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L’impression du mois

L’ÉCHANGE MAGIQUE
Yu-Chen, Taïwanaise, et Isabelle, sa mère d’accueil
Une année en France
En image | Yu-Chen et sa famille d’accueil

Isabelle
L’idée grandissait depuis quelque temps déjà: accueillir quelques semaines une jeune étrangère. Nous avons donc épluché différents sites. Parfois, nous pensions — nous les parents — que l’idée était un peu folle et risquée. Et si cela se passait mal? Mais les filles étaient très motivées, plus particulièrement l’aînée. Et puis quel meilleur moyen de voyager, de s’enrichir culturellement… en restant chez soi?

Yu-Chen
Quand j’étais à Taïwan, j’avais déjà pensé à échanger dans un autre pays depuis longtemps. Cette année, mon petit rêve s’est réalisé. Je ne pouvais pas attendre de voir ma famille d’accueil, quand j’ai reçu la lettre de PIE. J’ai commencé à écrire les mails avec ma famille d’accueil et je n’en pouvais plus d’attendre.

Isabelle
Alors nous avons visité le site de PIE… mais sans nous engager. L’association a su nous convaincre grâce à la réactivité de sa déléguée. Et là, surprise : coup de cœur commun pour une adorable jeune Taïwanaise. Durant plusieurs semaines, un lien s’est tissé via internet. Le lien résisterait-il au réel? Au quotidien? Sa culture était nécessairement différente de la nôtre. Nos habitudes, nos goûts ne lui conviendraient peut-être pas. Nous avions déjà deviné quelques différences, seraient-elles conciliables? De la même façon, lorsqu’une famille s’agrandit, un temps d’adaptation est toujours nécessaire. Yu-Chen n’était pas un bébé, mais une adolescente… En l’attendant, nous avons discrètement enquêté sur ses goûts et nous avons préparé une chambre à ses couleurs; nous avons disposé un grand panneau sur lequel elle pourrait accrocher des photos de sa famille et ses amis. Puis, nous avons disposé un coussin ici, un bibelot là, acheté un pot à crayons susceptible de lui plaire, installé un bureau et une chaise, déposé les draps, et attendu…

Yu-Chen
Enfin, je suis arrivée en France. Je n’étais pas fatiguée, pas encore… parce que j’étais très heureuse de venir en France. J’ai vite découvert des choses différentes par rapport à Taïwan. L’air, par exemple, est plus sec, il n’y a pas beaucoup de bâtiments hauts, et il y a plus de personnes qui portent des parfums. J’ai été à Paris avec d’autres étrangers pendant neuf jours et nous avons visité beaucoup de lieux touristiques tels que la tour Eiffel, le Louvre, les bateaux-mouches, Montmartre, Notre-Dame, les Champs-Elysées, l’Arc de Triomphe, etc. J’ai appris un peu de français avec les professeurs de PIE, j’ai découvert la culture française, les aliments français, le système scolaire, etc. J’ai donc découvert plein de beaux lieux et la délicieuse nourriture. J’ai commencé à adorer la France. C’était la dernière journée à Paris, j’étais un peu paniquée parce que je ne savais pas si ma famille d’accueil m’aimerait ou pas, je ne savais pas si je m’adapterais à mon lycée et plein de petites choses… et à cause de tout ça, j’ai mal dormi. Pourtant, quand j’ai vu ma famille d’accueil, les choses qui m’avaient fait paniquer avaient disparu. Lorsque, je les ai rencontrés, j’étais embarrassée parce que je ne savais pas quoi dire. Mais leurs sourires m’ont détendue; j’ai essayé de parler un peu français avec eux; par contre, eux, ils ont parlé très vite, et j’étais très nerveuse et il me fallait réfléchir à ce que j’allais dire à cause de mon mauvais français. La maman de ma famille d’accueil m’a posé la question: «Tu n’as pas appris le français depuis huit ans?» et ensuite j’ai répondu: «Non.» La maman était très surprise parce que dans le dossier c’était écrit que j’apprenais le français depuis huit ans mais je ne l’apprenais que depuis huit mois. Nous avons beaucoup rigolé sur ça. Après, nous avons beaucoup parlé anglais parce que je ne comprenais pas tous les mots en français. Pendant que nous roulions jusqu’à la maison, j’étais très fatiguée à cause de mon mauvais français et à cause du trajet. Finalement, nous sommes arrivés à la maison et ils m’ont présenté les animaux et la maison. J’adore ma chambre, c’est rose, ma couleur préférée et il y a une peluche de Minnie. Ma famille d’accueil est très gentille avec moi. Ils sont très mignons.

Isabelle
Le jour J: un mélange d’angoisse et d’excitation. Nous savions qu’elle aurait une valise rose, nous connaissions son doux visage. Lorsque nous l’avons vue, nous nous sommes précipités vers elle pour comprendre aussitôt qu’il y avait une erreur dans le dossier! Elle ne pratiquait pas le français depuis plusieurs années, mais seulement depuis six mois! Bref instant de panique. Nous avons découvert avec soulagement qu’elle s’exprimait très bien en anglais. Comme elle ne parlait pratiquement pas français, nous avons, dans un premier temps, utilisé intensément l’anglais. Chacun a donc pu progresser dans cette langue. De fréquents éclats de rire furent partagés, soit parce que Yu-Chen inventait ou transformait certains mots, soit parce que notre entourage et nous-mêmes en déformions d’autres!

Yu-Chen
Ma famille d’accueil m’a emmenée visiter beaucoup de châteaux, jardins, monuments et musées. J’aime tout ce que j’ai vu…

Isabelle 
Cependant tout n’a pas toujours été facile. Il y eut les moments de cafard de Yu-Chen. Vivre si loin de sa famille n’est pas facile lorsqu’on a dix-sept ans… En effet l’association interdit au jeune de rentrer pour Noël, de recevoir une visite de sa famille durant tout le séjour et les contacts réels avec les jeunes issus du même pays sont limités ou interdits durant les premiers mois! Yu-Chen a donc fêté son anniversaire avec nous, et puis Noël (un événement qui n’a pas vraiment la même importance à Taïwan).
Nous comptons bien découvrir un Premier de l’An chinois avec ses yeux et son regard.
Et puis il y a eu la vie au lycée… qui n’est pas simple. Arriver en France et ne rien comprendre en cours, c’est difficile… Quelques professeurs ont cependant fait l’effort d’aller vers elle, et moi, je lui ai proposé quelques exercices en français (d’autant qu’elle souhaite se présenter au DELF — diplôme d’étude en langue française). Les cours sont également beaucoup moins longs à Taïwan qu’en France. Enfin la culture taïwanaise est beaucoup moins individualiste que la culture française: Yu-Chen a donc été surprise face à certains comportements.

Yu-Chen
J’étais très contente et impatiente d’aller au lycée. Mon école est un lycée public; il y a à peu près 700 élèves. Tout le monde s’habille à la mode et les gens qui travaillent à la vie scolaire sont gentils. Ma classe est une petite classe qui compte 21 personnes. Le lycée est complètement différent du mien, à Taïwan. Nous ne mangeons pas à la cantine à Taïwan, donc manger à la cantine est une chose intéressante pour moi et j’aime bien la cuisine française.

Isabelle
De notre côté, très peu d’ajustements furent nécessaires, car nous avons la chance de vivre avec une jeune fille pleine de bonne volonté! Elle s’est parfaitement adaptée à notre famille et nous l’avons tous adoptée. Même si nos goûts ne sont pas identiques, même si nos habitudes sont différentes, elle a su s’intégrer tandis que nous avons modifié certaines habitudes pour elle… sans chambouler notre vie, non… Nous avons simplement su nous adapter les uns aux autres. Aujourd’hui, nous n’avons plus besoin de l’anglais: Yu-Chen a énormément appris! Et finalement, nous sommes passés d’un projet de deux mois — avant de croiser son charmant minois — à un séjour de longue durée de 10 mois! Nous n’avons jamais regretté cette décision… bien au contraire! Nous avons pu goûter différentes recettes taïwanaises, découvrir une autre culture, des usages différents, une autre façon de voir la vie. Nous aimons beaucoup les lunettes «roses» à travers lesquelles Yu-Chen nous montre sa culture. Et puis surtout ce sera une fabuleuse expérience humaine, certainement l’une des plus belles que nous serons amenés à vivre! Nous comptons bien soigner ce lien, même lorsqu’elle sera loin. Et l’an prochain, il est déjà question de vivre une autre expérience culturelle, peut-être moins riche, mais nous l’espérons, toujours avec bonheur.

Yu-Chen
Je fais de la danse avec ma sœur, Mélina. Nous avons fait un spectacle aux Arènes, en décembre. Nous faisons de la danse modern jazz. Nous passons de bons moments et nous rions beaucoup, parce que nous sommes des débutantes. Les choses qui m’ont touchée le plus avec ma famille d’accueil, c’était mon anniversaire et Noël. Nous sommes allés au cinéma d’Angers, la maman a fait des cookies au chocolat et une tarte aux fraises, et les sœurs m’ont donné un collier avec des papillons. J’ai reçu une chemise de nuit de la maman parce que je n’en avais pas. J’étais très contente et j’ai presque pleuré. Noël était très cool, j’ai reçu beaucoup de cadeaux de la maman surtout, des sœurs, de Mamine et de Grand-Mamie. J’ai reçu beaucoup de choses, beaucoup plus que tu peux imaginer. J’ai eu un très bon anniversaire et un hyper bon Noël. En plus, j’ai passé un vrai Noël en France. J’ai trop de chance d’avoir une hyper bonne famille d’accueil. Ma famille d’accueil est plus qu’une famille d’accueil pour moi : ils sont les personnes que je ne vais jamais oublier… des personnes en qui je peux croire et des personnes avec qui j’adore partager. Nous allons encore passer de bons moments ensemble.