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« Notre » famille n’est pas la seule famille

Jan est Allemand. Il est venu passer une année en France en 1984… et cette année a clairement orienté son existence personnelle et professionnelle (de journaliste international). Son parcours est jalonné de longs voyages et de vrais apprentissages. Son leitmotiv : faire, expérimenter, ne pas s’enfermer.

Jan, Allemand _ Accueil en Franve avec PIE en 1984Pourquoi je suis parti avec PIE
J’avais 15 ans. J’étais comme beaucoup d’ados en pleine crise d’identité, crise accentuée par le fait que j’étais gay. J’ai cherché et saisi une occasion de m’enfuir, de m’évader. Je voulais me décaler. Je n’étais pas attiré par la culture américaine, et par contre très attaché à la langue française —en partie grâce à une prof que j’adorais.

La plongée dans la famille rend l’expérience unique : on comprend à cette occasion que « sa » famille n’est pas la seule famille au monde.

Mon année PIE en trois mots
J’ai avant tout rencontré une famille de coeur. On s’est adoptés mutuellement, on est devenus une famille spirituelle. Depuis l’âge de 6 ans, je vivais seul avec ma mère, je disposais d’une immense liberté, je faisais ce que je voulais. En France, avec Andrée, ce n’était pas envisageable. Et cette rigidité (« Je suis à cheval sur mes principes », me disait-elle), ce cadre qui m’a été imposé, m’a bizarrement énormément aidé à me structurer, à me situer et à développer ma personnalité. Au niveau existentiel, personnel, cette année a été un grand voyage. Ce séjour se déroule à un âge où on absorbe tout ce qui est étranger comme une éponge, on est malléable. À ce niveau, la plongée dans la famille rend l’expérience unique : on comprend à cette occasion que « sa » famille n’est pas la seule famille au monde.

J’ai compris grâce à Andrée (ma mère d’accueil) qu’il ne fallait pas toujours se prendre soi-même comme point de référence. Cela a été un déclic ; ça m’a ouvert les yeux. 

Une anecdote sur mon séjour en France
Je disais souvent : « En Allemagne on fait, comme ci ou comme ça, etc. » Andrée me reprenait : « Écoute, tu es en France, alors arrête de comparer et de nous rabâcher qu’en Allemagne on fait autrement. » Et j’ai compris grâce à elle qu’il ne fallait pas toujours se prendre soi-même comme point de référence. Changer ce repère cela me permettait d’accepter un autre point de vue. J’ai compris par exemple qu’il y avait plusieurs façons de manger de la salade. Cela a été un déclic ; ça m’a ouvert les yeux. Avec Andrée, on a pris l’habitude, pendant le séjour, de s’écrire pour s’expliquer et pour argumenter. Et on a gardé cette habitude. Voilà presque 40 ans qu’on s’envoie régulièrement des lettres, qu’on se parle au moins une fois par mois, qu’on passe trois heures au téléphone, qu’on s’écrit des textos tous les deux jours, qu’on se voit à Noël ou au jour de l’An. Depuis la mort de ma mère, Andrée est devenue « ma famille » tout court.

Parcours / Études depuis le séjour
Bac en Allemagne, 3 mois en Italie, service militaire, voyage de 6 mois autour du monde (Australie, Inde, Népal), études internationales à la London School of Economics (à Londres), Master en Développement international autour du monde arabe (j’ai appris l’arabe à cette occasion), 18 mois de coopération à Bruxelles (trop rigide),18 mois de formation de journaliste à la ARD (radio télévision publique), journaliste à partir de 99 (deux ans à Londres, 3 ans au Maroc et 6 ans en Californie). L’envie d’apprendre, de voyage, d’échange avec le monde… tout cela m’a poussé.

Mon idée est d’aider les gens à faire les choses, à se lancer, à expérimenter, à ne pas s’enfermer dans la dimension cérébrale.

Situation actuelle
Je suis revenu en Allemagne en 2013. Je suis aujourd’hui journaliste à la radio de Francfort. Je boucle la boucle… En parallèle, je me suis lancé dans une formation de thérapeute. Mon idée est d’aider les gens à faire les choses, à se lancer, à expérimenter, à ne pas s’enfermer dans la dimension cérébrale.

La roue de la vie ne peut pas tourner à l’envers, alors je n’ai même pas envie de réfléchir à la question de savoir ce que je serai devenu sans cette parenthèse d’une année. Je devine seulement que mon horizon serait plus étroit.

Si je n’étais pas parti avec PIE…
La dimension existentielle de cette expérience est tellement importante et les retombées si nombreuses que c’est juste impensable de deviner ce qu’aurait pu être ma vie sans ce premier départ. La roue de la vie ne peut pas tourner à l’envers, alors je n’ai même pas envie de réfléchir à cette question. Je devine seulement que mon horizon serait plus étroit.