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Joris, Onekama, Michigan

Me voilà exposé au monstrueux chauvinisme, aveugle et incohérent du génie « américain ».
S’il est assez amusant, durant les premières semaines de son séjour, de s’entendre demander si notre chère France – pays sous-développé s’il en est – connaît le téléphone ou vibre encore sous les solos de piano de Jerry Lee Lewis, l’amusement s’estompe assez rapidement et se transforme, sous les assauts conjugués et répétés de questions idiotes, en franc désagrément. Le désagrément se transforme en gêne quand les cours de « gouvernement » où la télévision donne la parole à ceux qui s’opposent aux libertés fondamentales et prônent, sans détours, peine de mort et autres atrocités. Mais ce n’est que lorsque l’avidité et l’avarice pointent le bout de leur nez, dans ce berceau du capitalisme que sont les USA, que la haine, la vraie, naît.
Si je m’étais préparé à l’extrême puritanisme, au racisme et aux autres « abominations américaines » (ce conditionnement m’évitant jusqu’à présent de m’impliquer violemment dans certaines discussions), je n’étais pas préparé à résister à tout. Et le moment est arrivé où j’ai hurlé. Car comment se retenir, lorsque vous entendez des reflexions telles que : « Expulsons les Mexicains et les chômeurs ! », « Y’en a pas un qui essaie de travailler », « Ces gens coûtent trop cher à la société », « Supprimons les aides sociales aux immigrés », « Tuons, dans les trois jours, tous les condamnés à mort afin de faire faire des économies à la société », « Coupons-nous des autres pays et pratiquons une vraie autarcie ». En cinq mois d’Amérique, j’ai tout entendu, côtoyé des monuments de bêtise, qui m’ont laissé perplexe et parfois bouche bée. J’ai découvert que la plupart des Américains (des jeunes américains du moins) sont totalement à côté de la plaque ; et, comme je me suis rendu compte qu’il était difficile, voir impossible, de raisonner avec un mur, j’ai appris à rester humble et j’ai acquis un certain self-control. Ces enseignements me seront sûrement profitables en France.
Sachez cependant que malgré tout, je me trouve plutôt satisfait et heureux.

Joris, Onekama, Michigan
Février 97