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Coup de gueule

L’école française : ce qu’elle est, ce qu’elle pourrait être. Coup de gueule d’une ancienne participante PIE (séjour aux États-Unis) !

Pendant mon séjour et depuis mon retour en France, j’ai beaucoup réfléchi à la question de l’éducation. En France, il y aurait beaucoup de choses à améliorer… Quelques idées me sont venues.

Une high School en Pennsylvanie — Etudier dans un lycée américain

En image : une « High school » en Pennsylvanie — Mahina Mahouche, une année scolaire aux États-Unis

En France, on est noté sur notre capacité de mémorisation et notre aptitude à rentrer en conformité avec le système. On apprend quelque chose par cœur que l’on va souvent oublier juste après le contrôle, pour pouvoir se focaliser sur la prochaine leçon. Moi, quand j’en ai eu fini avec le Bac —dès le lendemain en réalité— je ne savais plus rien de tout ce que j’avais appris pendant mes années lycée. Seules quelques informations intéressantes sont restées mais le reste a disparu. Surtout les maths : l’école me les a faites détester. Pourtant, je suis une grande adepte des sciences et j’en raffole. Ce n’est pas normal que je n’aime pas les maths.

L’esprit de compétition est un gros problème. Il est alimenté par les professeurs et relayé de façon puissante par les élèves. Certains de mes professeurs classaient les copies par notes croissantes. Je peux vous dire qu’au moment de les rendre, tout le monde priait.

Mais il y a une raison à cela : la pression des professeurs, la stupide idée que ceux qui sont forts en maths sont intelligents et les autres non, la pression sociale qui en découle, avec cette compétition par rapport aux notes, la pression parentale (qui tourne autour des notes également). Tout ceci m’a menée à développer une anxiété des mathématiques. Maintenant, dès qu’on attend de moi un résultat, j’ai du mal à faire des calculs relativement simples : mon cerveau arrête de fonctionner et je me bloque. Parfois, je frôle même les crises de panique. L’esprit de compétition est un gros problème. Il est alimenté par les professeurs et relayé de façon puissante par les élèves. Certains de mes professeurs classaient les copies par notes croissantes. Je peux vous dire qu’au moment de les rendre, tout le monde priait. On attendait la barre des 10/20 avec impatience tout en espérant la franchir.

35 personnes réunies dans une petite pièce avec chacune des capacités cognitives différentes et qui reçoivent la même information à la même vitesse, ça ne peut pas marcher ! Comment peuvent-elles être au même niveau ? Chacun comprend les choses à sa façon et à sa vitesse.

Est-ce normal d’imposer un tel niveau de stress pour une simple note… laquelle n’aura pas vraiment d’impact sur notre vie ? Au lycée, notre vie se résume essentiellement aux cours… qui nous permettront d’avoir le diplôme… pour ensuite aller en université et réussir notre vie. Et on en vient à nous faire croire que tout repose sur cette fameuse note. Est-ce que toute cette compétition est réellement nécessaire ? Avons-nous besoin, dans notre développement personnel, dans notre recherche d’identité (alors que nous sommes en pleine adolescence) de ces classements officieux qui « parlent » d’intelligence, qui effectuent un tri entre élèves « réussis » et « ratés » ? On est clairement « matrixé » : 35 personnes réunies dans une petite pièce avec chacune des capacités cognitives différentes et qui reçoivent la même information à la même vitesse, ça ne peut pas marcher ! Comment peuvent-elles être au même niveau ? Chacun comprend les choses à sa façon et à sa vitesse. En petits groupes, chacun aurait plus de place pour parler, pour interrompre le cours quand il y a une incompréhension, il y aurait aussi de meilleures relations avec les professeurs qui transmettraient leur savoir à une poignée de personnes.

Parce que l’Éducation nationale a la paresse de réviser ses vieilles méthodes, elle continue sans cesse, sur sa lancée approximative, à essayer de rentrer le plus de choses possible dans le crâne de ceux qui peuvent suivre le rythme… et pendant ce temps, ceux qui ne peuvent pas sont laissés derrière. Et au sein même des filières générales, il y a la comparaison compétitive entre les S (scientifiques), les ES (économiques et sociales) et les L (littéraires), que je vous ai classés dans l’ordre décroissant, en fonction de la pensée officieuse, laquelle infuse peu à peu dans la tête des élèves. Et de fait, les S ont plus de chances d’être pris dans les bonnes filières supérieures que les deux autres. Cependant, la compétition ne s’arrête pas là, si on zoome encore dans la filière S (que j’ai suivie), on s’aperçoit qu’il y a un classement par rapport aux spécialités en Terminale. La « Spé SI », la « Spé Maths », la « Spé physique-chimie » et la « Spé science et vie de la terre ») figurent ainsi en ordre décroissant dans la hiérarchie intégrée par les élèves. Autre point que je n’ai pas mentionné : les cours de politique. Ça vous parle ? Non, et c’est bien normal puisqu’il n’y en a pas. Si je vous demande à quoi peut m’être utile la troisième loi de Kepler dans ma vie de tous les jours, je suis sûre que beaucoup d’entre vous ne sauraient même pas de quoi je parle. Le problème, c’est que l’école ne nous enseigne pas les fondamentaux. Pourquoi ne pas apprendre à cuisiner, à coudre et à comprendre la politique, la vie de la cité, l’organisation du gouvernement, etc. ?

 

Cet article a été publié dans le journal Trois-Quatorze n°60 dans le cadre du dossier spécial sur le « Bien être et bien vivre à l’école » et du « Tour du monde des écoles »