient, arrive à la mi-novembre. Petite neige toute fine qui vous picote le visage. Elle s’entasse, entasse, et le verglas sur les trottoirs commence à se former. Alors on commence à marcher en faisant de petits pas : histoire de ne pas glisser. Dans les parcs, tout devient blanc – les toits, les balcons, même les coupoles des églises. Tout quoi. C’est l’hiver !
On commence alors à ne plus voir que du verglas et de la neige.
Dans les parcs, les grands arbres, tous dénudés, se recouvrent de neige. Les routes se remplissent d’une bouillasse neigeuse, presque marron – plus tard cette bouillasse entre dans les magasins, dans le métro, dans les passages sous-terrains. Le temps devient gris, tres gris – et le soleil se couche à 16 heures. Cela fait bizarre.
Puis les choses sérieuses commencent : -10, -15. Finalement on s’ y habitue tres bien. Jean, tee-shirt, pull, chaussettes de ski… et, par-dessus : manteau de fourrure, chaussures fourrées à semelles un peu épaisses, bonnet, écharpe et gants. Les adultes sortent les chapkas et les pelisses. Les jeunes s’habillent de façon plus fraîche : ils font un petit sacrifice… à la « modernité ».
Arrive le grand froid. Le thermomètre vous annonce joyeusement : -22, -24… On prend les mesures d’urgence : deux paires de chaussettes, caleçon long, gros pull. Porter seulement un jean, cela reviendrait un peu à sortir en caleçon par zéro degré… Les sorties ne doivent pas excéder 1h30. De toute façon on rentre gelé. Dans la rue, on vend des surgelés. C’est sûr que la chaîne du froid ne risque pas de s’interrompre !
Par grand froid, on apprécie le beau soleil et les sculptures de glace. Quand le temps se radoucit, il se remet à faire fait gris, la neige fait à nouveau de la bouillasse, le verglas devient plus dangereux que jamais. Alors on attend et on espère plus qu’une seule chose : qu’il se remette à faire froid !

Caviar et vodka

La cuisine, russe tient au corps. Ici, on aime les soupes – de toutes sortes : soupe au poisson, soupe aux champignons, soupe à la betterave, soupe aux herbes, soupe au riz, soupe aux prunes… Le « borchtch » – la soupe traditionnelle (au chou, à la betterave et aux pommes de terre – est délicieuse. Les deux ingrédients de base de la cuisine domestique sont, vous l’aurez compris, les pommes de terre et le chou, et ce depuis la nuit des temps : c’est tres bon… Surtout pour le transit. On utilise aussi la semoule de sarrasin, c’est riche en fer, et cela n’a pas trop de goût. Les Russes mettent de la crème un peu partout – ils sont même capables d’en manger sans rien ou simplement, comme ça, sur du pain. Leur crème est spéciale, elle n’a pas vraiment d’équivalent en France. Je l’aime.
Les petits pâtés sont tres appréciés, surtout ceux qui sont fourrés a la viande et au chou. En apéritif, on prend des concombres, du hareng ou du saumon fumé. Les viandes de base sont le poulet et le porc. Ma mère d’accueil a un faible pour la langue de boeuf. Ce n’est pas mauvais, juste un peu coriace. Les boulettes de viande faites maison sont un classique, ainsi que les « hérissons » – de grosses boulettes, cuites avec du riz. Le must, ce sont les « chachliki », les brochettes. Le secret est de faire mariner la viande encore crue dans du kéfir, un lait fermenté, tres épais, au petit goût piquant. Cela donne une viande tendre et croustillante à la fois. Les Russes adorent les gâteaux, les bonbons, les chocolats, les biscuits… Les Russes aiment les douceurs en général.
Un truc à se damner, ce sont les blinis aux pommes, faits maison : de la pomme toute chaude dans une crêpe… En automne, on mange beaucoup de pastèque, en hiver, des pommes, des bananes, et des clémentines. Le pain se mange avec des graines de pavot. Rien d’illégal ni d’hallucinogène. Côté pain blanc, on fait mieux que la Russie : il est trop massif, et trop mou. Par contre, pour le pain noir, respect ! Il est parfumé, et il dure longtemps. Le petit-déjeuner est salé, un peu comme en Allemagne. On mange des saucisses, de l’omelette, un toast avec du saucisson, une bouillie de céréales. J’ ai passé quelques jours chez une amie où on me servait tous les matins une grande assiette de purée et de viande !
Au déjeuner, on grignote quelque chose, souvent sur le lieu de travail – il n’y a pas de pause fixe, ni de vrai repas. Le repas principal est le dîner, que l’on prend en rentrant du boulot. Chez nous, c’est vers 5-6h. On prend de la soupe puis un plat de viande ou de poisson avec accompagnement.
La Russie, il faut le savoir est aussi le pays du the. C’est impressionnant – l’Angleterre est dépassée, enfoncée même. Du thé, on en voit partout, on en boit souvent. À table, par exemple, on ne boit pas d’eau – car l’eau du robinet n’est pas potable. La fabrication du thé, c’est toute une affaire : on fait pour la journée une petite théière de thé très fort – on verse un peu de ce concentré dans la tasse, et, par-dessus, on jette l’eau bouillante (dans toutes les maisons il y a une bouilloire électrique). Les Russes n’ont pas peur de réutiliser le thé déjà fait, alors que cela ne se fait pas chez nous. Le thé est toujours accompagné de petits biscuits. On prend du thé à tout moment, après chaque repas et même entre les repas. Le thé, c’est une pause. On propose toujours le thé à un invité : c’est le minimum. Et ce quel que soit l’heure ! Souvent, le visiteur est même invité à rester manger.
C’est qu’ en Russie, on veille à « nourrir » son hôte.

Sujets sensibles

Il y a dans tous les pays des sujets qu’il est difficile d’aborder. En tant qu’étrangère, je pense que je suis pour là apprendre, et non pour juger. Mais ce n’est pas toujours facile de ne rien dire, de se taire quand on meurt d’envie de parler. Récemment par exemple, je me suis retrouvée confrontée à un cas de racisme ordinaire. Un professeur a sorti une phrase désobligeante envers les Noirs – c’était méprisant, idiot : la bêtise à l’état pur. J’étais dégoûtée – mais je n’ ai rien dit. Il n’était pas possible de discuter. J’ai fini par penser que c’était bien triste et vraiment petit d’avoir aussi peur de l’inconnu, et de le mépriser de façon aussi malsaine. Finalement, j’ai pris le professeur en pitié. Y avait-t-il autre chose à faire ?
Ce n’est pas non plus toujours évident d’entendre et de respecter un autre point de vue politique que le sien. En France, par exemple, on a une certaine façon de penser la guerre en Tchétchénie, et ici, une toute autre. Entendre ce que j’entends, je vous assure que cela fait bizarre. C’est dur. Mais je finis par me dire qu’il n’y a pas qu’une seule version des choses, et j’essaie surtout de se mettre à la place des gens dont les enfants sont envoyés a la guerre.
Quelque chose de spécial, c’est le choc économique. La Russie est une jeune démocratie, et elle a encore du chemin à faire pour se développer. Elle s’ est retrouvée d’ un coup dans l’économie de marché, et cela a été un sacré choc pour ses habitants. Aujourd’hui, elle évolue à toute allure, mais il lui faut encore du temps. Je me suis retrouvée transplantée dans ce pays, et des fois, je me dis que la France, c’est vraiment génial. Notre Etat nous donne des retraites qui permettent de vivre, ce qui n’ est pas le cas ici. Les plus pauvres se sentent emprisonnés, et les intellectuels ont juste assez pour vivre normalement. Quand on commence à réaliser tout cela, on se sent choqué. Puis, on commence à réfléchir et à prendre du recul. On réalise aussi que tout le monde s’aide, et on essaie d’en faire autant. On comprend beaucoup mieux la réalité d’ un pays et la vraie vie des gens en vivant dans une famille d’ accueil. Et on apprend à passer au-delà du choc. À ceux qui veulent aller dans un pays moins riche que le nôtre, je dis cela : documentez-vous sur votre pays d’ accueil, apprenez le plus possible avant de partir – Ne vous en faites pas, sure place, vous aurez encore des tonnes de choses à apprendre ! Mais plus vous vous renseignerez et plus vite vous vous sentirez intégrés et à votre aise dans votre nouveau monde. Que la différence de niveau de vie ne soit pas un frein quant au choix de votre futur pays d’accueil ! Vous pouvez tres bien vivre une année passionnante dans un pays moins riche. Sachez seulement vous préparer dans votre tête, et dites-vous que le fait d’assimiler ce choc vous fera grandir !

Choisir la Russie

Quand on s’ apprête à passer une année a l’ étranger, on pense plus souvent aux Etats-Unis ou a un autre pays anglophone. Cette année, j’étais la seule à partir en Russie. Je me suis donc sentie un peu marginale.
J’ai choisi un pays dont la culture m’intéresse – j’avais envie de le connaître à fond, de m’y plonger. Parfois, la France me manque un peu, mais je ne regrette pas du tout ce choix. La Russie est un pays de culturellement très riche… Il y a tant à apprendre. On navigue parmi les écrivains, les peintres, les architectes, les sculpteurs, les musiciens et les scientifiques de renom. L’histoire est bourrée de grands personnages, et même s’ils ont une fâcheuse tendance à se trucider pour obtenir le pouvoir, et à guerroyer à qui mieux-mieux, cette histoire est passionnante. En littérature, vous trouverez des monstres sacres immenses et généreux, de l’épique et du passionné, et des écrivains qui peignent la réalité de la vie à la campagne, avec son ennui, ses drames minuscules, ses conflits intérieurs.
Les Russes sont ouverts et chaleureux, ils aiment discuter, débattre, ils ont un avis sur tout. Ils n’ hésitent pas à défendre leur point de vue, ils sont extravertis, ils ont un fort sens de la famille.
La langue demande des efforts. Elle est bourrée d’exceptions, de notions difficiles à comprendre, mais elle est extraordinairement riche et diverse. Et mélodieuse ! Lire Pouchkine, c’est la plus belle récompense.

Changement de famille

C’ est sur, ce n’ est pas facile. Voila que tout part de travers, ma famille d’ accueil ne me prete aucune attention, se montre desagreable envers moi. Atmosphere tendue, tres mauvaise, incomprehensions, plus de communication. Et les parents qui s’ inquietent, sur lesquels on ne peut pas se reposer de peur de les inquieter plus, les amis en France qui se plaignent de n’ avoir plus de nouvelles. Que leur raconter, sinon que ca va mal ? Bref, gros coup de cafard, moral dans les chaussettes. Je m’ etais poutant preparee dans ma tete, je savais qu’ il y aurait des difficultes, mais que cette famille ne s’ interesse absolument pas a moi, ca, je n’ y avais pas pense. Je croyais que du moment qu’ ils decidaient de m’ accueillir… Et je m’ attendais a de l’ echange, je m’ y suis efforcee, mais non, cela n’ a pas marche.
C’ est la, quand il vous semble que tout va mal, et que vous vous dites: ‘okay, voila le bout du rouleau, j’ en ai assez vu, j’ ai compris’, quand vous avez envie de faire vos bagages et de partir, qu’ il est bon de s’ etre fait des amis. C’ est sur eux qu’ on peut compter, et ils vous aident a prendre du recul. J’ etais prete a rentrer, et meme a assumer l’ echec que cela aurait ete. Puis j’ ai realise qu’ en rentrant, je resterais sur une impression d’ echec, sur quelque chose de tres negatif. Je m’ etais engagee sur cette voie, ma place etait donc ici, il fallait mener a bien ce que j’ avais entrepris. Je me sentais vraiment a bout de forces, et difficilement capable de me readapter a une nouvelle famille, un nouvel environnement, une nouvelle ecole. J’ avais l’ impression d’ avoir deja fait des efforts enormes en vivant un mois et demi dans cette famille. Je me suis dit qu’ il fallait reconstruire du positif par-dessus.
Ma nouvelle famille d’ accueil est adorable, et je m’ efforce de mon cote de tout faire pour que cela se passe bien. La vie en famille d’ accueil ne se fait pas toute seule, il faut aussi y mettre du sien, reflechir a son comportement. Ce qui etait evident chez vous ne l’ est pas dans votre nouvelle famille, il faut se creuser son trou, se construire sa routine. Efforcez-vous des le debut de discuter avec la famille de quelle sera votre participation aux taches menageres, et refaites le point au bout de quelques temps: est-ce que vous faites ceci comme il faut, peut-on changer cela… Ceal desamorce les conflits. N’ oubliez pas que votre famille attend de vous de la communication et une part active a la vie commune. Le delegue local est la pour vous aider, mais n’ attendez pas l’ urgence complete. A vous d’ evaluer la situation !

Ecole 1216

C’ est sur, c’ est moins poetique qu’ ‘ecole Fiodor Dostoievski’, mais c’ est comme ca, on fait avec les numeros. L’ ecole russe comporte onze classes, de 6 a 17 ans. Et on met tout le monde dans le meme batiment. Cela fait un peu bizarre, au debut, de voir des petits de 6 ans crier et courir a travers les couloirs. Les quatre premieres annees sont les petites classes, les trois dernieres les classes superieures, et au milieu, notre college. Un meme prof peut enseigner aussi bien au ‘college’ qu’ au ‘lycee’.
Nous avons algebre, geometrie, physique, biologie, chimie, informatique, astronomie, histoire (russe, et contemporaine mondiale), sociologie, histoire de l’ art, sport, litterature, russe, anglais et francais.. Rien que cela… et comme c’ est une ecole specialisee de francais, nous avons aussi droit a un cours de traduction et a litterature et histoire francaises. Les matieres scientifiques sont bien enseignees, et sortant de terminale L, je ne suis pas au niveau, et je rame avec tout ce vocabulaire specifique. Par contre, les sciences humaines sont moins rigoureuses. Quand on est habitue a notre esprit ‘cartesien’, a nos tres scolaires dissertations, cela fait bizarre. En histoire, la prof passe plus de temps a interroger a l’ oral qu’ a faire un cours, et c’ est tres souvent comme ca. Les profs ne font pas vraiment de cours, il faut lire les manuels. Et justement, certains manuels ne sont pas tres rigoureux. Cela fait seulement 10 ans qu’ ils sont liberes du controle sovietique, et il a fallu les refaire en sciences humaines. Car si un manuel de geometrie sovietique ne differe d’ un contemporain que par la qualite de sa mise en page, un manuel de sociologie n’ aura rien a voir avant et apres 1991. Les regards ont change, il s’ agit d’ adapter l’ enseignement et de le rendre plus objectif, ou du moins plus independant. Ce n’ est pas evident pour les profs.
Nous avons cours de 8h30 a 15h20, ou 14h30. Chaque cours dure 40 minutes, et il y a des pauses de 10 min. entre deux. 7 ou 8 cours dans la journee, cela fait un rythme soutenu, mais heureusement, depuis la nouvelle annee, nous n’ avons plus cours le samedi, ce qui permet de se reposer un peu.
Chaque ecole a ses vigiles, en uniforme, qui veillent a l’ entree et connaissent tout le monde. Ils sont en general sympas. Il y a aussi un vestiaire ou on laisse son manteau, une bibliotheque. A la cantine, les plus petits recoivent un dejeuner, et on peut aussi acheter des gateaux et du the. Cela constitue une pause appreciee, mais cela ne fait pas un vrai repas, et habituee a notre dejeuner francais, je dois dire que j’ avais faim au debut ! Maintenant, je me suis faite a mon nouveau rythme.
Les notes vont de 2 a 5, ce qui me choquait au debut. J’ avais du mal a comprendre comment on pouvait evaluer un travail avec un aussi petit panel, et mettre 5 a un travail imparfait. En fait, elles servent plus a situer qu’ a classer les eleves. Elles ont la meme importance qu’ en France, c’ est-a-dire qu’ ici aussi les eleves attendent avec impatience leurs copies et se precipitent sur le journal de classe pour voir ce qui y a ete note. Les profs font preuve de beaucoup d’ indulgence, et sont toujours prets a accepter un travail en retard, rattrapper une mauvaise note par un travail supplementaire, faire refaire un controle rate. Tout se fait dans l’ interet des eleves. Cela ne veut pas dire qu’ on peut faire n’ importe quoi, mais que les profs se montrent comprehensifs en general.
Ils aiment bien donner des dossier a faire, ou de courtes redactions en litterature. Un execice apprecie aussi est la reformulation d’ un paragraphe du livre. Notre sacro-sainte ‘methode’ pour le bac n’ existe pas ici. Les eleves ont un bon niveau de francais, et connaissent bon nombre d’ expression utiles. Par contre, en anglais, ils sont carrement mauvais, et ce dans les deux ecoles que j’ ai frequentees. Mais plus tard, a la fac, le niveau de langue devient beaucoup plus serieux, c’ est l’ un des meilleurs du monde. En quatre ou cinq ans, les eleves ressortent bilingues.
Le grand examen n’ est pas celui de sortie de l’ ecole, mais celui d’ entree a la fac. Les eleves s’ y preparent avec des cours particuliers dans les matieres ou ils ont du retard. Ces cours, ajoutes a l’ ecole, leur prennent beaucoup de temps, et leur demandent beaucoup de travail. Un eleve de onzieme a souvent un emploi du temps tres charge et passe pas mal de temps dans les transports. A ce rythme la, ils se fatiguent vite, et la moindre maladie devient un bon pretexte pour rester a la maison et se reposer un peu. Certains habitent meme en dehors de Moscou, a la campagne, et vivent la semaine dans le centre, qui chez sa grand-mere, qui chez son oncle, pour ne rentrer que le week-end.
Je trouve que l’ ecole russe ne prepare pas vraiment a la vie adulte, et qu’ elle n’ apprend pas toujours a penser par soi-meme. Par contre, le systeme est plus relaxe que chez nous, moins contraignant, et plus comprehensif.

Petites particularites

Ce sont celles qui vous choquent au debut, parce que vous n’ aviez jamais pense qu’ on pouvait faire comme ca. Vous vous dites que vous allez vous y habituer, puis arrive une periode ou vous en avez vraiment marre de ce pays on a telle ou telle manie, ou on fait ceci a l’ envers, cela de facon etrange. Et vous finissez par faire comme tout le monde, au point que les habitudes francaises vous paraissent bizarres. Ca y est, vous etes acclimate, parfois a des choses dont vous ne vous seriez pas cru capable. Ce n’ etait pas si difficile, en fin de compte.
Une des premieres habitudes auxquelles je me suis heurtee, c’ est celle de se changer. En rentrant chez soi, on met ses vieux vetements d’ interieur. Je trouvais cela tres impoli de recevoir ses amis en tee-shirt elime, lequel n’ est pas lave aussi souvent que ses vetements de dehors. Et ma famille d’ accueil ne cessait de me repeter de me changer. Seulement quand on part pour un an, on n’ emmene pas de vieux vetements qui ne tiendront pas la route ! Et franchement, cela prend du temps pour rien de se changer a chaque fois qu’ on veut sortir. Eh bien tous ces arguments ne sont plus trop valables a mes yeux, depuis que j’ ai compris la notion russe du confort: etre chez soi, avoir des vetements dans lesquels on est a l’ aise, et pas ceux, incomfortables, qu’ on a au travail, et qui vous rappelle tous les petits problemes qui y sont lies. L’ autre jour, je ne me sentais pas a mon aise, et j’ ai realise que j’ avais tout simplement oublie de me changer.
Il en va de meme pour les chaussures. Quand on arrive chez quelqu’ un, on enleve systematiquement ses chaussures. C’ est evident quand il neige, mais cela va plus loin: il est considere comme sale et impoli d’ arriver chez un ami et de ne pas mettre de chaussons. Il y a dans chaque maison des paires de chaussons supplementaires pour les invites. A l’ ecole, il faut apporter une paire de chaussures d’ interieur et les mettre en arrivant, et si on oublie, on gagne le droit d’ aller debarrasser la cantine !

Il y a certaines choses qui sont propres a Moscou, qui sont des traits de capitale. Et tout d’ abord, les pietons tout-terrains. Je suis sure que le pieton moscovite a les orteils les plus aggrippants du monde. Pour rester debout dans le metro sans se tenir, alors que certain conducteurs exploitent pleinement ses capacites de vitesse. Apres cela, vous pouvez tranquillement vous mettre au surf. Orteils muscles aussi, et grande maitrise du retablissement sur trottoir verglace. Celui qui n’ a pas fait au moins une chute en hiver n’ est pas encore ne ! Outre cela, il y a les tas de neige a enjamber dans les caniveaux, et le difficile exercice d’ appreciation: est-elle gelee et recouverte de neige neuve, ou toute molle ? Autre tache du citadin debutant: apprendre a descendre un escalier de marbre verglace recouvert de neige fondue, et ce sans rampe, entoure de gens presses. Le pieton moscovite developpe un vocabulaire tres specifique, essentiellement a l’ adresse des automobilistes. Ne pas s’ attendre a ce que ceux-ci s’ arretent, meme en vous jetant une bordee de jurons. Ils ne s’ arreteront pas ! A noter que des qu’ il monte dans une voiture, le pieton cesse de l’ etre, et commence a pester contre cette foule d’ insectes qui le genent. Le pieton a tendance a beaucoup transpirer, et a vite attrapper des chauds et froids. Le metro est en effet tres chaud, et la rue glaciale, mais on s’ habitue, on on comprend la necessite d’ un antitranspirant, meme si cela n’ apparait pas etre la premiere chose a emporter a Moscou. Mais il y a pire: l’ innocent passant est en danger ! Un journal rapporte que dans la capitale, 200 personnes ont ete victimes de contusions suite a des stalactites qui leur sont tombees sur la tete. Je n’ ai jamais assiste a ce genre de spectacle, mais il est evident que bon nombre de stalactites se forment sur les rebords des toits, et qu’ avec ce pic de chaleur vers 0 degres, elles se decrochent..
Comme dans toutes les capitales, les gens sont presses, passent leur temps dans les transports et n’ aspirent qu’ a s’ asseoir dans un fauteuil une fois rentres chez eux. Ils sont aussi tres stresses par la possibilite de rater le metro qui vient d’ arriver, on s’ y entasse, compresse, bouscule et fait ejecter des rames des l’ ouverture des portes. Mais voila, les gens sont aussi malpolis. Cela fait vraiment bizarre au debut. Dans un magasin, vous avez peu de chances d’ obtenir un merci ou un sourire, voire un bonjour. Les gens ont peur des inconnus et se protegent en se comportant froidement et de maniere distante, voire carrement malpolie. Les immeubles et maisons ont tous des interphones, des codes, les gens ne laissent pas entrer n’ importe qui. Et pourtant, Moscou n’ est pas plus dangereuse que Paris. Il faut savoir ou et quand ne pas aller, mais a part ces regles evidentes, il n’ y a rien de particulier. A l’ inverse, si vous etes invites chez quelqu’ un, ou introduit d’ une facon ou d’ une autre, meme tres indirectement, vous serez recu avec beaucoup de chaleur. La legendaire hospitalite russe ne fait pas defaut, et vous ne pourrez pas repartir affame, c’ est impossible ! On se mettra en quatre pour vous, on vous fera de la place (et pourtant, les appartements ne sont pas grands), on vous mettra a l’ aise.

Article paru dans le journal Trois-Quatorze n°36