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Science & indépendance

Ancien participant au programme HIGH SCHOOL, Charles poursuit actuellement avec sérénité son cursus dans une université américaine. Titulaire d’un bac L, il est aujourd’hui étudiant en 3e année de Biologie/Chimie dans le Michigan. Il nous explique comment cette bascule des Lettres vers les Sciences a été possible et ce qui l’a poussé a choisir la voie des études aux USA…

Graduation sur un campus du Michigan - PIE CAMPUS

SCIENCE & INDEPENDANCE
Charles, Aquinas College, Michigan
Études universitaires aux États-Unis

3.14 — Tu fais partie des étudiants « PIE CAMPUS » qui sont passés par la case « HIGH SCHOOL ». Tu as, autrement dit, passé une année scolaire aux USA avant d’étudier en université. Peut-on revenir rapidement sur cet épisode ?
Charles — Je suis parti en « High School » juste après mon bac. J’avais 17 ans. J’ai été choisi par une famille dans le Dakota du Nord. C’est là que j’ai vécu. En fin d’année, comme je ne pouvais pas être «gradué», j’ai passé mon TOEFL, mes SAT, etc… Mon père alors m’a parlé de la possibilité d’embrayer dans la foulée sur une année universitaire aux États-Unis. Le programme PIE CAMPUS proposait des bourses d’études sur des campus américains. J’ai choisi de me lancer. Depuis les USA, j’ai complété mon dossier, rédigé une présentation, récolté des lettres de recommandations, etc. On m’a fait des propositions et j’ai choisi une université dans le Michigan.

Pourquoi avoir opté pour une nouvelle année américaine ? Pourquoi ne pas avoir suivi le cursus classique en France ?
Je ne peux pas dire que j’avais passé une année exceptionnelle en «High School». Ce n’était pas —comme tant d’autres le disent « l’année de ma vie ». Cette parenthèse a constitué une bonne expérience, dans le sens où j’ai découvert et appris à m’intégrer à la «vraie» Amérique, mais je ne peux pas dire que j’avais été emballé: je ne m’étais  pas vraiment amusé et dans la mesure où j’avais déjà le bac, je m’étais retrouvé un peu étouffé dans le cadre du lycée américain. Je manquais un peu d’indépendance et j’avais un peu l’impression d’être retourné en arrière. Je ne cherchais donc pas forcément à prolonger mon année de lycée. Non, ce qui m’a poussé à étudier aux USA tient à deux choses: d’un côté à mon souci d’indépendance et de l’autre à mon passé et à l’orientation scolaire en France.

Commençons par l’orientation scolaire ?
Il faut revenir un peu en arrière. Dans ma grande période adolescente, je ne m’intéressais plus à rien… et surtout pas à l’école. Comme j’étais plutôt sociable, et que j’aimais faire le clown et l’intéressant, on m’a orienté vers le théâtre en me disant: «T’es à l’aise, tu verras c’est fait pour toi!» Ça paraissait naturel et concluant, alors je me suis orienté vers un bac littéraire, option « Théâtre ». Et ça m’a bien plu… au début. Mais au bout d’une année, j’ai réalisé que ce n’était pas du tout ce qui me convenait ni ce que que je souhaitais faire. Bac en poche, je suis parti aux USA. Et là où mon année a été cruciale, c’est que j’ai retrouvé là-bas un grand intérêt pour l’école. Et tout particulièrement pour les matières scientifiques (qui m’attiraient déjà quand j’étais gamin). Même si le niveau n’était pas génial, j’ai (re)découvert là-bas la biologie, la chimie, et puis la psychologie, la criminologie… J’ai compris alors que je voulais faire des études scientifiques… mais comme j’avais un bac L, j’étais un peu dans une impasse au niveau de mes études en France. Du côté de l’université américaine, en revanche, tout restait ouvert. Engager des études aux USA s’est donc présenté comme une solution.

Et quid de l’indépendance ? On avait cru comprendre qu’aux USA, tu t’étais senti à l’étroit ? Pourquoi repartir là-bas ?
Je m’étais senti un peu à l’étroit c’est vrai, mais  principalement à cause des contraintes du cadre scolaire et familial du programme. Dans le même temps, j’avais appris à vivre loin de chez moi et ça m’avait beaucoup plu. C’est cette forme d’indépendance que je voulais préserver. J’ai découvert que la notion de distance était très importante. Le fait de ne pas rentrer tous les week-ends ou même tous les mois était primordial à mes yeux. J’ai compris  à cette occasion que l’idée «d’éloignement» (le concept de partir «loin» et donc «longtemps») était aussi important que l’idée même de partir.

On pourrait traduire cela par «Partir loin et longtemps, c’est partir vraiment» ?
Exactement. Le challenge est clairement lié à la distance et à la durée. C’est comme cela qu’on apprend : on doit se débrouiller seul, trouver les solutions sur place sans l’aide directe des parents, etc. On n’a pas de recours immédiat et trop facile, on ne peut pas se réfugier dans notre fameuse «zone de confort», et c’est cela qui permet de se forger le caractère. 

On pourrait donc résumer ta motivation pour retourner étudier aux USA en deux mots : les sciences et l’indépendance ?
C’est un peu ça. Au niveau du mode de vie, j’avais l’avantage de rester loin de la France et de ne plus être contraint par les obligations liées à une famille d’accueil. Je gagnais sur les deux tableaux et devenais donc vraiment indépendant.
En ce qui concerne les études, il faut savoir que le système universitaire américain est conçu de telle façon qu’il vous laisse, en première année comme en deuxième année, une grande latitude pour vous orienter. Au niveau du choix des domaines d’études, les portes restent grandes ouvertes. En choisissant les États-Unis, et contrairement à ce qui se passait pour moi en France, je pouvais donc parfaitement envisager des études scientifiques. 

On imagine que ton adaptation a été facile, n’est-ce pas ?
Pour être franc, la décision de partir en « High School » a été plus difficile à prendre que celle d’étudier à l’université, je partais moins dans l’inconnu. J’avais une expérience du pays et une certaine maîtrise de la langue. Tout s’est passé sans heurt et sans grande difficulté.

Où en es-tu aujourd’hui ?
Voilà deux ans et demi que je suis dans le Michigan… et j’adore. Au départ, je pensais m’orienter vers les «Forensic Sciences» (sciences de l’investigation), mais j’ai assez rapidement bifurqué vers un « Major » en «Biology» (biologie) et un « Minor » en «Chemestry» (chimie), car je me suis rendu compte que c’est cela qui m’intéressait. Le gros avantage avec le système américain, c’est que l’on peut fixer sa « Major » (son sujet principal d’études) relativement tard. Il y a de vraies passerelles entre les domaines, et tout ce que vous étudiez durant la 1re —voire la 2e année—, nourrit votre parcours et vous permet d’évoluer vers le(s) domaine(s) qui vous convien(nent) vraiment. Plus vous avancez, plus vous vous spécialisez. En fait, aux USA, on affine son parcours au fur et à mesure que l’on avance. En France, on n’a pas cette liberté d’action. Si à quinze ans on ne sait pas ce que l’on veut faire, et qu’on se dirige mal (ou pire encore, qu’on est mal dirigé!), on est totalement coincé. C’était un peu mon cas. Mais c’est le cas d’un tas d’étudiants.

Comment vois-tu la suite ?
Au départ, j’avais envisagé d’aller jusqu’à «l’Associate’s Degree» (diplôme que l’on obtient en deux ans), mais j’ai réalisé que cela n’avait pas grande valeur en France. Il n’est donc plus question de ça. J’irai donc au terme des 4 ans et je serai diplômé en décembre 2021 (« Bachelor »). Je ferai ensuite un Master à Montréal, avec l’objectif de me diriger vers la recherche.

Pourquoi Montréal ?
J’adore le Canada, j’adore cette ville, et j’ai de la famille là-bas (il faut dire que mon père a fait ses études au Québec!). J’aimerais bien vivre un temps là-bas.

Tu connais, pour les avoir tout deux pratiqués, l’université et le lycée, Quelle est selon toi la différence majeure entre les deux systèmes ?
Je vais commencer par souligner un point commun : les deux systèmes s’intéressent plus à ce que l’élève ou l’étudiant veux faire qu’à ce qu’il a fait auparavant. Dans mon cas par exemple, le fait d’avoir fait du théâtre ne m’empêchait pas de faire de la biologie.
Et pour répondre à la question, je dirais que la grande différence tient à la part d’autonomie qui est laissée à l’élève. En «High School», on est très encadrés, on est pris par la main (alors qu’en France, au lycée, comparativement on est plus livrés à nous-même). Au niveau purement éducatif, l’université ressemble un peu plus au lycée français, car l’enseignement y est plus généraliste, plus global. À l’université américaine, en revanche, on reprend plus les bases et on apprend plus à travailler seul et en groupe qu’en France.  

Une ancienne PIE, qui a suivi un peu le même parcours que toi (« High School » et « Campus »), nous disait —en caricaturant bien sûr— que l’université était un monde plus «démocrate», alors que la « High School » était plus «républicaine» ?
Ce n’est pas faux, dans le sens où l’université est un monde de plus grande liberté et de contre-culture, alors que la «High School» tourne plus autour de la famille et des traditions. Personnellement, je me sens beaucoup plus épanoui en université qu’en «High School». J’y ai trouvé cette indépendance que je recherchais, plus de souplesse et d’ouverture. Je suis plus maître du jeu alors qu’en « High School », j’étouffais parfois un peu.

Te sens-tu un peu Américain aujourd’hui ?
Non. Je suis vraiment Français. J’aime mon pays, ma famille et mes copains français. Je suis ravi à chaque fois que je rentre. Aux USA, je suis clairement un expatrié. Un résident américain certes —avec sa casquette d’étudiant international—, mais qui reste Français. Et je dois dire que suis et me sens très bien comme ça.