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L’autre versant de la médaille : point de vue colombien sur l’école française

Le point de vue de Monica, participante colombienne au programme PIE (2009/2010) est particulièrement intéressant. Ce regard d’une jeune étrangère vient confirmer ce que nous disent les résultats chiffrés de notre enquête, à savoir : une des particularités les plus pesantes de notre système tient à la distance entre professeurs et élèves et à la nature des relations sociales qui structurent notre école.

Texte : Monica, Colombienne — Une année d’études dans un lycée français à Toulouse

 

 

Liberté…

J’ai été placée à Toulouse. Mon Lycée se trouvait à 10 minutes à pied de la maison, ce qui représentait une amélioration par rapport aux 45 minutes de bus qu’il me fallait faire chaque matin et chaque soir à Bogota (quand le trafic le permettait!). J’ai été frappée à mon arrivée par le fait que les étudiants français jouissaient d’une plus grande liberté. Tout à coup je pouvais m’habiller comme je voulais : pas besoin de porter un uniforme. Pendant les pauses, j’avais la possibilité de sortir du lycée et d’y rentrer à ma guise (or, en Colombie il est interdit de sortir de toute la journée scolaire!). De mon point de vue, cela est plutôt positif, car cela témoigne d’une certaine confiance accordée à l’étudiant. J’ai cependant vite remarqué que les étudiants utilisent ce droit et en profitent pour fumer !

mais subordination…

La relation élèves/professeurs varie d’un système à l’autre. Cette relation me paraît beaucoup plus distante entre les élèves français et leurs professeurs qu’elle ne l’est en Colombie. De mon point de vue, le système en France est conçu pour accentuer la subordination de l’élève. En France, le piédestal sur lequel se positionnent les professeurs rend plus difficile l’établissement d’une relation de confiance. Les élèves se limitent à prendre des notes. En Colombie, des efforts sont faits de la part des professeurs pour aller un peu plus loin et développer une relation avec leurs étudiants qui dépasse la seule transmission de connaissances. Il faut dire que le lycée colombien offre, tout le long de l’année, beaucoup d’activités extrascolaires: concours de danse, présentations de chants, journées de jeux, mises en œuvre de comédies musicales, etc. Cela induit et explique me semble-t-il que les élèves en Colombie sont plus reliés entre eux qu’en France, où les différents groupes d’amis de la classe sont très repérables et, d’après ce que j’ai vu, très fermés.

Sortir de sa zone de confort

Le fait d’avoir pu expérimenter deux systèmes éducatifs différents nous donne un énorme avantage. Sortir de sa zone de confort et se rendre compte qu’il y a de bonnes choses qui se passent en dehors de chez nous est fondamental. Ainsi, pendant le reste de la vie nous sommes plus ouverts, toujours prêts à faire de nouvelles découvertes, à explorer d’autres systèmes. Nous pouvons nous appuyer sur les points positifs de chacune d’entre elles et apprendre des points un peu plus négatifs. À mon retour en Colombie, j’ai entamé mes années universitaires avec un esprit totalement différent de celui que j’aurais eu si je n’étais jamais partie. Je sais désormais qu’il y a un autre versant à chaque médaille.

Cet article a été publié dans le journal Trois-Quatorze n°60 dans le cadre du dossier spécial sur le « Bien être et bien vivre à l’école » et du « Tour du monde des écoles »