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Pour ne rien regretter

Déconfinement sur les bords du lac Michigan — Rester aux USA malgré la crise du Covid-19

Siham vivait tranquillement son année américaine… quand, en mars, est survenue la crise du Covid-19. Patatras ! Tout allait tomber à l’eau. À moins que…

En image — À l’heure du déconfinement : Siham et son amie américaine, Lannie, en balade sur le lac Michigan

POURQUOI J’AI CHOISI DE RESTER  
Siham, Grand Haven, Michigan
Une année scolaire aux États-Unis

3.14 — Jusqu’en mars, et jusqu’à la crise sanitaire, comment se passait ton année aux États-Unis ?
Siham — Le mieux possible. J’avais une bonne famille d’accueil, plein d’ami(e)s. Du côté de l’école ça allait aussi. J’étais bien intégrée. En fait, tout roulait! 

À partir de quel moment as-tu senti que ton séjour pouvait être écourté ?
À la vérité, je ne me suis jamais placée dans cette perspective. Tout depuis le départ a évolué à la fois de façon lente et rapide. Au lycée, on a commencé à parler tôt de la crise sanitaire, mais comme quelque chose de lointain. Je n’y avais pas porté plus d’attention que cela. On ne pouvait pas deviner l’ampleur qu’allait prendre le phénomène. Mais, là encore, on ne s’inquiétait pas trop, d’autant que dans notre coin, il n’y avait pas un réel confinement. On pensait : c’est une parenthèse et dans trois semaines, on reprend la vie normale. Jamais je n’ai imaginé que ce serait prolongé ou que cela irait plus loin. 

À quel moment les perspectives ont-elles changé ?
Environ 10 jours après que les cours ont cessé. Ils nous ont annoncé qu’on ne reprendrait pas l’école : à partir de là tout a pris une autre tournure. Tout s’est accéléré. D’autant que je recevais des nouvelles très alarmantes de France. Tout était fermé, tout le monde était confiné (avec attestation, amendes, etc.) et sur le plan santé, c’était la catastrophe. Et même si le décalage avec les USA était encore grand, il fallait bien se rendre à l’évidence.

C’est là que s’est posée la question du retour ?
Mon père (qui travaille dans l’aérien) était inquiet que tous les vols soient annulés et que je reste bloquée aux USA. Il m’a demandé ce que je voulais faire, si je voulais rentrer. Moi, je n’étais pas du tout dans cette perspective. On a tous discuté : lui, moi, ma famille d’accueil. 

Et, dans le même temps, les organismes (PIE et ASSE) ont proposé, dans la mesure où participants, parents et familles d’accueil le souhaitaient, que vous puissiez poursuivre l’expérience… 
…Oui. On a donc pris collectivement la décision de continuer. 

Vous aviez tous conscience alors qu’il y avait un risque que tu restes bloquée plus longtemps que prévu (en fonction de la durée du confinement et des fermetures des frontières) ?
Exactement. Mais on a assumé. Surtout ma famille d’accueil. On s’est tous dit qu’on avait envie de continuer. Moi je ne voulais rien rater, j’avais encore des perspectives. Et je pense qu’il y avait quelque chose de logique à ne pas se jeter dans la gueule du loup : les voyages, les aéroports, la France qui était au coeur de la crise. Pourquoi plier bagage, pourquoi bouger, alors même que c’était le déplacement qui était le plus risqué pour tous.

As-tu eu peur à un moment ou à un autre ?
Non. D’abord parce que c’est pas trop dans ma nature de s’affoler. La réalité ensuite, c’est que tout le monde autour de moi allait bien et que tous mes proches en France allaient bien… alors ! Et il faut dire aussi que mon père d’accueil, qui dirige un équipe à l’hôpital et qui recevait beaucoup de malades, évitait de trop regarder les infos car c’était trop anxiogène et trop déprimant. Je ne me rendais donc pas vraiment compte du danger.

Comment as-tu vécu le confinement sur place ?
Ça dure maintenant depuis le 13 mars, et bizarrement, c’est au départ que ça a été le plus dur. Je passais toute la journée à la maison et comme toute ma famille travaillait beaucoup, je m’ennuyais pas mal. Il y avait les cours en ligne, mais plus d’amis et pas mal de solitude. C’était un peu délicat à gérer. Mon père, en France, s’inquiétait. Plusieurs fois il m’a demandé si je ne voulais pas rentrer, mais je lui répondais que même si la plupart de mes journées étaient ennuyeuses, il y avait toujours des moments de bonheur avec ma famille. Je ne voulais rien regretter et profiter jusqu’au bout de mon incroyable expérience, quoi qu’il puisse se passer.

Ce sont donc tes amis qui te manquaient le plus ?
Je n’en voyais plus aucun. Et sur les 18 étudiants d’échange que je connaissais, nous n’étions que deux à être restés. Alors forcément ça faisait douter. Mais je savais que la vie allait reprendre et que de bonnes choses allaient se présenter. Sans compter que, de toute façon, en France aussi j’aurais été confinée !

Comment se sont passés les cours en ligne ?
Honnêtement, c’est un peu galère. Au point que j’ai arrêté un peu avant la fin. J’ai par contre commencé à suivre des cours en ligne en France afin de me préparer au programme que je vais suivre en début d’année prochaine. J’ai donc un peu mené les deux de front.

As-tu, à un moment ou à un autre, regretté d’être restée aux États-Unis et de n’être pas rentrée en France ?
Jamais. À des moments j’en ai eu marre. J’ai parfois regretté d’avoir raté des activités programmées ou des voyages qui ont été annulés à cause du Covid, mais je savais que j’avais raison de rester, car ce que je ratais d’un côté, je le gagnais de l’autre. Et je gardais le cap. Pas de regrets, car, au final, il y a eu des choses bien à vivre ; il y a eu de bons jours.

Par exemple ?
Par exemple, hier. J’ai revu mon amie Lannie. On a passé la journée sur les bords du lac Michigan, on s’est baignées (vous imaginez pas la froideur de l’eau!), on a marché, on a pris des photos, on a fait plein de choses. Le soir on a été regarder le coucher de soleil avec une autre copine. Et ce week-end, je vais faire du kayak avec la famille d’accueil!

La vie reprend !
Elle ne s’est jamais arrêtée. J’ai toujours essayé de rester positive. Et j’ai appris tellement de choses. J’ai pris sur moi, j’ai collé aux événements. J’ai vu et compris que je devais et pouvais m’adapter. J’ai découvert aussi que, quand tu es seule, tu réfléchis beaucoup… et parfois, c’est pas mal! Je n’y avais jamais pensé. Cette histoire de pandémie, croyez-moi ça restera une expérience à l’intérieur de l’expérience.