Petit tour du monde des écoles (III)
Le système scolaire canadien. Revue de détails et analyses
Au mois de septembre 98, Trois Quatorze lance auprès
de tous ses participants au programme d’une année scolaire
à l’étranger, une enquête sur les lycées
étrangers. Cette enquête porte sur les structures, les horaires,
les relations et les objectifs des différents systèmes éducatifs.
L’idée est que chaque jeune nous présente l’école
(au sens large) au sein de laquelle il vit et étudie pendant toute
une année. Aux informations purement techniques s’ajoutent
des commentaires personnels des élèves (différences
avec le système français, atouts et complémentarité
des enseignements). Après avoir présenté les écoles
de Russie, d’Afrique du Sud, d’Allemagne, des États-Unis
(N°29) puis de Suède et de Chine (N°30), Trois Quatorze
lève le voile sur l’école canadienne. Dans le prochain
numéro, cap sur le Japon.
Canada
Dix participant(e)s PIE ont répondu au questionnaire. Les commentaires
sont nombreux ; les réflexions précises ; quant à
l’enthousiasme des enquêteurs, s’il est flagrant, il
ne nuit pas pour autant à l’esprit critique. On notera de
façon générale que le système canadien ressemble
à s’y méprendre au système américain
(ou inversement) ; on invitera donc les lecteurs intéressés
à se replonger dans l’analyse de l’école US
(N°29), et à ceux qui sont intéressés par l’école
US à lire les colonnes suivantes.
Structure des études
Comme aux États-Unis donc, le système se singularise par
sa verticalité (« Kindergarden » avant
6 ans, puis « Elementary school », jusqu’à 11
ans, puis « Junior High school » de 12 à 14 ans, et
enfin « High school » jusqu’à 18 ans). Pratiquement
tous les jeunes canadiens passent par cette filière et ses différentes
strates, puisque, sauf exception, il n’y a pas de voie parallèle
(école technique ou professionnelle) à ce chemin central
; la première véritable orientation ayant lieu après
la dernière année de « High school ».
Au terme de la « senior year » les jeunes s’orientent
ou sont orientés vers les « University », les «
College » ou vers des écoles professionnelles.
Nos commentateurs apprécient globalement cette structure générale
d’études qui « ne prévoit pas de redoublement
», et qui offre à tous un tronc commun de formation.
Le diplôme
La « Graduation », diplôme qui clôt les études
secondaires, s’obtient au terme d’un contrôle continu
effectué sur les quatre années de High school. Pour être
« graduate », l’étudiant(e) canadien(ne) doit
cumuler un certain nombre de « credits » (le nombre varie
suivant les régions et les écoles). Les « credits
» sont des points qui se gagnent par matière et par
semestre. L’élève doit, bien entendu, obtenir
ces « credits » dans des domaines variés (science –
langue – histoire…) suivant un barème assez savant,
établi par chaque établissement. Les élèves
canadiens doivent donc gérer astucieusement leur parcours pendant
leurs quatre dernières années de scolarité. Ils sont
aidés en cela par un « counselor ». La préférence
donnée au contrôle continu sur l’examen final semble
satisfaire l’ensemble des enquêteurs PIE. « C’est
plus juste », nous dit-on. « C’est plus gratifiant ,
plus intelligent surtout que le bachotage », et c’est
« moins stressant que ces notes aléatoires qu’on nous
délivre au bac ». « Moi par exemple, nous dit une jeune
Française, j’avais eu 12 de moyenne en philo et je me suis
retrouvée avec un 5 le jour de l’examen… C’était
peu significatif et râlant. » « Au Canada, les
élèves ont autre chose en tête que le bac, les notes
et les coefficients. »
On notera également que l’obtention de la « Graduation
» est l’occasion d’une fête, qui frappe les esprits
français, par « sa grandeur, son organisation, son faste
» et « l’enthousiasme général qui se dégage
de cet événement-là ».
Rythme scolaire
L’année canadienne est divisée en deux semestres
(août-septembre à février / février à
mai-juin). Les matières étudiées et les emplois du
temps changent d’un semestre à l’autre. Les élèves
reçoivent 2 bulletins par semestre (soit 4 par année). Les
« credits », on l’a vu, sont d’ailleurs distribués
au terme de chaque semestre.
Les cours ont lieu du lundi au vendredi. Ils commencent généralement
à 9 heures, donc beaucoup plus tard qu’aux USA, « pour
permettre aux lycéens qui habitent loin dans les campagnes d’être
à l’heure en cours, sans pour autant se lever aux aurores
», et « pour des raisons climatiques ». Les cours durent
entre 40 et 52 minutes. Un de nos enquêteurs note, à ce propos,
que « les disparités régionales et locales sont énormes
au Canada » ; « plus encore qu’aux Etats-Unis,
puisque ici chaque région a son propre gouvernement ». «
Les journées sont plutôt bien équilibrées »,
juge une participante : « En général 3 heures
le matin et 3 heures l’après-midi ; très peu de devoirs
à faire à la maison, puisqu’on fait presque tout en
classe, y compris les révisions pour les contrôles. »
« L’emploi du temps, conclut une autre participante, est plus
harmonieux qu’en France » ; le soir vous n’êtes
pas sur les rotules, il vous reste du temps et de l’énergie
pour faire autre chose : sortir, jouer, travailler une activité
personnelle. » Deux bémols pour finir : « On ne peut
s’avancer dans son travail, car on nous donne tout à faire
au jour le jour » ; « Quant aux cours qui se répètent
dans le même ordre tous les jours de la semaine, personnellement,
je trouve ça un peu monotone. »
Matières
Profusions de matières et choix multiples sont les deux traits
principaux des écoles canadiennes. Cet état de fait singularise
nettement la scolarité nord-américaine de la scolarité
française. En général deux à trois matières
sont obligatoires (« English » & « History »)
et les autres sont optionnelles. Certaines écoles proposent des
domaines obligatoires (« Sciences », « Language »,
« social sciences »), domaines à l’intérieur
desquels l’étudiant choisit ses matières. Même
si l’autonomie de choix est limitée par les cours imposés
pour obtenir sa « Graduation » (x nombres de crédits
dans x domaines) nos consultants apprécient particulièrement
le fait qu’une réelle liberté ou indépendance
soit laissée à l’élève dans le choix
de ses matières et dans la gestion de son parcours scolaire.
« C’est vraiment flexible », nous dit-on. D’autant
que la palette de cours est large (matières classiques et matières
plus innovantes – Internet, Cinéma, Anthropologie…
-, ou plus surprenantes – Lois sur la consommation, Comportement
humain, Travail du bois, Différences USA/Canada, Transport automobile…
Impossible d’énumérer toutes les matières !
« Moi, souligne une participante , j’ai pris «
Life transitions », un cours où j’apprends à
faire face à certaines situations de la vie de tous les jours,
et qui me prépare surtout à prendre des décisions
; c’est très épanouissant. »
Tous les enquêteurs nous parlent de la place importante faite aux
arts et au sport. On note, sans s’en étonner, qu’à
côté des classiques (« Football » , « Baseball
», « Basket », « Natation ») les sports
de neige et de glace (« Hockey », « Curling »…)
sont plus développés que chez le cousin américain.
« En sport, nous dit l’un des participants, on reçoit
trois notes : une première pour son niveau de jeu et son comportement,
une seconde pour la tenue de son press-book (recueil d’articles
sur son sport et sur son équipe) et une troisième
pour le « Community service » (participation au nettoyage
des vestiaires…). » Un autre enquêteur s’amuse
du nom donné au football américain dans son pays d’accueil
: « On l’appelle le « Canadian Football. » »
Quoi de plus logique, pourtant !
Relations et attitudes
Convivialité, ouverture, simplicité, cordialité
sont les mots qui reviennent le plus souvent pour qualifier les relations
entre les professeurs et les élèves, ainsi qu’entre
élèves. « Ces relations engendrent la bonne humeur
» ; « l’entente avec le corps enseignant est très
bonne » ; « il y a beaucoup d’amitié et
un grand respect des uns envers les autres » ; « Si vous avez
un problème il y a toujours quelqu’un pour vous aider, et
ainsi tout paraît plus facile » ; « Le prof n’est
pas le « supreme boss » qui détient tous les pouvoirs,
c’est plutôt quelqu’un avec qui on discute ; c’est
l’idéal pour apprendre et avoir envie de travailler »
; « Entre élèves et profs on rit beaucoup, même
pour se moquer, mais c’est toujours gentil »… L’école
canadienne s’avère être un vrai lieu d’échanges,
un monde à part entière avec sa cohérence sociale.
Un de nos rapporteurs apprécie particulièrement «
l’absence totale de compétition entre élèves
en ce qui concerne les résultats scolaires ». Ce point ne
manquera pas de surprendre tous ceux qui pensent - à juste titre
souvent - que l’Amérique du Nord est le lieu du « toujours
plus » (plus grand, plus loin, plus fort…), le lieu de la
compétition par excellence. Il est très intéressant
de noter que cette vérité n’en n’est pas une
au niveau de la formation, et de s’interroger sur la signification
et les conséquences de ce fait. Cette absence de compétition
entre élèves au niveau des notes pourrait, par exemple,
expliquer cette statistique : 9 enquêteurs sur 10 jugent les élèves
canadiens détendus, agréables, et tous estiment qu’ils
sont heureux d’aller à l’école. N’est-ce
pas un bon point à mettre à l’actif du système
?
Du point de vue négatif, on retient ces deux réflexions
: « Les gens s’entraident, mais il y a beaucoup de groupes
très clos », et « J’ai l’impression qu’ici
tout le monde sait tout sur tout le monde. »
Objectifs
Nos enquêteurs, quand ils évoquent les objectifs de l’école
canadienne, parlent en terme de complémentarité avec
l’école française. « Cette école
tente de développer le sens de la communication », «
le goût pour le travail », « elle se donne l’objectif
d’éduquer », « d’apprendre à appréhender
la vie, de prendre confiance », « elle vise à l’épanouissement
personnel, à l’équilibre. » Par contre,
et contrairement à notre école, « elle s’intéresse
assez peu aux acquis, aux connaissances pures, au travail personnel, à
l’expression écrite ». Les notions de « bosser
dur » ou de « s’accrocher pour passer un exam »
ne semblent pas très canadiennes.
Sur certains points les avis sont partagés. « L’école
canadienne prépare très bien au monde du travail »,
dit l’un. « En sortant de la « High school » les
élèves n’ont aucune qualification », dit une
autre. D’un côté on entend : « Au Canada
on donne son opinion, on apprend à raisonner, on apprend la dialectique
», et de l’autre : « le système français
est beaucoup plus porté sur la réflexion et l’analyse.
»
Tous reconnaissent l’importance qu’accordent le système
et les enseignants canadiens à la mise en valeur de l’individu
: « Ici, on veut que l’on s’exprime, que l’on
construise son chemin, on nous montre qu’on est des êtres
humains doués d’intelligence, et qui doivent construire leur
vie. » La prise d’autonomie semble bien être un des
objectifs principaux de cette école.
Si dans l’ensemble les jeunes Français qui font leurs études
au Canada plébiscitent donc - et avec enthousiasme - son système
scolaire, certains relativisent : « Je crois qu’il y a du
bon et du mauvais dans le système français comme dans le
canadien » ou ajoutent, fort justement, : « Il y aurait certainement
de bonnes choses à copier en France, mais je ne suis pas sûr
que, tel quel, le système fonctionnerait bien dans notre pays.
»
Une raison supplémentaire d’envisager un séjour d’une
année au Canada !
Anedocte
« Si un prof a fini son cours avant l’heure, les élèves
rangent leurs affaires et se rassemblent. Ils ne sortent pas, mais ils
discutent souvent avec le prof. C’est vraiment très cool.
»
Témoignages
MA HIGH SCHOOL AU CANADA
Par Yannick Traeger
Biggar composite High School – Grade 12
Saskatchewan - Canada
La journée d’un lycéen, ici, ça ne se résume
définitivement pas à suivre les cours les uns après
les autres avant de rentrer chez soi. Parmi les activités du lycéen,
il y a des rendez-vous réguliers, où tout le monde est présent
: ce sont les « community meetings ». Dès que les hauts
parleurs dans les classes annoncent « community meeting, community
meeting… Now in the gym ! » (le « gym »,
c’est la salle de sport polyvalente avec une petite scène.
Depuis seulement trois semaines que je suis au lycée, il y a déjà
eu plusieurs rendez-vous.
Une fois c’était pour la venue de Sandra Schmirler, médaille
d’or de Curling aux derniers jeux de Nagano, et plusieurs fois championne
du monde. C’est aussi une ancienne élève de notre
« high school ». Elle est venue répondre à nos
questions. C’était passionnant de l’écouter
raconter ses souvenirs de lycée et de nous rapporter des anecdotes
assez drôles sur les J.O.
Quelques jours plus tard , le rassemblement avait pour objet le «
pep rally », le show annuel de présentation des différentes
équipes de sport du lycée. C’était très
animé car chaque équipe qui défilait avait droit
à sa musique , à des jeux de lumières et aux acclamations
des « pom-pom girls », des profs et des élèves.
Une autre fois, les pompiers sont venus faire un compte-rendu
à l’aide de diapositives, sur leurs interventions après
l’accident d’un train qui, quelques mois plus tôt, avait
déraillé sur le territoire de la commune. Ils nous ont fait
prendre conscience de l’ampleur des moyens déployés
par l’évacuation des 200 passagers (blessés
et 1 mort). Ils ont encouragé les plus âgés d’entre-nous
(16-18 ans) à s’engager dans la caserne des pompiers. Ce
fut très instructif.
Dernièrement un magicien est venu nous proposer des tours simples
mais épatants.
Bref, les « community meetings » c’est vraiment «
lots of fun ».
|