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L’accueil comme un accomplissement

Florence Pigearias est une mère d’accueil éclairée : deux expériences avec AFS et une nouvelle cette année avec PIE. Au moment de dire adieu à Ronja, jeune Estonienne de 18 ans —qu’elle a vu s’adapter et grandir au sein de sa famille—, elle nous livre quelques clés pour bien aborder un échange de longue durée et pour faire en sorte qu’une compatibilité éventuelle (sur le papier) se transforme en vraie complicité.

En images : Ronja et la famille Pigearias
L’accueil de longue durée avec PIE

L'accueil en famille avec PIE — Ronja, Estonienne, et sa famille française

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3.14 — Pourquoi avoir décidé d’accueillir Ronja ?
J’avais, à vrai dire, décidé de ne plus accueillir, car je n’avais plus d’enfant à domicile. Ma fille étant étudiante, elle ne rentrait que de temps en temps, et mon fils étant interne, il ne rentrait que le week-end. Deux adultes de plus de cinquante ans pour accueillir un jeune —à la campagne qui plus est!— ça ne me paraissait pas satisfaisant. D’autant que chez nous, pour faire quoi que ce soit il faut prendre la voiture. Mais le problème c’est que j’aime énormément accueillir… Alors j’ai craqué!

3.14 — Pourquoi « aimer l’accueil » ?
Le plaisir de l’échange tout simplement. J’adore ça. Je m’éclate vraiment. Le plaisir de voir les jeunes s’intégrer dans la fratrie.

Le plaisir de l’échange tout simplement. J’adore ça. Je m’éclate vraiment. Le plaisir de voir les jeunes s’intégrer dans la fratrie.

3.14 — C’est donc ce plaisir qui l’a emporté ?
Mes enfants m’y ont poussée aussi. Mon fils m’a dit: « Mais je rentre le « week-end » ; ma fille: « Je suis souvent à la maison quand même! ». Ils ont insisté et ce qui ne me paraissait pas raisonnable est finalement devenu une sorte d’évidence.

 L'accueil en famille avec PIE — Ronja, Estonienne, et sa famille française

3.14 — Vous êtes donc une adepte de longue date de l’accueil, pourriez-vous nous expliquer comment vous en êtes venus à accueillir la première fois ?
Il y a maintenant sept ans, ma fille est venue me voir en me disant qu’elle ne savait pas du tout vers quoi elle voulait s’orienter, mais en ajoutant : « Par contre, je sais que je veux faire ça ! »... et de me tendre un papier de l’organisme AFS relatif au séjour scolaire d’une année —exactement ce que vous faites. Comme elle était encore toute jeune, je lui ai répondu : « Écoute, je te propose qu’on accueille pour que tu voies comment ça se passe et que tu comprennes un peu les enjeux! »

3.14 — Vous avez donc envisagé « l’Accueil » comme un terrain d’expérience au « Départ » ?
OUI et NON. OUI, car il y a un parallèle entre ce que vit le jeune que vous accueillez et l’enfant que vous envoyez. Il y a une forme d’enseignement en miroir, issue de l’expérience vécue. Et en même temps NON, car je trouvais simplement logique que, dans un cadre associatif comme le vôtre, ça fonctionne dans les deux sens. Selon moi, si on part (je veux dire : « si un des enfants part »), il est indispensable d’envisager à un moment ou un autre d’accueillir. Personnellement, je rappellerais gentiment —mais sans cesse— ce « devoir » aux parents!

3.14 — Et pourtant la réciprocité n’est pas obligatoire… et PIE tient à préserver ce principe ?
Je comprends cela très bien, car il ne faut (et on ne peut) bien évidemment contraindre personne à accueillir (et donc à bien accueillir), mais les gens doivent comprendre que si on n’accueille pas les jeunes ne peuvent pas partir. C’est un constat d’une telle évidence!

Il y a un parallèle entre ce que vit le jeune que vous accueillez et l’enfant que vous envoyez… une forme d’enseignement en miroir, issue de l’expérience vécue.

3.14 — D’où cette idée de « devoir » dont vous parlez ? On pourrait comparer au « devoir » de voter, lequel n’implique pourtant aucune obligation.
Oui je suis d’accord à 1000%: c’est exactement pareil.

À la Tour Eiffel — L'accueil en famille avec PIE — Ronja, Estonienne, et sa famille française En observation — L'accueil en famille avec PIE — Ronja, Estonienne, et sa famille française En image : » Après une chute de vélo le 27 novembre, Ronja a été envoyée directement aux urgences par les pompiers. Étant encore mineure à ce moment-là, elle était en observation pendant 6-8 heures en pédiatrie avec des décors Fée Clochette sur les murs. »

3.14 — Est-ce que pour prendre la décision finale d’accueillir vous dressez à un moment ou un autre une liste des POUR et des CONTRE ?
Ah non, pas du tout… Jamais ! Ça ne sert à rien selon moi. Vous pouvez trouver mille raisons de ne pas accueillir… mais le devoir reste là!

3.14 — De façon générale, quel est le frein principal à l’accueil (pourquoi l’idée ne séduit-elle pas plus que ça) ?
J’en vois deux: d’abord et avant tout le coût. Cela tient, selon moi, à un problème global de générosité. Quand j’en parle autour de moi, je me rends compte que les gens sont surpris que l’on puisse accueillir bénévolement, que ça coûte un peu d’argent et qu’il n’y ait pas de contrepartie. En sourdine, j’entends un peu cette musique. Le second obstacle tient à la disponibilité : aurai-je assez de temps à consacrer au jeune étranger? est-ce qu’on pourra partir en vacances comme prévu? Ça honnêtement, je peux comprendre, car c’est prenant d’accueillir.

3.14 — Vous comprenez moins l’obstacle de la dépense (ou de la générosité) ?
Nettement. D’abord, parce que nos « hôtes » ne nous coûtent pas bien cher. Il faut avoir conscience que ça ne sert à rien d’en faire trop ou de leur donner trop. Ils ne seront pas plus heureux parce que vous leur servez du caviar. Et d’ailleurs, ils ne sont absolument pas demandeurs de ça! Et ensuite et surtout parce que, quand ça se passe normalement, ce que vous offrez, vous est rendu au centuple… en termes de chaleur humaine, d’émotion, de vécu commun.

3.14 — Dans votre famille tout le monde est sur la même longueur d’onde… autrement dit favorable à 100% à l’accueil ?
Moi et mes enfants certainement. Mon mari est plus passif. De lui-même, il n’accueillerait pas, car je crois qu’il ne faut pas trop le déranger dans son quotidien (rires!). Concrètement d’ailleurs —et pour ne parler que de Ronja— c’est tout de même moi qui m’occupe un peu de tout.  Après il est très fier d’accueillir… et je dois dire qu’il en parle très bien dans son entourage et sait vanter les vertus de l’accueil (rires) !

L'accueil en famille avec PIE — Ronja, Estonienne, et sa famille française 3.14 — Comment choisissez-vous un/une jeune ?
On choisit vraiment en famille. Cette année on a changé d’organisme et on est passé chez PIE, car notre fils ne pouvait plus partir avec AFS (post bac) et parce que tous les jeunes qui nous étaient proposés chez AFS étaient trop jeunes. Pour moi un des critères essentiels est d’accueillir des jeunes indépendants et mûrs. Après on choisit beaucoup avec la « Lettre de présentation ». Il faut qu’elle soit complète, qu’elle dise beaucoup de choses. Il faut un peu de sincérité

3.14 — C’était le cas avec Ronja ?
Oui. Elle ne se contentait pas de dire : « J’aime le cinéma. » Elle se livrait, on arrivait, comment dire… à la déchiffrer. Nous, on recherche quelqu’un qui s’ouvre, qui s’engage dans la relation. On doit donc ressentir ça dans la lettre. D’autres personnes chercheront d’autres choses. Le tout c’est d’arriver à sentir si on est susceptibles d’avoir des affinités… Au moment du choix, on cherche un degré de compatibilité suffisant.

3.14 — C’est une idée intéressante. C’est donc ce degré qui déterminerait une bonne entente ou, comme disent les anglo-saxons, un bon « match »  ?
Oui, on doit chercher celui parmi les jeunes étrangers qui offre ce degré maximum de compatibilité. Pour notre famille par exemple, savoir si le jeune est petit, beau, s’il joue au tennis ou en combien de temps il court le 100 mètres n’a pas grande importance… Tout cela n’a pas grand-chose à voir avec notre propre « degré de compatibilité ».

Nous, on recherche quelqu’un qui s’ouvre, qui s’engage dans la relation. On doit donc ressentir ça dans la lettre. D’autres personnes chercheront d’autres choses. Le tout c’est d’arriver à sentir si on est susceptibles d’avoir des affinités… on cherche un degré de compatibilité suffisant.

3.14 — Avez-vous senti un décalage entre la « Ronja papier » (celle du dossier) et la « vraie Ronja » ?
Non… sincèrement pas trop…. Il faudrait que je revoie la lettre, mais je ne crois pas.

3.14 — Et au cours de vos autres expériences « Accueil » ?
Notre deuxième accueil a été difficile. On a justement mal estimé la personnalité de Jonas. Ce garçon  avait vraiment un ultra haut potentiel (des capacités intellectuelles et physiques hors normes) et je reste persuadée qu’il s’est ennuyé chez nous. On n’a pas bien estimé ce décalage ; de son côté il se connaissait mal sans doute, s’est mal présenté et ne savait pas trop pourquoi il était venu en France. Je pense qu’il a pas mal souffert de la situation et que je n’ai pas su contrebalancer par une relation chaleureuse. Simplement le prendre dans mes bras et le rassurer. Je n’osais pas. Je dois dire que c’était une sacrée baraque !

3.14 — Vous avez donc vécu des expériences très différentes ?
Oui, parce qu’avec Ronja, tout s’est déroulé assez naturellement et simplement. Mais comprenez-moi bien… ce n’est jamais tout blanc ou tout noir. On passe toujours par des moments d’incompréhension, de maladresses, de désaccords, de manques… Aucun d’entre nous n’est parfait… mais globalement ces échanges sont toujours d’une grande richesse

3.14 — Qu’est-ce que Ronja vous a apporté ?
Ronja prend tout avec le sourire et avec sérénité, et elle nous a transmis cela. Elle a un degré de tolérance énorme et c’est une leçon pour nous tous. J’ai découvert aussi, à l’occasion de cet échange, qu’il fallait vraiment verbaliser ce que nous ressentions… nos peurs, nos attentes et nos demandes. En théorie, on sait tout cela, mais cette expérience nous pousse plus loin et nous engage à le faire. Et l’enseignement dépasse ensuite largement le cadre de l’accueil. Cette prise de conscience a certainement dû maturer avec les autres jeunes et au fil des échanges, mais c’est à l’occasion de cet accueil que la vraie prise de conscience s’est faite.

Nous sommes passés de la compatibilité à la complicité… et en soi, c’est une forme d’accomplissement!

3.14 — …et au niveau culturel, que vous a-t-elle apporté ?
De l’Estonie nous ne connaissions rien ! Et Ronja nous a appris tant de choses. Son regard sur la guerre en Ukraine (elle qui vient d’un pays indépendant depuis seulement 30 ans, après des dizaines d’années sous la domination russe) était vraiment très différent. À travers elle, nous avons vraiment découvert une culture.

3.14 — Et qu’est-ce que vous avez apporté à Ronja ?
Je suis fascinée par la façon dont elle a grandi et je pense qu’on l’y a aidée. Quelle maturité aujourd’hui et quelle indépendance! C’est un peu notre réussite.

Petit déjeuner — L'accueil en famille avec PIE — Ronja, Estonienne, et sa famille française 3.14 — Avez-vous une anecdote à nous raconter sur son séjour ?
Il y a en aurait beaucoup. Un jour on parlait des animaux (elle adore les bêtes) et on lui demandait si elle aimait aussi les lapins. Elle nous a répondu : « Oui c’est bon ça. » On a ri.
Et pour être moins anecdotique, Je pense à ce piercing à l’oreille que les deux filles ont décidé de se faire après le séjour de Ronja, histoire sans doute de symboliser qu’elles sont soeurs… en tout cas pour marquer quelque chose. Ce sera leurs gouttes de sang mêlées, en quelque sorte.

3.14 — Vous avez l’air émue et fière de cette complicité ?
Oui bien sûr. J’évoque à travers cette anecdote la complicité avec ma fille, mais c’est tellement vrai aussi avec mon fils… et même avec mon mari. Tenez un exemple : Ronja est très gourmande ; moi qui me déplace souvent pour mon travail, je sais qu’en mon absence, ils se font de super bons petits repas !

3.14 — Vous êtes finalement passés d’une éventuelle compatibilité à une vraie complicité, n’est-ce pas ?
Exactement ! De la compatibilité à la complicité… et en soi, c’est une forme d’accomplissement!

 

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